Showing posts with label mouettes. Show all posts
Showing posts with label mouettes. Show all posts

Wednesday, May 4, 2016

Vous r'prendrez bien un peu de varappe (ariégeoise)?

oh, juste une lichette, alors!

Jusqu'ici rien de bien nouveau et toujours le même plaisir à se retrouver ; à penser et se dépenser ; à discuter et se disputer. La long-due visite, programmée pour la fin février mars avril a finalement lieu "comme prévu", si ce n'est que la neige a décidé de ne faire cette année qu'une timide apparition suivie d'une retraite anticipée. Nos options ski, raquettes, igloos et huskies font pschit! - comme dirait Jacques Ch. - et sont promptement remisées.
extraordinaire vue sur la vallée de la Courbière depuis la Roche ronde.
À grimper, donc, puisque le soleil et les changements climatiques infligés par les ballonnements de nos ongulés domestiques nous y contraignent! Non à l'élevage qui favorise la pratique de l'escalade qui dérange les charognards qui mangent les carcasses des ongulés tombés au pâturage d'honneur. En forme d'instantanés de quelques-uns des secteurs les plus proches (dans un rayon de 10 km), voici un authentique et véridique résumé fait en mots et avec de vrais morceaux d'images de ce qui a fait cette semaine casi-(dolo)-mythique:


Jour 1 - couennes et mini-grande à la Roche ronde:
La pluie insiste pour préparer le comité d'accueil et recevoir notre cher A. dès son arrivée. Il faut donc pour démarrer en douceur, opter pour un secteur bien orienté et connu pour sécher vite. La Roche ronde a de bons arguments: une poignée généreuse de voies faciles plus techniques que physiques, une exposition plein sud et bien aérée - pour ne pas dire "en plein vent" - et une marche d'approche suffisamment raide pour laisser le temps à la paroi de sécher! À l'exception de quelques gouttières pléthoriques et des sueurs froides résultantes sur deux sections fines de Ballet-brosse et Thé au harem (6a+ et 6b), les voies sont praticables et agréables, du 5 ou 5+ (une bonne flopée) au 6b (dont la très belle Amarcord, tout en finesse).
En résumé: après-midi ensoleillé, vues magnifiques et échauffement plutôt probant. Vus l'approche et le pied de voie, la Roche ronde n'est pas un secteur pour aller grimper avec des enfants (ou si, mais sans moi!) mais c'est une option formidable et pas trop fréquentée, surtout quand on pense au voisin Calamès... On a d'ailleurs raconté notre aventure à trois avec J. à la très jolie Pénélope, longue et homogène dans le 5, il y a quelques temps.

ballet brosse (L1: 5, L2: 6a+) vu d'en bas ; depuis le très confortable R2: toute l'humidifficulté se concentre sur une quinzaine de mètres!

Jour 2 - couennes à Génat:
On se lève du bon pied, le temps est beau et (très) chaud, avec un je-ne-sais-quoi d'orageux dans l'air: les mouches sont co-connes et nous tournent autour sans pitié. "On est de bonn' bonn' bonn' bonne humeur ce matin, y'a des matins comme ça!" On décide donc d'un commun accord de miser sur une approche extra-courte, avec prairie et arbres slackline-compatibles inclus en cas de coup de mou.
A. en pénitent gris, prêt à sonner l'angelus.
Bref, on met le cap sur Génat. À un moment donné, on se dit qu'on pourrait pousser jusqu'à Auzat mais on a la flemme. Pour parer à toute éventualité de coup de chaud, on prend du casse-croûte et de l'eau, histoire de se poser à un moment: personne ne va nous faire changer d'avis. - Si un expert en géologie nous lit: le calcaire de Génat varie énormément entre abords immédiats de la grotte (assez typique, bien sculpté, de beaux trous et quelques fissures mémorables), dans la grotte (le pack classique gros dévers tricolore avec colonnettes, on ne touche pas à ça!) et plus loin sur les côtés (dalle à aspect sédimentaire, tout en ronds et en plats déroutants mais vraiment agréables dès qu'on y est habitué...) Qu'est-ce que c'est? Comment ça s'appelle? D'où ça vient? Merci d'avance! - On revisite avec plaisir des voies connues qu'A. découvre avec plaisir (Palo, Malo, Clair de lune, Uranus, l'Anti-Génat, Banans slip...) tandis que la chaleur a peu à peu raison de la maigre somme de nos volontés individuelles. Las, la faim se fait sentir, puis la digestion attaque. On en est à la sieste post-prandiale quand nos anglais préférés débarquent: Sam, G. et J., en tenue de combat et prêts à en découdre. Ça tombe bien, il nous reste une petite poignée de voies faciles à tester autour de Hale Bopp (6a old school qui coupe un peu la digestion): la belle Corvus (6a+) et la teigneuse Corax (6b), concentrée dans un pas de bloc long et beaucoup plus dur que ce que la cotation laissait imaginer...
En résumé: longtemps réservé au grimpeurs dans le 7 et le 8, Génat offre maintenant deux jolis secteurs de couennes du 4+ au 6b+/6c qui valent le détour, grâce à la passion, au travail et aux efforts de Gérard Jalbert, qu'on a croisé là-haut dernièrement, qu'on salue et qu'on remercie au passage!

Futuna et G., têtes en l'air et nez au vent ; J. de retour d'une longue envolée ; un topo non-officiel mais à jour signé Un(t)raveling!

Jour 3 - grande(s) voie(s) à Calamès:
Visite éclair de notre chère C. qui, ayant laissé les filles avec leur papa, nous rejoint pour 24 heures et une séance d'escalade promise elle aussi de longue date. La C. est comme les frères FÖRM allemands de la blague (un autre classique des années 80, tiens: Monsieur et Madame FÖRM ont trois fils, comment s'appellent-ils?" - Jesus, Hans, Hubert Förm", bien sûr! Pardon, je me laisse aller...).
La C. à l'attaque de la L1 de Rio.
En un mot elle pète le feu, elle  bouffé du lion, elle a grave trop la patate. Pas question de passer sa journée à piétiner au pied de voie en attendant son tour en moulinette: elle est motivée pour aller faire une grande et pourquoi pas deux grandes en parallèle? Bin, okay, qu'on y répond: allons-y! On se prépare un peu, on choisit nos objectifs rapido et sur le coup de... 14h20 (si, si!), le soleil caché derrière un voile gris, un petit air d'il va pleuvoir, on décolle direction Bédeilhac et son petit parking, avant de monter jusqu'au secteur du Pilier des Cathares où nous attendent Rio et Ryobi (cinq longueurs équipées, 180m d'escalade facile). Il s'agit de deux lignes parallèles dans le V, V+ et exceptionnellement 6a, équipées mais avec "un peu d'air entre les points" (la L2 de Rio est très aérée: si vous n'êtes pas confort ET détendu dans le 6a, faites-la en second et faura poser quelques points entre les points!!). On a rassemblé le matos à la hâte et pas vraiment prévu de faire de la grande voie, il manque donc un relais pour une équipe et une paire de mousquetons pour bien faire... Qu'à cela ne tienne, Wallis partira avec Arnaud sur Ryobi avec un set complet et la corde à double, pour alterner les longueurs. Futuna passera devant sur Rio, assuré sur une corde à simple et au gri-gri par C. Grâce aux lignes qui ne se lâchent pas d'une semelle et à la qualité de la dalle, on se fait coucou et on taille le bout de gras d'un relais à l'autre, distant d'à peine dix mètres.
La Wallis en rando dans la L2 de Ryobi.
On craint la pluie que l'on guette du coin de l'oeil ; Futuna se répète en boucle "ttre dans une voie... 15h, c'est pas une heure pour se mettre dans une voie... 15h, c'est pas une heure pou" et pense déjà à l'orage, aux rappels à quatre sur deux brins, aux éclairs qui rayent le ciel et aux boules de foudre qui lèchent la paroi en sifflant comme des chimères, aux cordes emmêlées dans un buisson ardent malgré le déluge, coupant toute retraite comme la neige s'accumule en congères au pied de la falaise, où les animaux sauvages attendent leur heure, bien que rendus fous par l'odeur du sang... Bon, rien que de très habituel: pour Futuna, 15h c'est une heure pour arriver à la voiture, pas pour en partir. Qui l'ignore est une mouette! Ryobi rejoint Rio au R3 et offre de continuer l'aventure au-delà du jardin de L5 pour sortir au sommet par le V+ du Pilier des Cathares ou le 6a réputé patiné et grincheux de Rio. Comme il y a une troisième cordée (de trois jeunes aussi enthousiastes qu'inexpérimentés) sur le Pilier - ils terminaient leur L2 comme on arrivait au pied de voie, on décide de leur laisser "leur" dernière longueur et de monter tous les quatre sur la "nôtre" (celle de Rio), malgré la mauvaise réputation du 6a. Futuna se prépare bien à l'aplomb du premier spit et ouvre le bal. Premier mini-pas de toit. Ok. Deuxième pas de toi, le réta est pas donné et la suite est vraiment lisse, mais soit.
Le A. plus très loin du R3 commun.
La plaque finale, couverte de lichen, est fine et très très fine, mais finalement en serrant les fesses ça passe. Relais, C. monte derrière, bientôt suivie par A. et Wallis, tous en moul', tous contents d'être arrivés au bout et tous surpris par cette dernière longueur bête et méchante. Il s'avèrera plus tard qu'on s'est décalés un peu trop loin vers la droite, comme les électeurs ont trop souvent tendance à le faire ces derniers temps) et qu'on est sortis au sommet par le méchant 6c d'Arabesque, très belle voie dure et assez homogène dans le 6b+/6c, dont on avait testé la première longueur il y a deux ans avant de battre en retraite sous le toit. Avec celle-là faisable aussi, il nous reste quand en plus du 5+ du milieu, un autre 6b+ et un autre 6c à enchainer... Le projet en restera là pour l'instant.
En résumé: les grandes voies de Calamès valent le détour, sont équipées sans excès, rappelables, assez logiques, sur du (très) bon caillou et permettent de sortir en crète pas loin du château, de saluer le bouc, la bête, le truc à cornes qui campe a sus anchas allí arriba, et de redescendre à pied par un sentier bien raide en pierrier, puis depuis le col jusqu'au parking en vingt minutes. Point d'eau et toilettes au parking, quelques grottes remarquables avant et au premier secteur (dont celle des demoiselles, très profonde et explorée dans ses moindres recoins...

C., A. et Wallis dans leur interprétation respective de "tu l'as vu mon réta en 6c?", performance à représentation unique - complet.

Jour 4 - couennes à Baychon:
Après une nuit épuisante de Colons de Catane et de disputes sur fond de l'état du monde, de l'usage du monde ou encore de l'usure du monde, Wallis décide de rester travailler au frais, pendant qu'A. et Futuna vont à la chasse au mammouth - désolé, parfois mon magdalénien intérieur reprend le dessus - cocher un nouveau spot sur la bucket-list des sites de grimpe à moins de dix kilomètres de la maison: aujourd'hui, le calcaire raide et prisu de Baychon! On est en 2016, on est en avril, on est en plein soleil ; la montée est courte mais vraiment raide, parfait pour la mise en jambes ; seule ombre au tableau: il n'y en a pas du tout au pied des voies. On nettoie donc méthodiquement tout ce qui se présente, de droite à gauche, du 5+ au 6b, y compris la redoutable (6a+) dont le crux déroutant et dégoûtant nous demande un bon quart d'heure de contorsions à chacun pour ne finalement ne pas convaincre... Ouf! pour enchaîner, "faudra rev'nir!", et la très belle Scorpion d'Orient (6b pas volé) qui alterne dalle très lisse, beaux équilibres, quelques pas obligés, un soupçon d'adhérence et un final péchu sur grosses prises. Ouf! pour enchaîner proprement, "faudra rev'nir!". L'arrivée de G. et J. accompagnés d'un autre A., non moins cher mais bien fuxéen celui-là, rallonge un peu cette courte session mais la journée avance et A. a 5 heures de route devant lui et un dîner à Bordeaux ou une garden-party à Poitiers, à moins que ce ne soit un mariage à l'îlé de Ré? Une douche et un Martini à la cuillère plus tard, il est prêt à partir: s'il troquait sa Peugeot pour une Aston Martin, le mythe serait là et bien là, en chair et en charme. "- James, attends! - Je dois partir, on m'attend..." Fondu en noir et générique.

photo de groupe au sommet, retardateur oblige ; A. et C. parmi les fleurs des champs ; Wallis rencontre la bête, le VRAI gardien du Calamès!
Soudain, on s'est retrouvés tout seuls. Notre petit reparti, face au nid vide, on a un peu pleuré, bien sûr. On a écouté le téléphone pleure et un jour les oisillons prennent leur envol ; on a mordillé la semelle des pantoufles qu'il avait oubliées pendant quelques heures, en hurlant à la mort et en griffant la porte avec désespoir. Faut dire, on fait rien que des bêtises, des bêtises, quand l'est pas là. Et puis heureusement, le tourbillon du quotidien nous a repris dans sa folle farandole: la niche, le bol de croquettes, la ba-balle, le canapé, plus belle la vie sur le canapé et puis re-la niche... Mais quand même, qu'est-ce que c'est bien quand A. vient nous voir!


___________________________


* c'est triste à dire mais il n'y a vraiment rien eu dans ce post de suffisamment ambigu ou débile pour mériter une astérisque et un renvoi final... Donc sans plus de cérémonies, on vous propose en exclusivité LE lien essentiel pour grimper en Ariège, choisir un secteur, suivre l'actualité, se débarrasser d'un ami un peu envahissant ou d'une crise de goutte articulaire: le site web du CAFMA! On ne l'avait pas encore cité, c'était un oubli impardonnable, le voilà réparé. Bonne grimpe à toutes et à tous...


Friday, November 20, 2015

Orlu: mordez l'Ariège à pleine Dent!

Okay, le jeu de mots est fff: foireux, facile et faible (rien à voir avec une autre fff qui continue manifestement à opérer sans une ride!). En un mot, ça commence fort... Le week-end dernier, on a reçu la visite d'un couple d'amis barcelonais. Courageusement, ils ont affronté le col du Puymorens en pleine tempête de plueige molle, brumeuse et typiquement ariégeoise, pour venir découvrir la Catalunya nord, longtemps revendiquée mais jamais reconquise, les Ariégeois étant (assez) irréductibles... Après les avoir gavés de fromages du pays, de canard gras, de confitures maison, de château de Foix et de curiosités architec -turales et -toniques, on a décidé d'aller un peu expier tout ça (les calories, pas les vieilles pierres!) en montagne  - Ford! que c'est original...

est-ce un grand blanc? est-ce l'ombre de J.Chirac? non, c'est la Dent!
Grand beau temps le dimanche matin, on avait imaginé un objectif façon Kinder surprise: non seulement il se devait d'être agréable et ludique, mais aussi et dans la mesure du possible, sur leur chemin de retour (autrement dit, en remontant vers l'Andorre). Donc, un sommet qui fut en somme et tout à la fois accessible mais élégant, facile mais aérien, court quoique beau, petit mais grand, ni haut ni bas, etc. Ça vous rappelle pas un peu un classique de Victor Hugo, tout ça? "Il était quoique riche à la justice enclin (...) Sa barbe n'était point avare ni haineuse (...) Booz était bon maître et fidèle parent (...) Il était généreux quoiqu'il fut économe" Peut-être? Normal. Le bonhomme venait d'ailleurs souvent en haute vallée de l'Ariège chercher l'inspiration (mensonge éhonté, à part Gabriel Fauré, et peut-être Bernardo Sandoval, on ne peut guère s'enorgueillir d'avoir reçu de grands artistes en résidence en nos estives). La réponse à nos doutes dominicaux et matutinaux, vous l'aurez deviné si vous suivez Olivier de Robert, roulez aux couleurs du SCA ou avez déjà acheté un passe ski'rail, on a choisi la Booz end'Orlu bien sûr! Chronique d'une petite sortie facile pour randonneur du dimanche:

 - 09:30 tapantes: après un solide petit déjeuner, le casse-croûte dans le sac, bien couverts et prêts à se geler, mais heureux d'être là malgré tout (Michel Berger, sors de ce corps!) on s'est mis en route direction Ax, Ascou, La Forge puis la piste forestière qui démarre derrière le lac, juste après la colonie hollandaise (où il fait bon se doucher en redescendant des grandes voies en face Est de la Dent - les grimpeurs reconnaîtront....

symphonie de feuilles mortes pour quatuor en 2c15 ; sous-bois mi-ombre mi-soleil et l'austère face Nord de la Dent.
 - 10:30: arrivés à la poêle à frire, où nous attendaient déjà sept ou huit voitures et furgos pour la plupart espagnoles, on a vissé nos bonnets, zippé nos vestes et on s'est mis en marche. Montée agréable dans la hêtraie orientée nord-est, donc à l'ombre. On a démarré "étonnamment" vite, sans doute pour essayer (en vain) de se réchauffer. On a retrouvé le soleil quelques minutes avant de déboucher sur la jolie croupe herbeuse qui devait nous conduire au petit col à pied de Dent.

la fameuse et déjà célèbre belle croupe herbeuse, puis le petit col, l'équipe de motivé(e)s et le mythique poteau indicateur.
 - 11:30: on était au col, en plein soleil, entre les rhododendrons. On s'est préparés psychologiquement pour l'ascension raide mais jamais difficile, on a enlevé ou remis quelques couches de fringues et... on s'est fait doubler vilement par un groupe de quatre qui n'ont pas arrêté de piailler en dialecte toulousain comme d'authentiques mouettes de Garonne. On a serpenté sur et autour du bon sentier pour éviter les courtes sections façon holiday on ice et alors que midi venait de sonner à tous les clochers en bas, dans la plaine, on débouchait sur la belle cime arrondie de la Dent (2222 m).

la bonne rampe de la voie normale qui selon la légende ne voit jamais le soleil.
 - 12:15: au sommet de la Dent d'Orlu, on a lutté pour trouver un petit coin où poser nos fesses, vu que les propriétaires des voitures trouvées à la poêle à frire n'étaient pas en train de lézarder au soleil sur les grandes voies faciles des dalles de beau gneiss de la face Est, mais étaient simplement montés comme nous par la voie normale, pour manger leurs sandwiches en surplombant la maison des loups, les estives désertées de la réserve d'En Beys, les étangs de Naguille et des Peyrisses ou la fine colonne de fourmis montant vers le Pas de la Case pour y acheter des jéroboams de Pastis 51 et des cartouches de Fortuna. À chacun sa manière de jouir sereinement d'un dimanche ensoleillé de novembre. Bref. On n'était pas encore assis, donc, qu'on a entendu un grand "Bouduuuuh! Mais c'est Wallis et Futuna!" et reconnu tout de suite les voix familières et affectueuses de S. et J.-M. Si Barcelone est un village, l'Ariège est une rue commerçante: impossible d'y bouger le petit doigt sans y tomber sur un couple d'amis. Pour info, S. fut, comme elle aime le rappeler "la première maîtresse de Futuna"; il avait alors 4 ans et était en maternelle à l'école de Montgailhard. Il y a bel et bien des histoires d'amour qui durent toujours...

d'un côté: le silence, la paix et la solitude des grands espaces; de l'autre: la dure réalité d'un dimanche ensoleillé!
 - 13:00: après nous avoir fait des bises et raconté en diagonale leurs vacances en famille à la Réunion, ils se sont jetés dans la descente au petit trot, avec un agenda bien rempli pour le reste de la journée et une semaine chargée en perspective, nous laissant seuls avec nos gourdes, nos sacs et... la foule des grands jours! Il y en a à qui la retraite donne des ailes, et on se dit qu'on aimerait avoir leur énergie. Enfin... Une fois les sandwiches avalés en silence, les yeux dans le décor (l'équipe de choc avait faim et le froid ouvre l'appétit, c'est bien connu), nos chers M. et A., catalans, architectes, plongeurs et globe-trotters, nous ont révélé un autre de leurs décidément nombreux talents: l'acro-yoga auquel il sont devenus de récents mais fervents adeptes. Ils ont improvisé une petite séance à 2222 m, sous l’œil intrigué d'un vautour fauve ("Oh! regardez, regardez! Un faucon!" crie l'un des Toulousains à côté de nous. "Mais non, c'est un aigle royal, le faucon c'est plus petit". "C'est un faucon j'te dis, j'en ai vu à la télé l'autre jour". "Nan, dit finalement un troisième, en Ariège, tout ça c'est des Gypaètes à crête"... Édifiant! Ça doit faire le même effet aux gens qui s'y connaissent quand je parle d'économie? Ha ha ha!). Et nous, tout en se disant qu'il serait temps de s'y (re)mettre, on a pris quelques photos.

faites comme eux, adoptez l'acro-yoga a(l)ttitude! dans l'ordre: "el condor pasa", "free bird" et "el pino" (à crochets).
- 13:30: l'heure de redescendre, non sans avoir pris une photo d'équipe. Descente sans histoire par l'itinéraire de montée. Malgré les quelques tronçons gelés et une bonne dose d'appréhension, on a trouvé ça plus facile, finalement, qu'à l'aller. À travers bois, on a bavardé tranquillement et salué les quelques mouettes tardives qui montaient avec aussi peu de conviction que de chances d'aller jusqu'au sommet.

- 14:45: on a retrouvé le 2c15 qui nous attendait sagement, déjà (ou encore?) à l'ombre de la poêle à frire, et on est retournés vers la civilisation pour un café bien mérité - en terrasse et au soleil - à Ax, avant de se séparer ravis, souriants mais somme toute un peu fatigués. Il paraît que Futuna a même réussi à s'endormir dans la voiture sur le chemin du retour vers la maison, un peu après un village connu pour une fameuse (et énorme) carrière de talc, au point que ses ronflements auraient perturbé un couple de Gypaètes barbus nichant au Quié de Sinsat. Espérons que la section locale de la LPO ne l'apprendra pas, on risquerait d'avoir tous les ennuis du monde, voire un procès sur le coin de la gue---. S'ils n'ont personne d'autre à emm--- avec leurs conn--- en ce moment, ils sont capable de nous accuser d'avour mis en péril leur programme de reproduction de l'adorable petit animal! Allez, on se calme et on arrête le sarcasme: surtout, pas de vagues ni de polémiques...


le cliché old school de l'équipe au sommet et sans selfie-stick: un caillou, un retardateur et un petit filtre façon 70's, hombre!

Wednesday, September 17, 2014

la chute du régime Dolo-mythique / la caída de la dieta Dolo-mítica

Jours 11-12: une pluie fine et glacée tombait sur les Cinque Torri, qui sentait déjà la fin de l'été et la descente des alpages. Elle avait martelé son rythme syncopé, doucement et comme du bout des doigts, sur la tôle du TRANSITion! pendant une bonne partie de la nuit, révélant au petit matin un chaos de blocs rocheux, de bruyères et d'arbustes tout luisants de gouttelettes… On a donc pris le petit déjeuner au lit, entr'ouvrant le rideau tous les quarts d'heure pour voir "comment ça évoluait" et "si ça finissait par se lever". Dans le fond et comme d'autres fois, la pluie tombait à pic, nous donnant une excuse en béton armé pour ne pas sortir dans le froid se pendre à des cailloux glacés, les doigts crispés et les pieds torturés dans des chaussons de danseuse étoile de deux pointures trop petits… Escalader est un plaisir mais des fois, la motivation est dure à trouver!
Días 11-12: una llovizna gélida caía sobre las Cinco Torres, que olía ya a final de verano y a transhumancia. Nos había amartillado con su ritmo sincopado, suavemente y con las yemas de los dedos, en el techo de la TRANSITion! durante buena parte de la noche, revelando desde bien temprano en la mañana un caos de bloques rocosos, de brezo y arbustos relucientes de la lluvia…Desayunamos en la cama, entreabriendo de vez en cuando las cortinas para observar la evolución y ver si el tiempo se iba a levantar finalmente. En el fondo y como tantas otras veces, la lluvia nos venía de perlas, proporcionándonos la excusa perfecta para no salir a colgarnos por paredes heladas, con los dedos agarrotados de frío y los pies torturados en estas minúsculas zapatillas de bailarina… Escalar es un placer pero a veces cuesta encontrar la motivación! 
Après avoir entendu plusieurs voitures se garer, on a reconnu alentour le cling-cling caractéristique des dégaines, mousquetons et ferrailles pendouillant des baudriers comme autant de breloques. C'est un concert qui rappelle celui des sonnailles des troupeaux en estive, l'odeur de la bouse en moins (celle de la vieille sueur mêlée des cordes terreuses et humides en plus). On a fini par se sentir coupables d'être là et de ne pas vraiment avoir le courage de sortir du lit. On s'est levés et après de longues discussions, on a choisi d'aller "faire un repérage au pied des falaises", mais sans le matériel. C'était déjà révélateur de notre état… On a donc opté pour le petit tour des Cinque Torri - celui que font les mouettes - ce qui nous a au moins permis de constater: (i) qu'il y en a bien plus de cinq, des tours, chacune étant double ou triple et (ii) que les grimpeurs acharnés étaient déjà suspendus à leurs grandes voies sur la face Sud-Ouest de la plus grande Torre, voies pour la plupart dures (VI sup et VII) et peu ou pas équipées. De toutes façons, ce n'était pas à notre menu (on avait repéré des couennes dans nos possibilités, de 5+ à 6c), ils avaient l'air de souffrir (2 cordées l'une derrière l'autre, perdant régulièrement leur itinéraire et peinant à placer des protections sur un rocher humide) et la pluie ne faisait que s'intensifier… Très bien: on a vu Cinque Torri, c'est magnifique, le chaos rocheux est particulièrement photogénique sous ce crachin breton, on pourra pas dire qu'on n'a pas essayé, etc. C'est bon, on peut lever le camp! Sitôt dit, sitôt fait, on est montés au Passo Falzarego, de là au Passo Valparola et on s'est lancés dans la longue et sinueuse descente vers la Val Gardena, où on avait une dernière ascension en vue: le Sass Rigais (3025m) par sa ferrata Est.
Después de escuchar ruidos de coches aparcando fuera, reconocimos  el característico cling-cling de las cintas, mosquetones y otra chatarra colgando de los arneses como tantos otros oropeles. Es un concierto que recuerda al de los cencerros del ganado en el veranero, menos el olor a bosta (que es algo así como sudor viejo mezclado con cuerdas terrosas y mojadas también). Terminamos por sentirnos un poco culpables de estar en ese lugar y a la vez incapaces de salir de la cama. Nos levantamos y tras largas deliberaciones, elegimos la opción "ir a explorar el pie de vía pero sin chatarra". Ese dictamen era bastante revelador de nuestro estado ese día…Dimos una pequeña vuelta alrededor de las Cinco Torres - el tour que haría una gaviota - lo que no impidió sacar alguna conclusión: (i) que hay bastantes más que cinco torres, cada una de ellas siendo en realidad doble o triple,  (ii) que los escaladores estaban ya supendidos de sus grandes vías en la cara suroeste de la torre más grande, la mayoría de ella duras (VI sup y VII) y poco o nada equipadas. De todas formas, esto no estaba en nuestro menú (habíamos visto algunas vías a nuestro alcance de 5+ a 6c), los chicos parecían estar sufriendo (2 cordadas, una tras otra, perdiendo a menudo el itinerario y colocando  duras las penas las protecciones en la roca húmeda) y la llovizna no hacía más que enlluviarse … Muy bien: hemos visto las Cinco Torres, estupendo, el caos rocoso es especialmente fotogénico bajo este calabobos bretón, no se podrá decir que no lo intentamos, etc. Está bien, podemos largarnos! Dicho y hecho, volvimos a subir al Passo Falzarego, de allí al Passo Valparola y nos metimos en la larga y sinuosa bajada hacia el Valle de Gardena, donde había una última ascensión en vista: el Sass Rigais (3025m) por su ferrata Este.
Depuis le début de nos aventures Dolo-mythiques, si on s'est plaints de la mercantilisation galopante du Sud-Tyrol, des nombreux parkings payants, de la perversion du concept de refuges et de la présence envahissante des téléphériques comme ersatz payant des marches d'approche, on n'a pas encore évoqué le bon 75% de l'offre de via ferrata du coin auxquelles on a renoncé parce qu'elles supposaient de payer pour un trajet en téléphérique, télécabine, télé-siège, télé-fabrique-d'obésité-et-de-pollution-d'altitude… On avait simplement décidé de n'envisager aucun itinéraire pour lequel l'approche se ferait autrement qu'à pattes. Sauf peut-être cette dernière, qui nous semblait très belle, un peu moins touristique, menant à la cime d'un beau 3000, et nous trouvait déjà sur le chemin du retour. On y est allés, les yeux brillants d'enthousiasme et on est tombés dans un enfer d'autobus, hôtels et chalets de villégiature pour nord-tyroliens fortunés. On a eu toutes les peines du monde à se garer et on est allés, la fleur au fusil, se renseigner sur les horaires et les prix pour le lendemain: 20 euros par tête pour un stupide aller-retour le cul posé sur un siège en skaï élimé et amorti par presque 20 ans de combinaisons de ski ; un siège qui - de toutes façons - tournerait avec ou sans nous toute la journée, tout l'été et tout l'hiver presque sans interruption. Autrement dit: en plus du parking payant, 40 euros pour gagner le droit d'accéder à la montagne. Mais le plus fort, c'est qu'entre l'heure de première montée et celle de dernière descente du télé-truc, la marche d'approche depuis la gare amont, la durée de la via ferrata, puis la descente et le retour vers le télé-truc, il est difficile de faire le circuit sans passer la nuit au refuge! Ah ah ah! Futuna a craqué: il s'est mis à crier que ça commençait à bien faire, que c'était inadmissible, qu'ils nous faisaient chier avec leur capitalisme sauvage et leur envahissement des montagnes avec leur fric, leur confort moderne et leur civilisation, qu'on en avait asez vu, qu'au moins les Pyrénées c'était encore un terrain vierge de progrès et de consumérisme outranciers et qu'on s'en allait! Na! (il est gentil Futuna, mais des fois, ça lui prend…)
Si bien nos hemos quejado en ocasiones de la mercantilización galopante del Sud-Tirol, de los numerosos parkings de pago, de la perversión del concepto de refugio y de la invasión de los teleféricos como sucedáneo de pago de las caminatas de aproximación nunca habíamos hablado de los buenos tres cuartos de excursiones a los que renunciamos porque implicaban pagar por un trayecto de teleférico, telecabina, telesilla, telefábrica-de-obesidad-y-de-polución-de-altura… Nos negamos en rotundo a subir monte a golpe de teleférico. Quizás sólo esta vez dudamos ante la que nos parecía una hermosa ferrata, un poco menos turística, que nos llevaba hasta la cima de un 3000 y nos pillaba de camino. Allí nos plantamos, llenos de entusiasmo, y caímos en un infierno de autobuses, hoteles, segundas residencias de tiroleses norteños con fortuna(s).  Las pasamos moradas para aparcar y con la flor en el fusil fuimos a informarnos sobre los horarios y los precios: 20 euros por cabeza para una estúpida ida y vuelta con el culo en un asiento de escay gastado y amortizado durante 20 años de monos de esquí; un asiento que - de todas formas - iba a hacer subidas y bajadas sin nosotros, todo el verano, todo el invierno, casi sin interrupción. Dicho de otro modo: además del parking de pago, 40 euros para ganarse el derecho a acceder a la montaña. Pero lo más fuerte, es que entre la hora de la primera subida y la última bajada del tele-cosa, la caminata desde la estación de arriba, el tiempo de la ferrata y la bajada a pie hasta el tele-bicho, se hacía difícil hacer todo el circuito sin verse obligado a hacer noche en el refugio (hotel)! Ai ai ai! En Futuna va fer un pet:  empezó a despotricar que ya estaba bien, que era inadmisible, que se fueran a freír espárragos con su capitalismo salvaje y su perversión financiera en la montaña, su confort moderno y su civilización, que ya estaba hasta el moño, que los Pirineos al lado de esto eran tierras inexploradas por el progreso y el consumo a ultranza y que nos largábamos! Na! (Futuna, no te preocupes! a todos nos agarran días sombríos, incluso a los más nobles y adorables seres…)
On a donc pris la route, fêté la chute du régime Dolo-mythique et célébré dix journées belles, intenses et inoubliables. On a jeté un drap propre et neuf sur ce programme intensif de remise en forme et on a glissé le long de routes secondaires de Bolzano à Bergamo, Milano, Torino puis au col de Montgenèvre. Là haut, au détour d'un tunnel, on s'est tout d'un coup retrouvés en France. Quelques kilomètres de plus et on arrivait à B., perle des Hautes-Alpes, joyau blotti au creux de ses Écrins. Le comité d'accueil nous attendait en grande pompe: un froid mordant, une pluie épaisse et des guides de haute montagne mal lunés!
Así fue como pusimos pies en Polvorosa y celebramos el fin del régimen Dolo-mítico tras diez días increíbles, intensos e inolvidables. Dejamos atrás el paraíso y pusimos rumbo a Bolzano, Bergamo, Milano, Torino por carreteras seundarias y luego al cuello de Montgenèvre. Allá arriba, a la vuelta de un túnel, nos encontramos de golpe en Francia. Unos kilómetros más y llegábamos a B., perla de los Altos Alpes, un diamante en bruto. La recepción fue de lo más suntuosa: un frío mordaz, una cortina de lluvia tupida y guías de montaña con mal día!

Monday, September 15, 2014

un régime Dolo-mythique / una dieta Dolo-mítica (#10)


Jour 10: via ferrata delle scalette à la Torre di Doblin (2615m, D+ 390m) et
via ferrata De Luca-Innerkofler au Monte Paterno (2740m, D+ 525m)


Après que le Saint-Pierre local nous a ouvert les portes de son paradis minéral - non sans lâcher au passage deux blagues douteuses sur l'Espagne, la crise et sa surprise de voir fonctionner notre carte de crédit - on a suivi la fameuse route mal asphaltée qui serpentait à travers champs (élysées) pour déboucher trop vite sur un parking digne d'un bon centre commercial de province, pour ne pas dire du parc Walibi-Schtroumpf (le bonheur à quelques kilomètres de Longwy). Il y avait là tout ce que l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse et l'Italie comptent de coupés Mercedes, de Jaguar et de SUV BMW de mauvais goût, mais aussi le club hollandais des amis du coupé Mazda, la section munichoise des IDHD (Infortunés Détenteurs de Harley-Davidson) et même deux Aston Martin de provenance inconnue, étonnamment garés tout autour du refuge Auronzo, selon une loi tacite de proportionnalité inverse de leur distance à la porte en relation à leur prix. Pour ce qui est de la plèbe et donc à deux ou trois cents mètres de là, des hordes de beauf's gesticulants et bruyants s'affairaient parmi les troupeaux de leurs autobus fumants et grondants, qui avec ses bâtons télescopiques de marche nordique, qui avec son téléobjectif gros comme un saucisson à l'ail, qui, enfin, mouette parmi les mouettes, essayant de se faire passer pour Kilian Jornet… en vain. Juste derrière les autobus, enfin, reléguée tout au fond du parking, à l'abri des regards dédaigneux, la zone réservée aux camper-vans et autres camping-cars. Gratuite, plane et confortable, bénéficiant de vues à couper le souffle sur le Monte Piana, le groupe des Cadini et la face sud des Tre Cime (dont seules deux sont visibles) cette aire autorisée est sans aucun doute la plus luxueuse que nous ayons vue en deux mois en Italie! Une fois installés et non sans avoir salué nos voisins (un couple charmant de retraités allemands de Brème et un groupe de grimpeurs catalans) on a donc remonté, à pied, toute l'échelle sociale jusqu'aux Aston Martin, pour aller prendre un capuccino bien mérité au refuge Auronzo. En fait de refuge, il s'agit plutôt d'un hôtel Ibis déguisé, avec restaurant self-service à salon panoramique, boutique de souvenirs: un festival de cartes postales kitsch, porte-clefs piolets ou edelweiss et autres marmottes siffleuses en peluche… Dès que le filtre pour accéder à la montagne n'est plus la durée de la marche d'approche mais le prix du péage, on s'expose à ce genre de théâtre de variétés. "Ça fait vivre les vallées" et "C'est ce que veulent les gens"... Pour rentabiliser au maximum nos 24 heures dans le parc à thème, on a décidé d'aller dormir tôt et de se lever avant la foule pour essayer de faire deux "petites" ferratas autour des Tre Cime le lendemain. Il faut dire qu'au soir du jour 9, on commençait à bien sentir la fatigue. Sitôt dit, sitôt fait, douche tchèque, joli coucher de soleil, soupette de légumes de saison au speck et au lit.
Día 10: via ferrata delle scalette a la Torre di Doblin (2615m, D+ 390m) y
 via ferrata De Luca-Innerkofler al Monte Paterno (2740m, D+ 525m)


Después de que el San Pedro local nos abriera las puertas de su paraíso mineral - no sin soltar antes un par de bromas acerca de España, la crisis y su sorpresa al ver que nuestra tarjeta bancaria funcionaba - continuamos por la famosa carretera mal asfaltada serpenteando a través de campos (elíseos) para ir a dar enseguida a un parking digno de un gran centro comercial de provincia, por no decir que se parecía al gran parque de los Pitufos. Parecía una convención de coches deportivos Alemanes, Austríacos, Suizos e Italianos: Mercedes, Jaguar y SUV BMW de mal gusto, el club holandés del Mazda coupé, la sección muniquesa de DPHD (Desafortunados Propietarios de Harley-Davidson) e incluso dos Aston Martin de origen desconocido,  todos ellos aparcados sorprendentemente cerca, casi cercando el refugio de Auronzo, según una tácita ley de proporcionalidad inversa entre la distancia de la puerta y el precio del vehículo. En lo que respecta a la plebe, dos o trescientos metros más allá, hordas de ciudadanos medios, conservadores y sin amplitud de miras (que si no fuera porque estamos en Italia los llamaríamos sencillamente "españolitos de a pie") se agitaban escandalosos entre los autobuses humeantes y ruidosos, cada cual su locura: unos con palos telescópicos de marcha nórdica, otros con teleobjetivos gordos como salchichones, y los más gaviotas  pretendían con sus vestimentas de marca  hacerse pasar por Kilian Jornet… en vano. Justo detrás de los autobuses, relegada al fondo del parking, protegida de las miradas desdeñosas, la zona reservada a las furgonetas camper y similares. Gratuita, plana, cómoda y con excelentes vistas al Monte Piana, el grupo de los Cadini y a la cara sur de las Tre Cime. Éste era, sin asomo de duda, el más lujoso jardín que habíamos tenido en dos meses por Italia! Una vez instalados, no sin antes haber saludado a los vecinos (una amable pareja de alemanes de Bremen y un grupo de escaladores catalanes) subimos a pie por la escala social hasta los Aston Martin, para ir a tomar un capuccino en el refugio. De hecho, más que un refugio es un hotel Ibis disfrazado, con restaurante self-service, salón con vistas y tienda de souvenirs: un festival de postales kitsch, llaveros en forma de piolets, flor de edelweiss o marmotas de peluche silbadoras… A la que el filtro para llegar a la montaña deja de ser el tiempo que hay que andar para pasar a ser el precio del peaje, uno se expone a este espectáculo de circo, "Esto da vida a los valles" y "Es lo que quiere la gente", y lo que quieran. Para rentabilizar al máximo nuestras 24 horas en el parque temático, decidimos ir pronto a la cama y levantarnos antes que la muchedumbre para intentar hacer un par de ferratas al día siguiente por los alrededores de las Tre Cime. Hay que reconocer que la noche del día 9, empezábamos a sentir la fatiga. Dicho y hecho, ducha checa, puesta de sol, sopa de verduritas a la speck y pa la piltra.
Ferrata delle scalette a la Torre de Doblin: levés avec le soleil, on a laissé le parking à l'heure où les plus courageux de nos voisins se faisaient à peine chauffer le café. Le chemin qui contourne par l'Est les tours de Tre Cime gagne rapidement le petit col et le refuge de Lavaredo et nous conduit en une petite heure au refuge Locatelli, dont la terrasse est une invitation à contempler la face Nord des trois cimes les plus célèbres du panthéon alpin… On en oublierait presque les objectifs du jour. La Torre di Doblin est un petit sommet sans prétention mais très élégant, un belvédère aérien d'où les Tre Cime sont encore plus belles dans la lumière du matin. La ferrata qui remonte toute sa face nord-ouest est en fait la remise au goût du jour de l'itinéraire qui menait, durant la Grande Guerre, des bunkers de la base à l'observatoire d'artillerie situé à son sommet… Là encore, penser à la guerre, aux soldats, à l'hiver, aux combats et au front autrichien sur les crêtes d'en face donne le vertige et la nausée, plus que n'importe quel pas d'alpinisme exposé. L'ascension est raide et le parcours ludique, même si les vestiges de cheminées, murs et plates-formes de bois vermoulu jonchées de barbelé rouillé ne donnent pas particulièrement envie de rire. Si l'arrivée au sommet et le panorama depuis la croix sont merveilleux et magiques, s'en arracher pour redescendre par une autre ferrata en face sud-est, entre éboulis et marches d'escalier taillées grossièrement est un mal nécessaire. On sent le mal aux jambes du dénivelé accumulé en 9 journées actives sur 10. Les courbatures des épaules et du dos tirent, les bretelles des sacs frottent et le soleil qui a réussi à se glisser entre les nuages et entre les vêtements, a laissé quelques morsures ici et là… Le retour au plancher des vaches et au refuge Locatelli est très rapide, et après avoir hésité (la fatigue, décidément, est bien là), on décide de s'offrir quand même le Monte Paterno avant de repartir. Qui sait quand on aura l'occasion de revenir?
Ferrata delle scalette a la Torre de Doblin: despiertos con el sol, dejamos el parking y nos despedimos de los vecinos que, a esa hora, recién se calentaban el café. El camino que rodea por el este las torres de las Tre Cime llega rápidamente a un pequeño paso y nos lleva en poco menos de una hora al refugio Locatelli, donde la terraza es una invitación a contemplar la cara Norte de las tres cimas más célebres del panteón alpino… Pero no nos olvidáramos de los objetivos del día. La Torre de Doblin es una pequeña cima que sin ser pretensiosa tiene una elegancia sin par, un peñasco desde donde las Tre Cime son aún más bonitas con esta luz del alba. La ferrata que sube por la cara noroeste es de hecho un revival de un viejo camino de guerra que iba desde los búnkers a los pies de la torre pies hasta el observatorio de artillería en la cumbre… Una vez más, el pensar en la guerra, en los soldados, el invierno, los combates y el frente austríaco en las carenas del otro lado nos da vértigo y náuseas, más que cualquier paso expuesto haciendo alpinismo. El ascenso es escarpado y el trayecto lúdico, aún sin hacernos especialmente gracias las plataformas de madera carcomida cubiertas con restos de alambradas herrumbrosa, los muros que se desmoronan y las estrechas chimeneas. Si la llegada a la cima y la vista panorámica desde la cruz son mágicas y maravillosas, bajar por otra ferrata en la vertiente sureste es el mal necesario, entre guijarros y escaleras talladas groseramente en la roca. Se nota el cansancio en las piernas del nivel acumulado en los 9 días activos precedentes. Duelen las agujetas en los ombros y la espalda, las tiras de la mochila molestan y el sol que llegó a deslizarse entre las nubes y a través de las ropas dejó alguna que otra tarascada aquí y allá… La vuelta al refugio Locatelli es muy rápida, y después de algunas dudas (el cansancio está definitivamente presente), terminamos por obsequiarnos con el ascenso al Monte Paterno antes de la partida. Al fin y al cabo, quién sabe cuando podremos volver a este lugar?
Ferrata De Luca-Innerkofler au Monte Paterno: depuis le refuge, un sentier évident mène à une galerie (encore une!) de la Grande Guerre et celle-ci monte jusqu'au départ de la ferrata. On s'arrête sur un petit balcon au soleil pour finir nos restes du petit déj': un peu de pain et de speck, une banane et du muesli. Puis on allume les frontales et on attaque calmement la montée, régulière mais franchement raide, dans la galerie. Après une dizaine de minutes, on sort en pleine face Est du Monte Paterno et on suit le tracé évident de la ferrata le long d'un couloir étroit de roche friable. Quelques ressauts d'escalade facile et on rejoint la voie normale à un petit col, où il nous faut faire la queue pour la dernière partie de la montée, partiellement équipée et vraiment exposée. La brume monte très vite et une fois au sommet, on ne voit absolument rien alentour, si ce n'est le gros groupe d'allemands - une vingtaine au bas mot - qui occupe méthodiquement TOUS les rochers plats et confortables du sommet, à grand renfort de sacs à dos, cordes, nappes de pique-nique et étalages d'habits pour marquer leur territoire. On ne traîne pas et on redescend aussitôt, pour tomber sur un couple de retraités, allemands aussi, qui ont le pied peu sûr et l'air terrifiés par la brume… Elle sourit nerveusement et demande de l'aide, lui répète en boucle "tunnel? tunnel? tunnnnnnnnel!!!" en nous dévisageant. On les prend donc avec nous et on les fait descendre jusqu'au col, en leur tenant les pieds dans les ressauts et en leur disant que tout va bien et que le (bout du) tunnel n'est plus très loin. Arrivés au col, on leur montre le panneau qui indique le refuge, la ferrata de descente (si ce n'est pas par là, par où donc sont-ils montés?) et même, tout en bas, l'entrée de leur fameux tunnnnnnel!!! Ils nous saluent avec des mots d'amour et des louanges que nous ne comprenons hélas que grâce au contexte, tandis que nous descendons par la voie normale. Loin d'être facile, celle-ci est raide et exposée sur un très mauvais terrain, mais offre le grand tour du Monte Paterno par le Sud-Est, pour finalement gagner par un vire étroite un petit col d'où l'on retrouve les Tre Cime perdues dans la brume, avant de retourner au Col de Lavaredo en longeant le pied escarpée de la Croda Passaporto. À notre surprise et pour notre grand plaisir, les dernières minutes du circuit se font en rampant dans une mini-galerie aussi oppressante qu'amusante.
Ferrata De Luca-Innerkofler al Monte Paterno: pasado el refugio, un sendero evidente lleva hasta una galería (otra!) de la Gran Guerra y ésta sube hasta el inicio de la ferrata. Nos detenemos en un pequeño balcón al sol para terminar las migas del desayuno: un poco de pan y de speck, un plátano y un poco de muesli. Con las energías repuestas, encendemos los frontales y atacamos la subida sin prisa pero sin pausa, galería adentro. Al cabo de unos diez minutos, salimos a la cara este del Monte Paterno y seguimos lo que parece la traza de la ferrata a lo largo de un pasillo estrecho de roca descompuesta. Algunos resaltos de escalada fácil hasta encontrarnos con la vía normal de subida a la altura de un pequeño cuello donde hay que hacer cola para la última parte de la subida, parcialmente equipada y francamente expuesta. La bruma sube rápidamente y una vez arriba, no se ve absolutamente nada alrededor excepto un grupo numeroso de alemanes  - una veintena por lo menos  - que se distribuyen metódicamente por todas las rocas cómodas de la cima acompañados de notable despliegue de mochilas, cuerdas, chaquetas y manteles de picnic, visiblemente en un intento de asegurar(se) la zona. Así pues, no nos dormimos en los laureles de la cima y nos disponemos a bajar, seguidos ahora de cerca por una pareja de jubilados, alemanes también, con pie poco seguro y al parecer aterrorizados por la niebla. Ella sonríe nerviosamente pidiendo ayuda, y él repite sin parar "tunnel? tunnel? tunnnnnnnnel!!!" con insistencia. Los adoptamos para un trozo del camino, les ayudamos a tomar pie e intentamos tranquilizarles. De vuelta en el pequeño cuello, les mostramos el cartel que indica el refugio, la ferrata de descenso (si no es por allí, por donde deben haber subido?) e incluso más abajo a lo lejos la entrada de su famoso tunnnnnnel!!! Nos saludan con palabras cariñosas y alabanzas que no entendemos más que por el contexto y nos despedimos para bajar por la vía normal, Lejos de ser fácil, la bajada es un terreno empinado y resbaladizo pero la oportunidad para dar una gran vuelta al Monte Paterno por el sureste y luego, bordeando el escarpado pie de la Croda Passaporto llegar por una estrecha cornisa al paso donde se encuentran las Tre Cime escondidas tras la bruma. Para nuestra sorpresa y gran placer, los últimos minutos de este hermosos itinerario circular transcurren reptando por una galería minúscula tan claustrofóbica como divertida.
Retour au plein jour sous la lumière de midi, pour trouver des nuées de mouettes en liberté sur le boulevard entre les refuges Locatelli, Lavaredo et Auronzo. L'arrivée au TRANSITion! se fait au pas de course, un plat de penne rigate au pesto nous remet d'aplomb, et avant que les carrosses ne redeviennent des citrouilles, nous redevenons mortels laissant les portes du paradis se refermer derrière nous… Avec une forte probabilité de pluie pour le jour suivant et les corps qui nous demandent une trêve, on met le cap sur le col de Falzarego et les très photogéniques Cinque Torri pour, peut-être, escalader quelques couennes le lendemain. Pour l'heure, mission J10 accomplie, Buika et Chucho nous bercent sur la route qui redescend vers C.d'A., puis remonte tout en virages vers le col de Falzarego…
De vuelta a la luz del mediodía, nos encontramos con multitudes de gaviotas en libertad por el bulevar que discurre entre los refugios Locatelli, Lavaredo y Auronzo. La llegada a la TRANSITion! a paso de marcha rápida, un plato de penne rigate al pesto que nos trae de vuelta al mundo, y antes de que las carrozas se conviertan en calabazas, nos volvemos mortales dejando atrás las puertas del paraíso que se cierran tras de nosotros… Con una fuerte probabilidad de lluvia al día siguiente y los cuerpos que nos piden una tregua, ponemos rumbo al paso de Falzarego y a las muy fotogénicas Cinque Torri para escalar, si es que nos quedan fuerzas, al día siguiente. Por el momento, misión del día 10 cumplida, Buika y Chucho nos mecen en la carretera de vuelta a C.d'A., y luego zigzagueamos hacia el paso Falzarego…