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Wednesday, May 4, 2016

Vous r'prendrez bien un peu de varappe (ariégeoise)?

oh, juste une lichette, alors!

Jusqu'ici rien de bien nouveau et toujours le même plaisir à se retrouver ; à penser et se dépenser ; à discuter et se disputer. La long-due visite, programmée pour la fin février mars avril a finalement lieu "comme prévu", si ce n'est que la neige a décidé de ne faire cette année qu'une timide apparition suivie d'une retraite anticipée. Nos options ski, raquettes, igloos et huskies font pschit! - comme dirait Jacques Ch. - et sont promptement remisées.
extraordinaire vue sur la vallée de la Courbière depuis la Roche ronde.
À grimper, donc, puisque le soleil et les changements climatiques infligés par les ballonnements de nos ongulés domestiques nous y contraignent! Non à l'élevage qui favorise la pratique de l'escalade qui dérange les charognards qui mangent les carcasses des ongulés tombés au pâturage d'honneur. En forme d'instantanés de quelques-uns des secteurs les plus proches (dans un rayon de 10 km), voici un authentique et véridique résumé fait en mots et avec de vrais morceaux d'images de ce qui a fait cette semaine casi-(dolo)-mythique:


Jour 1 - couennes et mini-grande à la Roche ronde:
La pluie insiste pour préparer le comité d'accueil et recevoir notre cher A. dès son arrivée. Il faut donc pour démarrer en douceur, opter pour un secteur bien orienté et connu pour sécher vite. La Roche ronde a de bons arguments: une poignée généreuse de voies faciles plus techniques que physiques, une exposition plein sud et bien aérée - pour ne pas dire "en plein vent" - et une marche d'approche suffisamment raide pour laisser le temps à la paroi de sécher! À l'exception de quelques gouttières pléthoriques et des sueurs froides résultantes sur deux sections fines de Ballet-brosse et Thé au harem (6a+ et 6b), les voies sont praticables et agréables, du 5 ou 5+ (une bonne flopée) au 6b (dont la très belle Amarcord, tout en finesse).
En résumé: après-midi ensoleillé, vues magnifiques et échauffement plutôt probant. Vus l'approche et le pied de voie, la Roche ronde n'est pas un secteur pour aller grimper avec des enfants (ou si, mais sans moi!) mais c'est une option formidable et pas trop fréquentée, surtout quand on pense au voisin Calamès... On a d'ailleurs raconté notre aventure à trois avec J. à la très jolie Pénélope, longue et homogène dans le 5, il y a quelques temps.

ballet brosse (L1: 5, L2: 6a+) vu d'en bas ; depuis le très confortable R2: toute l'humidifficulté se concentre sur une quinzaine de mètres!

Jour 2 - couennes à Génat:
On se lève du bon pied, le temps est beau et (très) chaud, avec un je-ne-sais-quoi d'orageux dans l'air: les mouches sont co-connes et nous tournent autour sans pitié. "On est de bonn' bonn' bonn' bonne humeur ce matin, y'a des matins comme ça!" On décide donc d'un commun accord de miser sur une approche extra-courte, avec prairie et arbres slackline-compatibles inclus en cas de coup de mou.
A. en pénitent gris, prêt à sonner l'angelus.
Bref, on met le cap sur Génat. À un moment donné, on se dit qu'on pourrait pousser jusqu'à Auzat mais on a la flemme. Pour parer à toute éventualité de coup de chaud, on prend du casse-croûte et de l'eau, histoire de se poser à un moment: personne ne va nous faire changer d'avis. - Si un expert en géologie nous lit: le calcaire de Génat varie énormément entre abords immédiats de la grotte (assez typique, bien sculpté, de beaux trous et quelques fissures mémorables), dans la grotte (le pack classique gros dévers tricolore avec colonnettes, on ne touche pas à ça!) et plus loin sur les côtés (dalle à aspect sédimentaire, tout en ronds et en plats déroutants mais vraiment agréables dès qu'on y est habitué...) Qu'est-ce que c'est? Comment ça s'appelle? D'où ça vient? Merci d'avance! - On revisite avec plaisir des voies connues qu'A. découvre avec plaisir (Palo, Malo, Clair de lune, Uranus, l'Anti-Génat, Banans slip...) tandis que la chaleur a peu à peu raison de la maigre somme de nos volontés individuelles. Las, la faim se fait sentir, puis la digestion attaque. On en est à la sieste post-prandiale quand nos anglais préférés débarquent: Sam, G. et J., en tenue de combat et prêts à en découdre. Ça tombe bien, il nous reste une petite poignée de voies faciles à tester autour de Hale Bopp (6a old school qui coupe un peu la digestion): la belle Corvus (6a+) et la teigneuse Corax (6b), concentrée dans un pas de bloc long et beaucoup plus dur que ce que la cotation laissait imaginer...
En résumé: longtemps réservé au grimpeurs dans le 7 et le 8, Génat offre maintenant deux jolis secteurs de couennes du 4+ au 6b+/6c qui valent le détour, grâce à la passion, au travail et aux efforts de Gérard Jalbert, qu'on a croisé là-haut dernièrement, qu'on salue et qu'on remercie au passage!

Futuna et G., têtes en l'air et nez au vent ; J. de retour d'une longue envolée ; un topo non-officiel mais à jour signé Un(t)raveling!

Jour 3 - grande(s) voie(s) à Calamès:
Visite éclair de notre chère C. qui, ayant laissé les filles avec leur papa, nous rejoint pour 24 heures et une séance d'escalade promise elle aussi de longue date. La C. est comme les frères FÖRM allemands de la blague (un autre classique des années 80, tiens: Monsieur et Madame FÖRM ont trois fils, comment s'appellent-ils?" - Jesus, Hans, Hubert Förm", bien sûr! Pardon, je me laisse aller...).
La C. à l'attaque de la L1 de Rio.
En un mot elle pète le feu, elle  bouffé du lion, elle a grave trop la patate. Pas question de passer sa journée à piétiner au pied de voie en attendant son tour en moulinette: elle est motivée pour aller faire une grande et pourquoi pas deux grandes en parallèle? Bin, okay, qu'on y répond: allons-y! On se prépare un peu, on choisit nos objectifs rapido et sur le coup de... 14h20 (si, si!), le soleil caché derrière un voile gris, un petit air d'il va pleuvoir, on décolle direction Bédeilhac et son petit parking, avant de monter jusqu'au secteur du Pilier des Cathares où nous attendent Rio et Ryobi (cinq longueurs équipées, 180m d'escalade facile). Il s'agit de deux lignes parallèles dans le V, V+ et exceptionnellement 6a, équipées mais avec "un peu d'air entre les points" (la L2 de Rio est très aérée: si vous n'êtes pas confort ET détendu dans le 6a, faites-la en second et faura poser quelques points entre les points!!). On a rassemblé le matos à la hâte et pas vraiment prévu de faire de la grande voie, il manque donc un relais pour une équipe et une paire de mousquetons pour bien faire... Qu'à cela ne tienne, Wallis partira avec Arnaud sur Ryobi avec un set complet et la corde à double, pour alterner les longueurs. Futuna passera devant sur Rio, assuré sur une corde à simple et au gri-gri par C. Grâce aux lignes qui ne se lâchent pas d'une semelle et à la qualité de la dalle, on se fait coucou et on taille le bout de gras d'un relais à l'autre, distant d'à peine dix mètres.
La Wallis en rando dans la L2 de Ryobi.
On craint la pluie que l'on guette du coin de l'oeil ; Futuna se répète en boucle "ttre dans une voie... 15h, c'est pas une heure pour se mettre dans une voie... 15h, c'est pas une heure pou" et pense déjà à l'orage, aux rappels à quatre sur deux brins, aux éclairs qui rayent le ciel et aux boules de foudre qui lèchent la paroi en sifflant comme des chimères, aux cordes emmêlées dans un buisson ardent malgré le déluge, coupant toute retraite comme la neige s'accumule en congères au pied de la falaise, où les animaux sauvages attendent leur heure, bien que rendus fous par l'odeur du sang... Bon, rien que de très habituel: pour Futuna, 15h c'est une heure pour arriver à la voiture, pas pour en partir. Qui l'ignore est une mouette! Ryobi rejoint Rio au R3 et offre de continuer l'aventure au-delà du jardin de L5 pour sortir au sommet par le V+ du Pilier des Cathares ou le 6a réputé patiné et grincheux de Rio. Comme il y a une troisième cordée (de trois jeunes aussi enthousiastes qu'inexpérimentés) sur le Pilier - ils terminaient leur L2 comme on arrivait au pied de voie, on décide de leur laisser "leur" dernière longueur et de monter tous les quatre sur la "nôtre" (celle de Rio), malgré la mauvaise réputation du 6a. Futuna se prépare bien à l'aplomb du premier spit et ouvre le bal. Premier mini-pas de toit. Ok. Deuxième pas de toi, le réta est pas donné et la suite est vraiment lisse, mais soit.
Le A. plus très loin du R3 commun.
La plaque finale, couverte de lichen, est fine et très très fine, mais finalement en serrant les fesses ça passe. Relais, C. monte derrière, bientôt suivie par A. et Wallis, tous en moul', tous contents d'être arrivés au bout et tous surpris par cette dernière longueur bête et méchante. Il s'avèrera plus tard qu'on s'est décalés un peu trop loin vers la droite, comme les électeurs ont trop souvent tendance à le faire ces derniers temps) et qu'on est sortis au sommet par le méchant 6c d'Arabesque, très belle voie dure et assez homogène dans le 6b+/6c, dont on avait testé la première longueur il y a deux ans avant de battre en retraite sous le toit. Avec celle-là faisable aussi, il nous reste quand en plus du 5+ du milieu, un autre 6b+ et un autre 6c à enchainer... Le projet en restera là pour l'instant.
En résumé: les grandes voies de Calamès valent le détour, sont équipées sans excès, rappelables, assez logiques, sur du (très) bon caillou et permettent de sortir en crète pas loin du château, de saluer le bouc, la bête, le truc à cornes qui campe a sus anchas allí arriba, et de redescendre à pied par un sentier bien raide en pierrier, puis depuis le col jusqu'au parking en vingt minutes. Point d'eau et toilettes au parking, quelques grottes remarquables avant et au premier secteur (dont celle des demoiselles, très profonde et explorée dans ses moindres recoins...

C., A. et Wallis dans leur interprétation respective de "tu l'as vu mon réta en 6c?", performance à représentation unique - complet.

Jour 4 - couennes à Baychon:
Après une nuit épuisante de Colons de Catane et de disputes sur fond de l'état du monde, de l'usage du monde ou encore de l'usure du monde, Wallis décide de rester travailler au frais, pendant qu'A. et Futuna vont à la chasse au mammouth - désolé, parfois mon magdalénien intérieur reprend le dessus - cocher un nouveau spot sur la bucket-list des sites de grimpe à moins de dix kilomètres de la maison: aujourd'hui, le calcaire raide et prisu de Baychon! On est en 2016, on est en avril, on est en plein soleil ; la montée est courte mais vraiment raide, parfait pour la mise en jambes ; seule ombre au tableau: il n'y en a pas du tout au pied des voies. On nettoie donc méthodiquement tout ce qui se présente, de droite à gauche, du 5+ au 6b, y compris la redoutable (6a+) dont le crux déroutant et dégoûtant nous demande un bon quart d'heure de contorsions à chacun pour ne finalement ne pas convaincre... Ouf! pour enchaîner, "faudra rev'nir!", et la très belle Scorpion d'Orient (6b pas volé) qui alterne dalle très lisse, beaux équilibres, quelques pas obligés, un soupçon d'adhérence et un final péchu sur grosses prises. Ouf! pour enchaîner proprement, "faudra rev'nir!". L'arrivée de G. et J. accompagnés d'un autre A., non moins cher mais bien fuxéen celui-là, rallonge un peu cette courte session mais la journée avance et A. a 5 heures de route devant lui et un dîner à Bordeaux ou une garden-party à Poitiers, à moins que ce ne soit un mariage à l'îlé de Ré? Une douche et un Martini à la cuillère plus tard, il est prêt à partir: s'il troquait sa Peugeot pour une Aston Martin, le mythe serait là et bien là, en chair et en charme. "- James, attends! - Je dois partir, on m'attend..." Fondu en noir et générique.

photo de groupe au sommet, retardateur oblige ; A. et C. parmi les fleurs des champs ; Wallis rencontre la bête, le VRAI gardien du Calamès!
Soudain, on s'est retrouvés tout seuls. Notre petit reparti, face au nid vide, on a un peu pleuré, bien sûr. On a écouté le téléphone pleure et un jour les oisillons prennent leur envol ; on a mordillé la semelle des pantoufles qu'il avait oubliées pendant quelques heures, en hurlant à la mort et en griffant la porte avec désespoir. Faut dire, on fait rien que des bêtises, des bêtises, quand l'est pas là. Et puis heureusement, le tourbillon du quotidien nous a repris dans sa folle farandole: la niche, le bol de croquettes, la ba-balle, le canapé, plus belle la vie sur le canapé et puis re-la niche... Mais quand même, qu'est-ce que c'est bien quand A. vient nous voir!


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* c'est triste à dire mais il n'y a vraiment rien eu dans ce post de suffisamment ambigu ou débile pour mériter une astérisque et un renvoi final... Donc sans plus de cérémonies, on vous propose en exclusivité LE lien essentiel pour grimper en Ariège, choisir un secteur, suivre l'actualité, se débarrasser d'un ami un peu envahissant ou d'une crise de goutte articulaire: le site web du CAFMA! On ne l'avait pas encore cité, c'était un oubli impardonnable, le voilà réparé. Bonne grimpe à toutes et à tous...


Wednesday, September 23, 2015

"l'Ariège, ça monte, ça descend et ça n'est jamais plat"


C'est dit: pourrez pas dire qu'on vous a pas prévenus!
Le slogan n'est pas de nous, mais on se l'approprie bien volontiers: c'est pour la bonne cause et ça fera de la pub' au Conseil Général et à l'Office de tourisme du coin (qui en ont sacrément besoin diront certains)! Bon. Derrière cette lapalissade en apparence tout à fait innocente se cache une réalité complexe, polymorphe, protéiforme, à étages, voire - n'ayons pas peur des mots: les mots sont là pour nous aider ; ils nous aident à communiquer, à nous comprendre, mais peut-être plus encore, à surmonter cette terreur que provoque en nous l'immense chaos de l'univers hostile et changeant qui nous entoure et dont nous sommes pourtant (souvent sans en être pleinement conscients, il est vrai), partie intégrante. "Tu es une expression unique de l'Univers dans sa totalité, de la même façon qu'une Vague est une expression unique de l'Océan tout entier" disait Alan Watts, et Ford! s'il avait raison... mais je m'égare et perds le fil dès les premières lignes! Ce post fleure déjà la digression à plein nez, ça promet d'être difficile... Décidément, ce nouvel antalgique (indiqué dans les douleurs neurogènes et prescrit pour cette épaule qui ne se décide pas à guérir) n'est pas seulement efficace, il est aussi diablement psychotrope. Mais revenons à nos moutons... - matriochkale...

- À vos souhaits!
- Pardon: vérification faite, il semblerait que l'on dise, en français et dans le texte, "gigogne".

Piège à Toulousains entre chien et loup ; même en Ariège: "eau qui descend ne remonte pas" ; notre monnaie locale. 
Bien. En Ariège, tout monte et tout descend, tout n'est donc jamais plat. Ou "rien" n'est donc jamais plat? Enfin... Les Toulousains qui vont en Andorre acheter des clopes et du Ricard, par exemple, et bien: ils montent le dimanche matin puis descendent le dimanche après-midi. Et les Toulousains qui vont skier à Ax-Bonascre en hiver, ils font pareil (et qu'est ce qu'ils nous font skier, soit dit en passant...). Et le TER-98910 en provenance de Toulouse et à destination de Latour-de-Carol va entrer en gare: lui aussi monte et descend. Voilà, on va s'arrêter là pour les exemples. Ce qui descend mais ne remonte jamais en Ariège, en revanche, c'est le cours de l'eau. Enfin, de l'Ariège, quoi. Ou du Vicdessos. Ou de la Courbière, comme le prouve le mignon cliché ci-dessus d'une ravissante cascade. Et ce qui descend mais ne remonte guère, c'est le cours de l'Euro, en chute libre depuis que le pyrène lui dame la pièce. Euh, le pion. Une monnaie locale, oui madame, parfaitement! On a une monnaie locale, même qu'elle vaut cher: 1 pyrène = 1 euro, comme ça c'est moins compliqué à convertir et s'il avait fallu l'indexer sur la réalité économique locale, on aurait eu besoin de brouettes de billets pour aller au marché... Et puis pour rendre la monnaie, du coup, c'est avec les centimes d'euro, hein. Parce que pour photocopier des pièces et les découper en rond, je vous raconte pas l'affaire. Voilà, vous savez tout sur le pyrène, la monnaie utile en papier recyclé! En tout cas, ça fait toujours ça de moins dans la tirelire des railleurs qui se moquent de nous, et Ford sait qu'il y en a. Voyez plutôt:


Très bien, ça, c'est fait. Il va peut-être falloir entrer dans le vif du sujet, maintenant... Parce que toute cette histoire de monter et de descendre, c'était surtout pour illustrer la visite de nos chers U. & L. le week-end dernier. Visite qu' (on espère) ils vous raconteront eux-mêmes et avec leurs propres mots - ce qui pourrait être particulièrement exotique! Plus d'un Ariégeois s'en réjouira. On les embrasse donc chaleureusement à leur descente du train bondé, on les gave donc de canard gras, de fromages d'ici et d'ailleurs (du Cantal, notamment) et de vins pas d'ici mais d'un ailleurs plutôt pas trop lointain (Madiran, Fronton, Corbières, Faugères: le tour du Midi, quoi..). On trouve (au détour d'une ruelle) un vide-grenier où les faire saliver devant des bibelots du cru, des vieilleries rurales et des trésors poussiéreux;  entre lesquels se démarquent quelques vélocipèdes vintage à faire pâlir de jalousie toute la communauté de hipsters-barbus-tatoués-piercés-en-chemise-de-bûcherons-cyclistes-branchés-de-Poblenou-ou-de-Gracia. On joue à aller cueillir nous-mêmes nos légumes qu'on a fait pousser nous-mêmes pour les manger nous-mêmes après les avoir cuisinés... nous-mêmes!
L'effet toujours euphorisant du pilotage de 2c15 sur départementale!
Et pour expier un peu tout ça, tous ces plaisirs criminels et autres péchés véniels, pan! On les sort en rando. Un peu. Pour dire. Les Trois Seigneurs par l'Étang d'Arbu: une classique bien connue des régionaux de l'étape et des Toulousains des dimanches. Pas trop long, pas trop dur. En revanche, ils ne s'y attendent pas du tout, font les surpris "Ah bon? Marcher dans la montagne? Diantre! Quelle idée originale!"
Originale??? Ici, si on n'est pas rugbyman ou chasseur, il n'y a plus qu'à être randonneur, c'est une question d'identité. Et de survie. Passons... On monte donc tranquillement - en 2c15, c'est la règle - et pas trop tôt quand même, jusqu'à Vicdessos. De là, direction le Port de Lers, pour se garer finalement juste avant de l'atteindre, dans les derniers virages, à côté de quelques autres voitures puis de se mettre, rapidement, en marche.
"Il suffit de passer le pont - chante l'autre moustachu (un peu père vert il faut le reconnaître) avec sa guitare - et c'est tout de suite l'aventure". En effet, le pont franchi, les choses changent et si ce n'est pas tout de suite l'aventure, c'est tout de suite une montée fort raide en plein soleil vers un petit groupe de brebis qui nous regardent et gardent farouchement l'accès à un orry aussi typique qu'il est bien conservé. Mêêeeh! Émerveillement de rigueur: on s'extasie devant ce savoir-faire millénaire, on boit de l'eau, on joue avec une bébête au bout d'une brindille. C'est beau la nature en fête. Et le chevelu avec sa guitare de revenir à la charge: "Laisse-moi tenir ton jupon, je t'emmène visiter la nature"! On fait dans l'allusion élégante et tout en finesse, hein? Bon, jusque là, nos visiteurs sont contents; ils se sont à peine plaints durant le premier raidillon, ils ont des Pyrénées plein les mirettes et le cœur léger. Quand soudain, c'est le drame: Futuna commet une erreur de débutant. À la question "c'est encore loin (grand schtroumpf)?", il répond en toute bonne foi "juste derrière cette colline, on y sera dans un petit quart d'heure". Patatras! Comme toujours, derrière la petite colline, il y a une autre petite colline, ou une barre rocheuse, ou un ressaut au fond de la jasse, ou n'importe quoi qui finit par révéler l'absence du lac, encore caché un peu plus loin derrière. Pire encore: un peu plus haut!

"il suffit de passer le pont et c'est tout de suite... ; l'herbe douce à Pâques (a poussé sur l'orry) ; je t'emmène visiter la nature!"
Il s'en faut de peu qu'un drame éclate. La révolte gronde. Les matelots, tendus, murmurent et ruminent quelque sombre plan. La faim et la fatigue tenaillent les troupes. On craint une mutinerie. Déjà, les albatros et les vautours dessinent, là-haut, de grands cercles sur nos têtes... Heureusement, bientôt, quelqu'un crie "Teeeeerre!" Euh non, quelqu'un crie "Laaaaaaaac!" À nos pieds, l'étang d'Arbu. Voilà. L'étang s'étend. Les temps aussi. Comme disait l'autre, qui voulait citer untel "Au lac, suspends ton vol, et vous Eures et Loires..." etc. C'tait l'bon temps! On s'embrasse, on s'étreint, on s'assied, on s'affale. Puis on s'étend. L'ambiance se détend. On chasse des taons. On trinque "à l'étang!" Une fois l'étendard bu, on hisse les gourdes, qui flottent au vent. V'là l'bon vent, v'là l'joli vent, mon ami l'étang... Soudain elle s'écrie: "Un homme à la mer!". Mais non: il se baigne tranquillement...

L. et ses 27 printemps, dans la montée ; l'orry en plan rapproché ; l'étang d'Arbu dans son écrin de gispet* et de cailloux...
Les choses se gâtent quand on montre le sommet, pourtant proche, du Pic des 3 Seigneurs. Il est déjà tard, on a faim, ma jambe est lourde, il fait chaud, demain j'ai piscine, on a déjà beaucoup marché, et la descente alors? Heureusement, notre réputation d'hôtes nous précède et le bon goût toujours raffiné de la maîtresse de maison n'étant plus à démontrer (ça nous a coûté une fortune en Ferrero Rocher, mais le retour sur investissement est inestimable), on nous écoute donc.

"L'ertrand d'Arthus vu du ciel", comme dirait Yann-Arbu B'Étang!
Heureusement aussi, la montée est progressive et ludique, le long d'un petit ruisseau au fond duquel le sentier se perd souvent. Quelques cairns de beau granite gris montrent le chemin, pas évident par ailleurs, vers la majestueuse ligne de crête, que l'on récupère finalement, le lactate dans les cuisses et dans les talons, l'estomac...
Un casse-croûte bienvenu à base de produits locaux fait son apparition comme par magie un peu au-dessus de la côte 2000 m, où le gispet* fait non seulement rage mais encore un beau tapis touffu qui active délicieusement la circulation dans les glutéaux façon réflexologie/acupuncture. Depuis ce belvédère en avant de la chaîne, on admire les vues panoramiques à 360º: le Port de Lers et le Massatois à nos pieds; le massif du Valier perdu dans les nuages; derrière lui le Luchonais, déjà, perdu dans les nuages; devant nous au Sud, les 3.000 ariégeois perdus dans les nuages; plus loin l'Andorre, perdue dans les nuages; plus loin encore vers l'Est, le Canigou, perdu dans les nuages; au Nord la plaine et Toulouse, nimbées d'un smog douteux aux notes bleutées...

les Pyrénées ariégeoises dans toute leur verdoyante majesté (et avec un léger penchant à droite).

U. & L. en mode Urga et une croupe après l'autre de la longue crête de descente, qui n'en finit pas d'être ariégeoise...
Le ventre plein et les yeux rivés sur d'audacieux parapentistes, la descente se fait sans histoires. Toutefois, fidèle au slogan du pays, elle aussi, monte et descend sans relâche. La belle croupe herbeuse n'en finit pas de s'arrondir à nouveau, tandis que le port de Lers n'en finit pas de se faire désirer, bien décidé à ne pas se livrer à nos semelles boueuses sans quelques sinueuses allées et venues supplémentaires. Pire, la voiture est garée deux kilomètres en contrebas du col, dans ce virage de la petite départementale d'où nous sommes partis plus tôt le matin. Futuna dans un élan d'héroïsme teinté d'un sournois mais lancinant sentiment de culpabilité va donc prendre un peu d'avance pour assurer un service de taxi: sinon avec le sourire, au moins avec dévouement. Hum. On oublie trop souvent à quel point les douleurs chroniques peuvent, parfois, rendre ceux qui en souffrent quelque peu susceptibles, voire carrément irritables... Voilà voilà. Sur ce, et dans un silence gêné par cet aveu en forme de cri du cœur, il va falloir conclure! Retour au bercail sains et saufs, douches chaudes, habits propres et autres préparatifs joyeux d'une fin de weekend idyllique. Sur table: fromages, charcuterie, légumes du jardin, vin et rires; puis finalement, sur quai: des adieux déchirants à la gare SNCF toute proche... On rend l'antenne, à vous les studios.

le port de Lers, ses hordes de parapentistes, sa guinguette et ses vertes prairies.

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* bien connu des randonneurs, des pêcheurs et des chasseurs tout au long de la chaîne, synonyme à la fois de pique-nique pique-les-fesses et de dérapages incontrôlés lors de descentes sous la pluie, le gispet (Festuka eskia) mérite une place de choix dans le patrimoine culturel (im)matériel de nos chères Pyrénées; ça m'étonnerait pas qu'Olivier de Robert l'évoque dans un de ses sketches...