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Thursday, July 13, 2017

home(t)raveling: semaine 2

Ford! Que ça passe vite, sept jours (168 h). Mais comme le disent nos voisins sud-pyrénéens : "le dit est dette". Un post par semaine pour vous tenir au courant de l'avancée du projet home(t)raveling, c'était le pacte et on va s'y tenir.

Vue du jardin: le hangar, son muret et le potager, la haie, le sureau et la vue.
En tout cas, on ne va pas flancher dès la deuxième livraison - on aurait l'air de quoi? Du coup, le 29 juin on avait les clefs en main et le 6 juillet, on vous a raconté en langue sud-pyrénénne et en images, les premiers jours de travail. Voici donc un bilan de cette deuxième semaine:

 - les accès réseaux: en arrivant, on a contacté le syndicat mixte local pour le relevé du compteur et dans la foulée, on avait de l'eau (froide). Pour l'électricité, on a choisi de changer le monde et d'apporter notre pierre : on a souscrit chez Enercoop, fournisseur d'énergie 100% coopérative et renouvelable. C'est à peine plus cher qu'EDF aujourd'hui, la tendance pourrait bien s'inverser demain, mais surtout, c'est de l'électricité produite et gérée par et pour les sociétaires, producteurs et usagers, 100% verte et citoyenne. On n'a pas inventé l'eau chaude, hein. Ça existe depuis très longtemps et on est loin d'être les premiers, mais c'est comme donner son sang ou se déplacer à vélo : tant qu'à faire, autant le faire! Enfin pour internet, on a repris une box chez Free, on n'avait pas eu à se plaindre et on devrait avoir dès lundi un accès à la maison. Important pour le boulot, pour les loisirs et pour les visites... Ça, c'est fait!

trilogie du jardin: la guerre du lierre ; le retour du mur en pierre ; la vigne contre-attaque.
 - le jardin: on continue la guerre du lierre, qui est en train de se transformer en guerre des nerfs. Il résiste, il est nombreux et tenace. Mais on en viendra à bout, ça ne fait pas l'ombre d'un doute! On progresse le long du mur du fond, tandis que la montagne de déchets verts en attente pour les voyages à la déchetterie s'élève dangeureusement au milieu du futur potager. Semaine, prochaine, on fera quelques allers-retours pour faire descendre un peu le tas... Dans l'angle nord-est, on a libéré un figuier et un pommier, et on a découvert une vigne couverte de jeunes grappes vertes, qu'on s'est efforcé d'arracher aux griffes d'hedera helix. On a commencé à nettoyer la haie et dégagé un peu les pruniers, dont on a goûté les petites prunes-cerises - délicieuses mais toutes, on dit bien toutes, avec une vie intérieure riche. Hum... On ramasse progressivement les déchets, tessons de bouteilles, bouts de briques, de tuiles et cailloux, que l'on classe soigneusement en tas pour plus tard: brique et tuile pour le futur drain de la cour, pierres pour refaire des murettes et déchets divers, à la poubelle. Il reste du boulot, mais ça a déjà changé d'aspect!

le plafond de l'étable, brut ; les tuiles remplacées, roses et sans lichen ; l'étable vide et propre, puis transformée en recyclerie home(t)raveling! 
 - les dépendances: on a fini de remplacer les tuiles cassées et félées du toit du hangar, qu'on a nettoyé suffisamment pour y installer le camp de base pour l'été. Il a fallu déplacer notre début de stockage de tri sélectif, gravats et recyclage vers l'étable. Pour ça, on a commencé par la vider et la nettoyer sommairement. À terme, on aimerait en faire notre grand atelier pour le bricolage et le matériel, mais ça va prendre un peu de temps parce que le premier étage est plein de saletés et a pris l'eau pendant des années, donc le plancher et les solives sont en très mauvais état.

l'atelier provisoire en cours de déploiement: établi, outils et... tout à faire!  
On y a aussi détecté quelques tuyaux en fibro-ciment et il faut qu'on s'occupe - avec les précautions d'usage (combinaison, masque, gants, double sac plastique, etc. - de les emballer et de les porter jusqu'à un site agrée pour le stockage. Comme c'est de l'amiante liée et à faible concentration, on a le droit de le faire et le risque est minime. Faut pas s'amuser à l'attaquer la disqueuse en mettant son nez dessus, en gros. Semaine prochaine? Y'a qu'à... appeler l'entreprise qui réceptionne, vérifier qu'ils ont de la place dans leur cellule, se déguiser et tout ramasser un jour humide (pour limiter les fibres d'amiante en suspension dans l'air, qu'ils disent...), emballer, scotcher, charger dans la voiture, rappeler pour avertir qu'on circule et se mettre en route. Le transport (réglementé) de matières dangereuses à la portée de tous! En attendant de pouvoir envahir l'étable, on a monté un atelier de fortune (c'est un grand mot pour dire qu'on a déballé les outils et machines dans un coin, autour d'un vieil établi récupéré sur le bon coin pour moins cher que le prix de l'étau qui était monté dessus... Donc, la recyclerie est passée à l'étable, le hangar est propre et ce week-end, on y installe cuisine, salon et salle à manger pour les deux prochains mois! Allez, plus de dépendances au prochain numéro...

 - la maison: il fallait en finir avec les cheminées du rez-de-chaussée (cuisine et salon) qui mangeaient de la place et bouffaient la lumière. À la masse et en suant à grosses gouttes, on s'en est occupé et on a trouvé une surprise de taille dans la hotte de celle de la cuisine: les tuyaux d'eau de la salle de bain! En cuivre mais très abîmés, il fallait les changer et surtout résoudre la question de l'eau chaude pour pouvoir venir vivre ici au plus vite. On y reviendra...

le pouvoir de Burinator: le salon avant, évier bizarre et hotte de cheminée ; le salon après: mur en brique qui cache celui en pierre... on continue?
On a attaqué les murs "extérieurs", dont les enduits mélangés (pas mal de ciment, quand même) et surtout rapiécés n'importe comment les uns sur les autres, étaient en mauvais état et ne permettaient pas à l'humidité capillaire de s'évaporer. Après une journée au burin, on est allé faire un tour chez Bricomarché et on a investi dans un perfo-piqueur-burineur! La bête pèse 6 kilos et use presque autant les bras que le marteau et le burin. Casque anti-bruit obligatoire et crampes assurées, mais Ford! que ça dépote et comme ça déboîte! Après s'être débarrassés de la peinture orange, on a commencé à découvrir le mur en pierre original par endroits, histoire de pouvoir en discuter avec un maçon la semaine prochaine et réfléchir aux options d'enduits traditionnels et d'isolation écologique...

le pouvoir de Burinator (2): la cuisine avant, évier et cheminée d'angle ; la cuisine pendant ; et après: un peu de pierre, beaucoup de place!

Pour l'instant, ça représente une vingtaine de sacs à gravats (30-40 kilos chacun, quand même) et 6 poubelles de 80 litres, mais on a fait la cuisine et une partie du salon, cheminées et un drôle d'évier du salon inclus. On y a aussi casé tous le faux-plafond de la cuisine (en lattis + plâtre), mais on a évidemment gardé le lattis comme petit bois pour le poêle cet hiver (et l'hiver prochain, et l'hiver suivant...). À tout ça, il faut ajouter la demie-journée que Wallis a consacrée à nettoyer la salle de bain au karcher-à-vapeur: vétuste mais fonctionnelle une fois propre, il ne lui manque que de l'eau chaude. Et c'est là que le miracle a eu lieu.
Wallis en finit avec la base de la cheminée... 
Aujourd'hui même! On a appelé un ami d'amis, plombier de son état et accompagnateur de chantiers. En une journée, il nous a proposé de reprendre l'installation existante depuis le compteur, de tirer l'eau froide vers ce qu'on appelle la buanderie et d'y poser un petit chauffe-eau à gaz de récup' qu'on avait sous la main. De là, on n'a plus eu qu'à lui "ménager une ouverture" (merci Burinator!) dans le mur du fond entre la buanderie/atelier/couloir vers le jardin et la salle de bain, juste sous la baignoire, pour qu'il y branche la nouvelle eau froide et la toute nouvelle eau chaude sur le circuit en cuivre déjà existant (il y a une baignoire, un lavabo et un bidet), avant d'aller pincer les vieux tuyaux qui passaient dans la cheminée, juste à l'endroit où ils traversaient le mur. Sur la photo ci-contre, juste au-dessus de Wallis, ils sont encore là. Ils étaient pris dans la maçonnerie de la cheminée et on ne pouvait pas y toucher...

Ça fait, on a - enfin! - pu les arracher du mur de la cuisine et finir de le piquer, pendant que notre plombier providentiel tirait finalement un tuyau d'eau chaude neuf vers l'évier actuel de la cuisine, qu'on aimerait changer à terme (de place et de modèle) mais qui fera l'affaire pour l'instant... Ce qui est cool, c'est que cette nouvelle installation a minima prévoit déjà les modifications qu'on envisage pour la future cuisine et pour monter de l'eau vers les étages, mais ça, ce sont quelques autres histoires et il faudra sans doute patienter quelques autres chapitres! On a ramassé encore quelques sacs de gravats, il a corrigé une soudure qui fuyait, on a changé le mécanisme de la chasse d'eau du wc (perdu au premier étage, tout seul pour l'instant, le pauvre. Il y a bien des chambres mais pour l'instant personne n'y dort) et tadaaaam! Sur la ligne d'arrivée, à la fin de la deuxième semaine, on a de l'eau chaude et on n'a plus d'excuses pour ne pas s'installer. Et vous n'avez plus d'excuses pour ne pas venir nous voir, et pourquoi pas nous filer un coup de main! ;)

plomberie (bien) accompagnée: derrière le mur, la baignoire ; vieil évier, nouveaux tuyaux ; chauffe-eau récup' installé ; adieux les tuyaux rupestres!

Bon, bin: voilà. C'est çô, lô! Ça fait quinze jours aujourd'hui qu'on a les clefs et on n'a pas chômé. On est vraiment crevés, on a les mains déjà défoncées et de la poussière de plâtre jusque dans les plis du scrot euh... coude! Mais l'enthousiasme est là et chaque petit pas nous fait super plaisir. Donc on va essayer de garder le rythme et de vous tenir au jus...


À bientôt
et plein de bises,
Wallis & Futuna



Thursday, February 23, 2017

CONtes de la FOLiENS ordinaire

et autres histoires.

À titre emprunté, on ne devrait pas trop regarder les dents. Et encore moins lui tripoter les syllabes. On le rendra donc à qui de droit, en même temps qu'un hommage de circonstance - sobre et subtil. Voilà, ça devrait faire l'affaire...

Antiquités Brocante, mais pas seulement: Pension de famille dans son jus, aussi!
Tout ça parce qu'on n'avait nulle part où ranger une vieille édition de poche jaunie qui traînait depuis longtemps et que faute d'autre chose à se mettre sous la dent, Futuna avait décidé de le lire. Et puisqu'il y était, de jouer un peu avec. Pourtant, le décor était plus buccolique que Bukowski. Pourtant, il évoquait davantage une idylle dans un motel à la Wong Kar Wai que la vie dans un bordel au Texas. Mais c'est l'occasion qui fait le larron, non? Et retourner à la case départ a ceci de bon qu'on recommence, réinvente, refait et reconstruit. Mais aussi qu'on fait des trucs qu'on n'avait pas ou n'aurait pas fait "en temps normal".

C'est quoi un temps normal, d'abord?

Bien. On venait de rentrer de notre non-voyage au bout du monde. Et comme au bon vieux temps, on n'avait plus vraiment de chez nous, sauf un petit lit sur 4 petites roues. Wallis avait donc cherché du travail saisonnier de vétérinaire sanitaire pour les premiers mois de l'année. N'importe où, ou presque. Elle en avait même trouvé, qu'elle avait accepté. Elle avait fait tout ça depuis le Japon. Ouais. Sur internet, avec un entretien par Skype. Elle est comme ça, Wallis. Rien ne lui résiste. Cause she's cool, you know? L'affaire se passait pas très loin d'Oradour-sur-Glane (ceci explique cela), au beau milieu de nulle part la Charente limousine. Futuna, quant à lui, comptait retourner au Pays Basque comme tous les ans et attendait pour ça que le téléphone sonne. Eh oui! Futuna est adorable bien qu'un tantinet moins proactif. Faut dire qu'il avait déjà des traductions/révisions pour occuper tout son mois de janvier.

tout y est: la vierge, le kitsch postal et le mobilier "vintage" (pour ne pas dire désespérément ringard), les portraits de famille et l'ivoi'art...
"Bah", il s'était dit. "Quite à passer mes journées le cul sur une chaise et le nez collé à un écran, autant que ce soit auprès de ma blonde!". Pas proactif, le mec, mais romantique: autant qu'on veut. Et puis cet ordinateur, il fallait bien le poser sur un bureau et avoir une chaise à y poser devant... Il avait donc suivi le mouvement, chargé sa couenne et son sac à dos dans le 2c15 et avait remonté la N20 avec elle jusqu'à Brive-la-Gaillarde. Là, ils avaient tourné à gauche, puis enfilé comme autant de perles à un collier des départementales z-à  leurs roues. Ils s'étaient garés devant un vieux chapiteau bouffé de mousse (un dancing depuis longtemps déserté), pour s'installer sur les conseils de leurs vétos-et-patrons dans une pension que l'on aurait pu (en espérant ne blesser personne) qualifier de miteuse.

quelqu'un a dit "un motel à la Wong Kar Wai"? Mais... c'est l'hôtel de Shining!
Jugez plutôt: l'enseigne qui donne le ton sur la façade, le bric-à-brocante poussiéreux au rez-de-chaussée, l'odeur de moisi dans l'escalier, la moquette élimée le long du couloir et la salle de bains sur le palier. Pour rendre à César, il faudrait aussi signaler les pensionnaires alcolos qui éclusent et fument du soir au petit matin, toutes fenêtres fermées dans la cuisine commune. Qui semblent sortis de la monographie Wikipedia sur la cirrhose. Qui mieux que personne, plantent le décor alla Bukowski. Et qui, en allant se coucher, titubent dans le couloir et grattent à notre porte en miaulant et en chantant "Ay, quiero hacerte el amor esta noche"... Bon, comme nous a dit la taulière quand on est allés se plaindre "c'est plutôt flatteur!", comme s'ils désignaient la plus jolie fille de la ville. Non madame, c'est pas flatteur, c'est juste relou, en fait. Vous nous direz, ça ou des jumelles mortes en robe à fleurs et un petit garçon avec un tricycle, c'est vrai qu'on ne perdait pas au change (pardi!).

Sinon bah, le coin était joli et Bukowlique ; on était au bord de la Vienne, pas les pieds dans l'eau mais presque ; on se sentait bien dans la campagne charentaise (disons qu'elle nous allait comme une pantoufle un gant, ha ha!) ; on explorait ce qu'on pouvait pendant et après le travail. C'était plutôt plat, mais toujours pittoresque. Il y avait des chateaux en ruines sur des buttes en marnes, du bocage pas normand avec du bétail paîssant, des sentiers escarpés et même, des dérivations pour  personnes moins agiles! Si, si: le grand mariage zen de l'authentique et du trou-du-cul du monde à 4 heures de Paname... En lieu et place de la chatte blanche, on avait un chat gris un peu con qui passait son temps à gratter à la fenêtre des toilettes pour entrer, traverser la chambre et aller gratter à la porte pour sortir dans le couloir. On est même tombés tout à fait par hasard sur un bled avec le même nom qu'un ancien président de la République, dont la stratégie pour nous arracher un second mandat faisait encore recette. En cette période pré-électorale, on vérifiait que - décidément - la politique est l'art d'enculer les mouches et de refaire du neuf avec du vieux: "Ça marche, ça marche! Ils te suivent, n'arrête pas de souffler dans ton pipeau!". Fin de la parenthèse.

sans intention ni message cachés: trois femmes, trois poulets, douze singes volants qui ne sont jamais arrivés à baiser et pas de chaussettes!

La routine s'était installée assez vite et c'était rassurant: après le p'tit déj, Wallis partait vers 8h et Futuna se mettait au travail (après avoir traîné un peu au lit en lisant le journal ou ce vieux recueil de nouvelles jauni par les années) jusqu'à l'heure de préparer le repas de midi. Cons comme le Christ, nos alcoolos de service fumaient dans la cuisine, tapaient dans nos réserves et chuchottaient avec des airs de conspirateurs dès qu'on était dans les parages. Wallis passait manger à un moment variable entre 12h et 13h30, prenait un café puis repartait. Rebelote l'après-midi. Traductions/révisions, éventuellement les courses puis c'était le soir. Le mois de janvier était passé très vite, un peu comme un rêve. Et puis un jour, un peu comme après un rêve, le réveil avait sonné. Enfin, pas exactement: c'est le téléphone qui avait sonné. C'était le pays basque / il fallait y aller / c'était urgent. Le zoo libéré, des brebis partout, vite! Tu peux être là hier? Il fallait aussi déménager des affaires en Ariège au passage. Soudain, il y avait des traductions dans la pile d'attente... Bref, en l'espace de 48 heures, c'était le stress, il fallait se séparer, tout plaquer, courir et tel le petit ramoneur - vaillant et enthousiaste - il fallait retourner au charbon et au pas de course, siou plaît!

après Kramer contre Kramer, Panoramique contre Panoramique ou "comment troquer un cauchemar orange  pour un horizon bleu".

On pourrait presque dire qu'une fois là-bas, dans le plus petit coin de Navarre, tout n'était que luxe, calme et volupté. Mais ce serait mentir: prophylaxie sanitaire la journée, traductions la nuit et un projet secret dont vous entendrez peut-être parler dans quelques mois si tout va bien (et non: ce n'est pas ce que vous imaginez!). Ajoutez à ça qu'au détour d'une visite sanitaire, j'ai vécu avec l'ennemi public nº1, alias Hugues Aufray et vous aurez presque la teneur des carnets d'un suicidé en puissance! J'exagère, c'était bien quand même. Voilà, cette fois je crois que je les ai tous glissés dans ce post, je vais donc pouvoir conclure... Excusez-moi une seconde, c'est mon téléphone. Voyons:

- Allô? Oui, c'est moi. Quoi? Euh, pardon, comment?
- ...
- On en a oublié un?
- ...
- Il faut que je leur raconte aussi quand nous sommes allés au festival de la Bédé d'Angoulême
retrouver notre cher A. et ses potes? Et où nous avons eu des discussions très animées, en particulier
le jour où nous avons parlé de James Thurber?
- ...
- D'accord! Merci beaucoup en tout cas! Oui, c'est ça. Au revoir!


et à la demande générale: le jour où nous avons péché des cace-dédis.


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Friday, August 12, 2016

Jusqu'au bout du monde (5 sur 8)


Moscou: les murs auraient-ils des oreilles?

Résumé de l'épisode précédent: la nuit a été courte; le passage de la frontière, brutal; le comité d'accueil, peu engageant. Pour rester dans le ton, le petit matin nous gratifie d'un froid pas tout à fait de saison en ce début août, servi avec sa garniture de gris monotones de l'autre côté de la fenêtre embuée. Ciel couvert et plafond bas au-dessus du béton. Bref: un trois huit triste comme les pierres.

"avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu [et] qu'il faut lui pardonner..."
Quand le train nous vomit finalement, encore chiffonnés de la nuit et quelque peu incrédules, sur le quai de la gare Rizhskaia, on se retrouve sous l'entrejambe humide d'une bretelle d'autoroute, devant l'orifice béant d'un échangeur souterrain, dans l'haleine tiède d'une bouche de métro: soudain, on est à Moscou. Pas un rouble en poche, pas l'ombre d'un ATM en vue et pas moyen d'acheter de tickets de métro avec une carte bleue: on se dit que l'Aventure, la vraie (celle qui va, comme on dit, avec un grand A), ne fait que commencer. Et on se félicite d'avoir, la veille - avant de quitter l'UE et perdre définitivement l'internet gratuit de notre forfait (c'est pas pour faire de la pub à un fournisseur qui est ailleurs loin d'être irréprochable, mais il faut bien reconnaître que ses Pass'Destination sont pratiques) - cherché par précaution les distributeurs automatiques de billets des environs juste au cas où, et taché de mémoriser l'emplacement de deux d'entre eux. Voilà donc Wallis seule, assise sur le perron de la gare, flanquée de deux sacs à dos plus gros qu'elles, mal réveillée et à la merci de tout et n'importe qu(o)i. Voici donc Futuna, hagard, parti en quête d'une machine à sous où il pourra à loisir avoir l'air d'un touriste tout frais débarqué, se faire agresser, racketter, détrousser et probablement éventrer avec le cul d'une bouteille de vodka. Bienvenus au pays merveilleux des Pokemon! Ne passez pas par la kal-khaze départ, ne recevez pas vingt mille roubles. Fin de la partie.
voyage au centre de la terre, version moscovite non sous-titrée

Quinze minutes plus tard, pourtant, non sans avoir essuyé les regards méfiants de quelque vieille à teckel et chignon (c'était bien la peine de venir jusqu'ici pour tomber sur les mêmes qu'au marché de Gourbit-lès-ploucs, Haute-Ariège, soit dit en passant), il est de retour sans encombre, presque déçu de n'avoir rencontré ni difficultés particulières, ni moujiks à chapka. Dans sa poche poitrine, un seul gros billet: l'équivalent d'environ 200 fois le prix du ticket de métro. Zut alors! S'il y avait un bouton "petites coupures" sur le DAB, il ne l'a pas vu. Ce que c'est que d'être analphabète fonctionnel, tout de même! "Qu'à cela ne tienne - s'exclame Wallis en froissant machinalement le gros billet entre les doigts de sa main gauche pour voir si, comme une page de l'Huma, il y imprime sa marque à l'encre rouge et noire... on va demander de la monnaie au guichet, ça nous fera un sujet de conversation avec l'aimable préposé(e) du métro qui se fera un plaisir de nous aider, les oiseaux siffleront l'Internationale, la kolkhozienne au sein et à la gerbe de blé triomphants nous invitera à danser une mazurka dans la rame: en un mot, la Russie nous recevra avec l'emphase qu'on lui connait, tout sera beau et les lendemains chanteront dès aujourd'hui!"... En théorie, peut-être. Mais en Russie: la machine à tickets de métro n'accepte que les petites coupures, la préposée est visiblement exaspérée par le fléau galopant de l'analpha-bêtise fonctionnelle des cargaisons de touristes que lui déverse quotidiennement le Riga-Moscou et, en 2016, la Kolkhozienne doit se déplacer avec Über. Après avoir manqué se faire lyncher par un gars qui ressemble à Pikachu, avec des bras comme mes cuisses et qui trouve visiblement que prendre le métro avec de gros sacs à dos, ça ne se fait pas et que les taxis, c'est pas fait pour les chiens; après s'être un peu perdus et beaucoup émerveillés dans les cathédrales souterraines du метрополите́н (Lombrives! Lascaux! Padirac! Vous pouvez prendre vos rupestres gribouillis et vos stalactrucs pour aller les pendre à un cintre dans vos placards, parce que pour ce qui est de la spéléologie grandiloquente, le métro moscovite se pose un peu là...); après avoir manqué un tram et pris quelques couloirs à contre-foule, on est finalement devant la bouche de métro d'O. avec une bonne heure d'avance pour le rendez-vous fixé par A., notre hôte Couchsurfing des trois prochains jours.

"tu marches tel un robot dans les couloirs du métro" peut-être, mais quelle classe!
A., la trentaine, travaille pour le bulletin culturel (cinéma et théâtre) de deux magazines en ligne, vit avec ses parents dans un petit appartement avec vue sur le parc d'Отрадное et adore la culture française: le Moulin Rouge, le Festival de Cannes, le Fabuleux destin d'Amélie P... Elle a aussi et surtout le mérite d'avoir appris le français en autodidacte: toute seule, en regardant les épisodes d'Hélène et les garçons sur Youtube (si vous avez la chance d'avoir oublié ou d'être né après, HELG c'était ça). Aaaah! La culture française c'est comme l'astronomie: regarder loin, c'est regarder dans le passé. Et la lumière qui nous éclaire est celle d'étoiles mortes il y a longtemps déjà. Ô, fossiles de dinosaures, que sont vos plumes chatoyantes devenues? J'arrête, j'en fais trop, on dirait du J.-C. Ameisen. Bref... Non seulement elle apprend le français tout seule, mais en plus avec des supports pédagogiques qui ne doivent pas lui faciliter les choses. Ceci dit, c'est agréable pour nous de pouvoir parler français et A. est ravie de pouvoir pratiquer un peu la langue des Misérables - son roman préféré. Quand on lui dit que le nôtre, c'est peut-être bien Le maître et Marguerite, elle manque s'étrangler. Et quand on lui offre le roman de Boulgakov (L'oeuf du destin, oeuvre de science-fiction satyrique, grinçante, hilarante et terriblement moderne) que, justement, on a trouvé dans la rue à Berlin en édition bilingue français-russe (coïncidence!), elle le tripote nerveusement et finit par plus ou moins caler le pied du lit avec. Elle nous expliquera plus tard que c'était un provocateur et un ennemi du peuple... Oua Oua Oua Ouaaaaa.

la main de Youri, où d'enthousiastes patriotes viennent se frotter le crâne; le Vladimir Ilyich guidant le peuple sur la Voie lactée du bonheur!
Mais comme elle est A.: Accueillante!, elle nous fait quand même tout un tas de suggestions de choses à voir et à faire. Et comme elle est A.: À temps partiel!, elle nous emmène (même) visiter le très beau Monument (populaire) à la gloire (soviétique) des héros (prolétariens) de la conquête (socialiste) de l'espace (par le peuple), qui jouxte le parc panrusse des expositions aux pavillons nationaux plus kitsch beaux les uns que les autres, un aquarium municipal tout neuf et la célèbre statue de l'Ouvrier et la Kolkhozienne* qu'on ne présente plus. Il fait soleil, presque chaud et tout va pour le mieux, quand soudain...

...au détour du pavillon de l'Ossétie, entre un avion de chasse et un vrai Sputnik® désacralisé,
un agent du renseignem (pardon!) employé du Ministère du Tourisme et des sales espions étrang (euh non!) Visiteurs, nous tombe dessus par hasard et nous pose de façon informelle les 96 questions d'un interrogatoi (oups!) d'une enquête visant à ficher (lapsus!) à mieux connaître "nos amis occidentaux de passage à Moscou". Le ton de la conversation est dé-ten-du et les questions, a-no-di-nes (par quel vol êtes-vous arrivés? à quel hôtel êtes-vous descendus? quel est votre relation avec cette citoyenne? combien d'argent avez-vous l'intention de dépenser par jour? avez-vous l'intention de visiter ce site à nouveau durant votre séjour? si oui, combien de fois? etc. Ces questions sont hélas authentiques et nous n'inventons rien!). Il se fâche un peu quand Futuna (qui avait déjà menti sur son prénom et sa date de naissance, sans doute par réflexe) refuse de lui communiquer ses mail et numéro de téléphone. Le flic en civil (oh, je l'ai refait!) stagiaire du Ministère nous explique en sanglotant que son supérieur en a besoin pour nous mettre sur écou (décidément!) contacter et vérifier que l'enquête a bel et bien été effectuée dans les règles... Sans ça, il peut la jeter aux cabinets et son effort n'aura servi à rien. En plus, il est sous-payé. Snif!

"era rusa y se llamaba Laïka, ella era una perra muy normal"; Youri reviens, You-ouri reviens, Youri reviens parmi les tiens...
On s'excuse platement et on file sans demander notre reste, faire des photos du sublime monument à Youri Gagarine et la chienne Laïka, où l'on voit bien le Vladimir Ilyich guider de son bras tendu le peuple et les savants sur le chemin pavé d'étoiles du savoir et des missiles balistiques du bonheur pour tous! Bon, c'est un bien beau parc avec de bien beaux monuments, on n'a apparemment pas été suivis, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, rien à dire. La journée se poursuit donc - puis s'achève - dans la douce quiétude d'une apaisante routine: on chasse quelques sangliers que l'on cuisine pour le dîner, on chante et danse autour du feu, on ligote le barde. Plus tard Hélène, Cathy et Johanna nous rejoignent à la salle de répète et on finit tous à la cafète de la fac, à boire des jus d'orange avec de petits parasols dans les verres... Voilà!
ce somptueux décor de conte de fées abrite un authentique... piège à cons. Si si!

Le lendemain, enduits d'erreur - comme disait David O. - par la lecture de blogs stupides écrits par des #digital nomads nords-américains désespérément en quête de clics pour financer leur airBnB hipster dans une ville à la mode ou leur coworkation exotique du Sud-Est asiatique, on part visiter le (soit-disant) "meilleur marché aux puces de Russie" (sic.). Bon, quand on est con, on est con: ce genre de promesses n'engagent que ceux qui les croient. Alors bien sûr, rendus là loin de tout, au milieu de nulle part, en voyant le Hummer Limo hyper vulgos garé devant un grotesque parc d'attractions en carton-pâte et alentour, les vingt mecs en train de re-souder à toute vitesse d'authentiques vieux morceaux du rideau de fer et de peindre à la hâte des places de parkings sur du bitume encore mou, on commence à flairer l'embrouille... Un authentique marché aux puces? Un vrai piège à cons, oui! À l'intérieur, il n'y a que nous et un autocar de Chinois (c'est une métonymie, évidemment: l'autocar est garé dehors, pas loin du Hummer; c'est le contenant. Avec nous, il n'y a que les Chinois, à pied; le contenu, donc). "Pas bon signe, ça", conclut Wallis avant de se frayer un chemin, déterminée, entre les selfie sticks brandis tout au long du hall. En fait de super marché aux puces méga-authentique, on erre entre les allées d'une espèce de supermarché de noël tout en isbas préfabriquées façon Ikéa. Dieu merci, ça n'ouvre pas avant 18 heures et on peut repartir, jurant mais un peu tard etc. On aura perdu une précieuse matinée, mais pas notre dignité.

au hasard des galeries du légendaire Métropolitain (museum of art?)
On est en colère, on a la haine, il va y avoir du sport! En guise de représailles, on prend un métro direct pour la Place Rouge et c'est à peine si on s'arrête pour admirer les partisans de la sculpture éponyme: il faut dire que le métro est tellement beau, merveilleux, luxueux, riche, impressionnant, qu'on ne sait où donner de l'appareil photo et que pour un peu, on y passerait nos vies - comme la bande à Reno (Anglade, Adjani, Wilson et cie) à l'époque...

"La place rouge était vide", chante l'autre. Sans blague? Non mais, et puis quoi encore? Et Nathalie, elle bat le beurre? Y a-t-il seulement mis les pieds, sur la Place Rouge, le Gilbert? Sans déconner: dans quel univers parallèle il l'a vue vide, sa Place Rouge? Elle est noire de monde! C'est d'ailleurs en voyant la queue pour aller rendre hommage à la momie de Lénine qu'on a compris d'où leur vient cette infinie patience, aux Russes, dans la queue de la Moreneta, à Montserrat. Trois plombes debout par tous les temps pour trois secondes d'intimité avec une relique sacrée, et ceux de devant qui ne veulent pas laisser la place et ceux de derrière qui te poussent déjà dehors. Au moins, depuis Montserrat, on peut voir la mer... Sinon, c'est très beau: Saint-Basile, le Kremlin, le cœur de l'Empire, le centre du monde, la boutique Louis Vuitton, tout ça. Très très beau. Si on ne fait pas une fausse-route en essayer d'avaler des contradictions taille XXL, c'est grandiose. Mais on y reviendra...

380º de Place Rouge; Wallis & Futuna en mode selfie; deux kolkhoziennes 2016: chics et naturelles; le mausolée de Vladimir Ilyich.
Sinon, Pour vous le faire un peu en accéléré: on a aussi marché au hasard dans les rues du centre; acheté un magnet de frigo à l'effigie de Pikachu, le monarque tout-puissant des Pokemons, pour offrir et parce qu'on pensait que nos amis du Ministère seraient contents de le trouver dans nos bagages à l'occasion d'une fouille; arpenté la Sadovaya, le quartier d'Arbat et les étangs du Patriarche sur les pas du -aître (chacun y mettra, selon ses convictions, qui un m-, qui un tr-) Boulgakov, dont on a même visité la maison; vu et pris en photo - comme de bien entendu - une quantité (g)astronomique de basiliques orthodoxes aux bulbes indigestes; acheté de bien jolies cartes postales, cherché en vain des timbres et fait plein d'autres trucs pas vraiment glorieux ni glamour, mais qu'il faut bien faire en voyage même si on en parle assez peu dans les blogs et les dépliants touristiques: comme dit si bien J.-B. (au vent mauvais): les super-héros aussi y vont, aux cabinets...
le (fameux) bar-lachnikof annonce la couleur: "we're OPEN" (-minded?)

On a par exemple et dans le désordre: fait des courses; mangé des sandwiches faits maison sur un banc; cuisiné une bolognaise au thon, cherché une laverie; fait le plein de soupes de nouilles déshydratées pour le train. On a même répété le trajet en métro jusqu'à la gare Yaroslavskaia la veille du départ - intentionnellement! - pour en vérifier la durée, être sûrs que c'était la bonne gare, que s'il y avait une chance de se perdre on ne le ferait pas le jour J, etc. Oui! Un(t)raveling c'est aussi ça et on est aussi ce genre de personnes. Voilà. Ça fait du bien de le dire.

Après cette confession désarmante et humiliante dans le plus pur J.J. Rousseau-style, on n'a plus grand-chose à offrir et on va donc se quitter - jusqu'à la prochaine fois, évidemment. Mais avant, on va parler un peu des trucs qui tâchent, quand même. Et des trucs qui fâchent aussi, tiens. Tant pis pour la censure qui va s'abattre sur ce pauvre blog comme les mouches sur un Livarot en plein juillet. On a pourtant essayé de remettre ce post cent fois sur le métier, de le polir sans cesse et le repolir. Las! Chassez la vérité, elle revient au galop, un peu à la manière d'un aïoli après quelques heures de digestion. Si on disparaît sans laisser de traces, c'est que Pikachu nous a pris et qu'on est prisonniers d'une Pokeball quelque part en Sibérie... Gotta catch 'em all! Allez, ça commence à bien faire les boniments: sérieusement, il y a un ou deux petits trucs à dire sur cette ville, même en y passant seulement trois jours, même sans parler la langue ou en communiquant dans celle d'Hélène et les garçons... Même, même, même...

cherchez bien: même là où l'on ne l'attend pas, Vladimir nous montre le chemin!
D'abord, il y a dans l'air une contradiction colossale: celle du grand écart entre l'immense nostalgie pour la grandeur de l'Union Soviétique et l'immense nostalgie pour la grandeur de la Russie des tsars. Comme si l'antagonisme historique et idéologique entre les deux n'était pas total. Dans un coin du ring, la grandeur passée de l'Union Soviétique. On trouve l'effigie du camarade Vladimir Ilyich guidant le peuple partout, toujours et en tous lieux (sur le papier, dans le marbre, au sol et au plafond, dans la rue, sous-terre, sur les packs de lait, souvent au prix d'anachronismes tonitruants) mais jamais celle des camarades Joseph, Nikita ou Leonid - étonnamment - dont les images et les noms ont disparu de l'imaginaire collectif et du paysage. C'est amusant, parce qu'ils représentent à eux trois une soixantaine d'année au timon de la grande Union Soviétique, quand même. Cette grandeur s'étend de la Mongolie (incluse!) à l'Ukraine (inclus!), mais aussi aux pays Baltes et évidemment à la Pologne ou la République tchèque (tous inclus! allez le leur dire, ça va leur faire plaisir...). Entre URSS et CEI, on dirait que la mère Russie a le syndrome du nid vide. Expos photos géantes en pleine rue à l'appui, les espaces sauvages d'Azerbaïdjan ou du Kazakhstan font partie du patrimoine panrusse, tandis que les souvenirs émus du "bon vieux temps" sont régulièrement dépoussiérés et remis au goût du jour. Dans le coin opposé du ring, on ne présente plus la grandeur de la Russie tsariste. Elle s'incarne dans ce fantasme intemporel de "l'âme russe". Élégance, passion, goût raffiné pour la gastronomie, les arts, la littérature des Tchékov, Dostoievski, Tolstoi (voire Boulgakov) ou la musique des Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Prokofiev et Stravinski. On les évoque volontiers dans un soupir, de préférence en chancelant, les yeux humides et une main sur la poitrine... indépendamment du sort que le Tsar ou le Parti leur réservât à l'époque, d'ailleurs.
au détour d'une rue du très posh Arbat, la Kolkhozienne... collection été 2016.

Vu d'ici, en ce début de XXIème siècle, il est apparemment facile de regretter la pan-, la grande, la mère Russie: indifféremment blanche et/ou rouge. Comme si la transition, il y a un siècle, s'était faite en douceur! Comme si leur autre dénominateur commun, au-delà de cette regrettée grandeur, n'était l'agonie de presque tous au bénéfice exclusif de quelques-uns. Tout ça pèse visiblement bien peu au regard de l'oeuvre accomplie. Cette fierté d'être LA grande nation, celle des 10.000 km, celle qui s'étend de la Méditerranée au Pacifique: la troisième Rome (!!!) comme on l'appelle ici, repose sur des motifs qui ont au mieux quarante ans, souvent un siècle (ou deux). On nous apprend par exemple que beaucoup de jeunes "veulent étudier l'astrophysique pour suivre les pas d'un Gagarine"... qui nous a quittés en 1968. En définitive, tout le Moscou que l'on célèbre et que l'on glorifie est au passé composé et au plus-que-parfait; un passé re-composé et plus encore que parfait, un idéalisé. Mais alors, et le présent dans tout ça, qu'est ce qu'il devient? Les temps changent, le discours officiel et les valeurs dominantes aussi. Il y a dans l'air une fascination décomplexée et (un peu) vulgaire pour l'argent, le luxe, l'ostentation. Voitures et bijoux s'exhibent dans la rue et s'exposent dans les showrooms Audi et Vuitton, à un jet de pierre (précieuse) du mausolée de Lénine. Comme si le fric-roi était la solution à tous les problèmes - problèmes de mémoire compris. Comme si on ne crevait plus de faim ni de froid d'un bout à l'autre de l'Empire. Une nouvelle profession de foi et hop! rien n'a changé mais tout est différent, comme par magie (-lbert Bécaud?).

un p'tit slogan valant mieux que de longs discours: la sensation c'est un peu...
Pour embrasser du jour au lendemain le capitalisme le plus cynique et le plus décomplexé, il a fallu une révolution sans doute moins bruyante mais sûrement pas moins violente que celle qui a remplacé, il y a juste un siècle, la grandeur blanche par la grandeur rouge. De quelle couleur est la nouvelle grandeur? Bleue comme la troisième bande du drapeau? On sait pas. Mais "on" nous a dit que Pikachu a eu le mérite de savoir, comme personne, "recoudre tous ensemble les morceaux de l'histoire". Tous, sauf ceux qui n'étaient pas assortis, of course. Sa capacité à reconstituer la continuité historique dans l'imaginaire du pays (à réécrire l'histoire?), "voilà le secret de son succès et de son unanime popularité!", comme nous l'ont expliqué nos analystes locaux dignes de foi. Il semblerait que Make nom pays great again! soit en train de devenir le slogan de l'année 2016 et on n'est qu'en août...

Du coup, et parce qu'à un moment, il faut conclure: le lendemain matin de bonne heure, après une nuit de sommeil réparatrice, on a mis nos sacs sur nos dos (chacun le sien), on a fait des bises à, et une photo souvenir avec, notre hôtesse A. (elle avait un joli nom, not' guide!), on a refait le trajet déjà exploré la veille jusqu'à la Yaroslavskaia où l'on a tendu, émus et tout excités, avec des frissons plein les jambes et des provisions lyophilisées plein le trolley, nos passeports et nos billets au contrôleur de la voiture 12 d'un train 002 "РОССИЯ" à destination d'un premier bout du monde: Vladivostok. En voiture! Et on vous raconte ça très bientôt!




* à propos du monument l'Ouvrier et la Kolkhozienne, Wikipedia nous apprend qu'il fut créé par l'artiste russe Vera Ignatievna Moukhina en 1937 et devint le symbole du « réalisme socialiste » soviétique.
De style Art déco, le monument se compose de deux figures : une femme (la kolkhozienne) et un homme (l'ouvrier), brandissant respectivement la faucille et le marteau, symboles communistes des deux branches du prolétariat (l'agriculture et l'industrie).
Haute de 25 mètres et pesant 80 tonnes, cette sculpture monumentale fut construite spécialement pour l'Exposition universelle de 1937 à Paris, où elle surmontait le pavillon de l'Union soviétique.
Elle se trouve actuellement au nord de Moscou, non loin de la station de métro VDNK et de l'hôtel Cosmos, à l'entrée du Centre panrusse des expositions, sur l'avenue Prospekt Mira. Voilà.




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20 francs le kilo

Notre section spéciale (hashtag 20 francs le kilo) pour tous les fans de comptes, les stressés du budget (serré) et ceux qui seraient piqués par la curiosité - ou par le virus - du voyage sans avion(s)... Ils trouveront donc ici et dans cet ordre: la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (arrondie, sans virgules et avec parfois quelques oublis mineurs et fortuits, il est vrai). Mais dans les grande lignes, voilà ce que ça donne :

 - Moscou intra-muros (bus et métro, sans pass ni abonnement): (qsp. 2 personnes, 3 jours) 50 euros; hébergement Couchsurfing (2 nuits).

Soit environ 8 euros par personne et par jour - en marchant pas mal, faut l'avouer. Aucune idée en revanche du coût au kilomètre, même approximatif!


le fameux Hummer Limo que l'on n'a malheureusement pas eu l'occasion d'essayer...