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Friday, August 19, 2016

Jusqu'au bout du monde (7 sur 8)


...Irkutsk-Vladivostok: train-train au pays des Soviets 

Deuxième moitié de notre voyage épique à bord (ou "le long") du Transsiberian Railway. Cette fois-ci en français, parce que le jeu de mots du titre fonctionne quand même beaucoup mieux comme ça qu'en britannique-seconde-langue... On promet de rétablir l'équilibre linguistique au cours des prochains posts! Voilà, c'était important de faire cette mise au point (vraiment?). Ceci étant, vous pouvez bien sûr en lire la première partie ici. Ou encore, ce récit poignant, amer et humide d'un intermède à Irkutsk et le long des berges du lac Baïkal. Celui-ci est quant à lui en pan-hispano-castillou (spéciale cace-dédi à la jeune Miri D., qui nous suit peut-être, ou pas) mais comme toujours, ceux qui le souhaitent peuvent appliquer le filtre poético-surréaliste de la traduction automatique de Google en cliquant sur l'un des drapeaux en pied de page. Allez, assez bavardé, le train va partir, en voiture tout le monde et bon voyage!

Futuna, à peine chargé et à peine mouillé, entend son train approcher...
km 5150: au départ d'Irkutsk à 16:22 (heure de Moscou: la belle, la grande, l'éternelle, le centre du monde), il fait nuit. L'installation dans le train est facile puisqu'on est déjà rodés et que Futuna, dans un souci de minimiser les sources de stress, a pris soin de réserver exactement les mêmes sièges: couchettes de troisième classe nº 43 et 44, haut et bas le long du couloir d'une voiture ouverte - la 13 cette fois-ci, pas la 12. Aïe aïe aïe... Six semaines avant le départ, reprendre le même emplacement, c'était quitte ou double: soit ça nous convenait et on serait contents de s'y retrouver, soit ça ne convenait pas et on s'y collerait jusqu'au terminus! Heureusement, on était très ravis +++ de cette combinaison de places idéale, située aux deux-tiers-un-tiers entre samovar et toilettes. Bien. On s'installe vite, le train s'ébranle, tout roule.

Après la saucée qui a fait déborder le vase, à la dernière minute, comme on traversait le pont sur l'Angara juste avant d'arriver à la gare, on monte à bord avec, paradoxalement, la furieuse envie de pouvoir se laver, se sécher et se sentir à nouveau propres... Quand on connait le niveau d'hygiène auquel on peut raisonnablement aspirer à bord et en troisième classe, ça fait sourire - ou grincer des dents, selon le recul que l'on a. Et si les aventures en camion en 2014 nous ont appris un peu à rester zen même sales, face à (et sous!) la pluie, l'escapade Irkutsk-Olkhon vient de nous administrer une piqûre de rappel bien dosée. On prépare donc rapidement nos nouilles instantanées sous l’œil dubitatif des voisins, apparemment surpris par notre niveau d'intégration silencieuse des us rossiyens, puis on passe un long moment à lire avachis (et hyper à l'étroit) sur la couchette du bas, avant d'aller dormir chacun chez soi. Tout comme nous, le paysage au dehors est encore imprégné des pluies torrentielles des jours précédents. Ces images d'un monde au lendemain du déluge vont d'ailleurs nous accompagner les jours suivants. On ne s'étonnerait guère de voir une colombe portant dans son bec un rameau d'olivier entrer par une fenêtre du train. Seulement voilà: celles-ci ne s'ouvrant pas, le pigeon biblique peut aller voir sur le mont Ararat si on y est. Difficile de ne pas vous coller ici un peu de Victor Hugo, avec une dédicace, cette fois, à A. de Moscou qui l'apprécie beaucoup (Hugo): si tu nous écoutes, A.:

quelques photos par la fenêtre et après la pluie: notez comme tout luit, goutte et déborde, en pluie et en chagrin, comme disait M. Brel.
Allez, on retrouve tout de suite Booz endormi, le nouveau single de Victor Hugo qui fait un carton en ce moment:

"La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,
Était mouillée encore et molle du déluge."

km 5610: premier arrêt et pas des moindres, vers quatre heures du matin, à Ulan-Ude. Aux premières lueurs d'un jour à peine annoncé par un halo rose en tête de convoi, la grande majorité des voyageurs occidentaux (de seconde) et chinois (de troisième) descendent du train. Ils vont chercher leur correspondance pour le Trans-mongolien vers Улаанбаатар (Ulaanbaatar ou Oulan-Bator, comme vous voudrez) et continuer de là, pour la plupart, jusqu'à Shanghai. Beaucoup de raffut, de coups de sacs et d'au revoir, puis tout à coup, le silence qui retombe sur une voiture un peu moins pleine... Trois heures plus tard, on est levés de bonne heure, dispos et frais après une petite séquence d'hygiène juste avant la cohue matinale. On a repris sans accrocs et sans s'en rendre compte le rythme lent et chaloupé du plus long voyage en train, comme qui n'a jamais rien connu d'autre. On se sent déjà un peu dans la peau d'un certain Danny Boodman T.D. Lemon Novecento, le pianiste de Baricco né à bord d'un Transatlantique et qui, à trente ans, n'avait encore jamais connu la terre ferme.
encore et toujours des arbres (bouleaux inclus) mais le changement, c'est... bientôt!

Pendant ce temps par la fenêtre, le paysage - lentement mais sûrement - se transforme au fil des kilomètres. Pour notre plus grand plaisir, l'épais rideau de forêt et ses "théories de bouleaux" chères à Tiziano Terzani, laisse la place à une steppe plus clairsemée, touffue et arbustive. Un paysage moins humide, aussi, mis en valeur par une lumière qui se se fait peu à peu plus chaude, caressante presque ; peut-être parce qu'on descend doucement vers le sud. Ou parce que la proximité croissante du fleuve Amour en instille un peu partout alentour et commence à se faire sentir, justement. Love is in the air? Ça se pourrait bien... Le choc et la frustration de l'expérience Olkhonienne se diluent dans la distance. Tout s'apaise et se fond dans le tchoucou-tchoucou hypnotique et la lente routine: on dessine, on bavarde, on somnole, on se tait. Pour un peu, et au prix d'un jeu de mots d'un genre nouveau (le ca-nagra-lembour?), j'affirmerais que la torpeur et le régime alimentaire à base d'eau chaude ont finalement raison de notre Olcon irritable. En plus, avec le déluge qu'on a essuyé sur l'île et au retour, on peut parler d'une irrigation du Olcon en bonne et due forme! Hum... Voilà, il fallait oser le recours scato-lique (ouf! encore du lourd!): ça au moins, c'est fait. Patrick Sébastien, sors de ce corps! Retournons à le cours normal de les choses...

Quelque part autour du km 6000, on commence à se sentir vraiment loin de tout et plus légers. Futuna a bien de temps en temps (disons tous les 700 ou 750 km) une petite bouffée d'angoisse à cause de la fameuse déclaration de résidence à la police de l'immigration qui doit, en principe, se faire dans les 5 jours suivant l'entrée sur le territoire, puis dans chaque nouvelle ville où l'on séjourne au moins 72 heures - or donc, ce n'est pas notre cas. Ouf! Mais hélas...

le long d'un fleuve de Sibérie orientale: si ce n'est pas l'Amour, ce sont les alentours...
... l'on doit théoriquement et à défaut, être en mesure de justifier de factures d'hôtel pour toutes les nuits passées dans le pays. Et si l'on séjourne chez l'habitant, il faut alors faire des heures de queue avec lui au poste de police de son domicile pour faire établir une attestation d'hébergement d'étranger tamponnée et conforme, formalité aussi compliquée qu'embarrassante pour lui, qui doit présenter un titre de propriété ou un contrat de bail accompagné le cas échéant d'une lettre du propriétaire autorisant explicitement l'hébergement de touristes étrangers, etc. etc. Tout cela étant soit-disant exigé lors de contrôle d'identité aléatoires ET (bien sûr) scrupuleusement contrôlé dans les moindres détails lors de la (tentative de) sortie du territoire. Boire et déboires seraient-elles les mamelles de la mère Russie? Nous, disons-le tout net: on n'a rien de tout ça. CouchSurfing à Moscou; nuits dans le train; nuit "à la belle étoile" ("a la intemperie", qu'ils disent en espagnol, eux qui ont souvent les pieds sur terre et les duvets mouillés!) et homestay minable à Olkhon (et on n'a même pas parlé des punaises!), guesthouse à Irkutsk qui n'a fait la démarche ni à l'aller ni au retour (car il leur fallait les passeports pendant au moins 24 heures...). Futuna se voit déjà tressant sa barbe dans une geôle sibérienne en lisant en cachette l'édition clandestine de l'Archipel du goulag trouvée sous son matelas... Plusieurs blogs disent que c'est du pipeau et que personne ne contrôle jamais ce truc. D'autres expliquent en détail tout ce que l'on risque en ne suivant pas à la lettre les instructions des autorités russes. Pire encore: en consultant cinq sites russes officiels différents, on a obtenu cinq sons de cloche différents quant aux durées légales, aux formulaires de rigueur et aux démarches obligatoires à accomplir! Bon, Wallis le prend avec philosophie: ça occupe Futuna qui a toujours besoin d'une raison de s'inquiéter. Dans la mesure où on n'a laissé ni maison ni appart' derrière nous, il ne peut souffrir ni pour le gaz ni pour l'eau qui sans ça seraient sans doute mal fermés et en train de fuir irrémédiablement à huit ou neuf mille kilomètres d'ici...
like a bridge over troubled water (pardon S.&G., cette fois on a choisi Presley!

km 6550: peu avant d'arriver à Чернышевск (Chernyshevsk), on fait la connaissance de M.-S. Rendons à César, d'ailleurs: c'est bien elle qui fait la nôtre, puisqu'elle fait le premier pas et engage la conversation. Parisienne de coeur, adoptée par Bruxelles où elle travaille pour la Commission Européenne, M.-S. est de notre génération et devient instantanément notre partenaire de thés, de conversations et de regardages par la fenêtre. C'est tellement agréable de parler français en ayant en commun non seulement Hélène et les garçons mais aussi trente ans de références culturelles ("culture" au sens large, hein. Y'a pas que la Princesse de Clèves ou "Zadig & Voltaire" dans la vie! Reiser, Bretécher et les Guignols de l'info, c'est aussi de la culture, fut-elle pop' et n'en déplaise à certains...). Enfin, M.-S. aime la Russie, parle le Russe et en connaît un rayon. Elle confirme, approfondit et éclaire pas mal de ce que nous avions perçu et ressenti à Moscou et ailleurs. On reparle beaucoup de cette schizophrénie surprenante entre Empire et Union, réunis et réconciliés à grands renforts de propagande nostalgique d'une Russie grande et forte d'une part, de paranoïa d'une cabale internationale contre sa souveraineté et son rayonnement d'autre part. Elle nous explique un peu mieux le comment et le pourquoi du culte voué à Pikachu: figure forte, leader suprême et le premier depuis des lustres à incarner l'idéal de guide déterminé, autoritaire et inflexible. Le seul capable de naviguer cette grande galère en forme de brise-banquise contre les vents et les marées de "l'hostilité occidentale" (sic.). Et s'il faut casser quelques œufs (d'esturgeon?) pour y arriver, on lui pardonne, car il châtie ses Pokemon autant qu'il les aime! Faut-il y voir une sorte de prédisposition/programmation historique au syndrome de Stockholm? En quelque sorte, oui.

Une voisine d'âge canonique et son secret contre l'ennui: la couture; un tough kid qui s'est cassé la jambe dans la voiture d'à côté:
évacué à la première gare, il a eu droit aux respects du chauffeur; dernier coucher de soleil à bord du Rossiya: déjà?

km 7835: arrêt d'une demi-heure sur le quai de la petite gare de Белогорск (Belogorsk), plus ou moins au milieu de nulle part. À défaut d'être vraiment chaude, la nuit est tiède; elle est belle pour les otages du Rossiya, trop contents de pouvoir descendre sur le quai se dégourdir les pattes quelques minutes. On admire une statue du camarade Vladimir Ilyich guidant le peuple - tiens, ça alors c'est curieux, ça faisait un bail qu'on n'en avait pas vu une! La main tendue, il nous invite à aller dans cette direction; ou bien s'agit-il plutôt d'un avertissement? "Tu vas la recevoir, hein!", "Tu veux la voir de près, c'est ça?", "Tu l'auras pas volée celle-là, tu sais!", etc.

surprise de taille à Belogorsk, en sortant du train: la nuit est chaude, elle est sauva-age!
 Autre surprise de taille sur le quai: des dizaines et des dizaines de libellules, pas en grande forme mais pas encore tout à fait mortes non plus. On les piétine sans s'en rendre compte puis une fois qu'on les a remarquées, on essaye de ne pas marcher dessus mais ça n'est pas facile vue leur densité. C'est curieux. Le changement de saison peut-être? Ou alors on a été les témoins (chanceux) d'un essai nucléaire secret, d'une pulvérisation de néo-nicotinoïdes ou de pyréthrine à grande échelle, un test de bombe à impulsion électro-magnétique, un atterrissage d'OVNIs dans la région... Bon, le mystère reste entier et le tout paraît très confus. Soudain, comme qu'on s'apprête à remonter en voiture, on entend une drôle de musique; assez avant-gardiste, pour tout dire, elle évoque un peu (qu'ils nous pardonnent, il s'agit plus d'une occasion un peu désespérée de leur rendre hommage que d'une moquerie) un duo d'Evelyn Glennie et Fred Frith. À ceci près que la motivation nous paraît tenir moins ici dans la création de musique vivante que dans la réalisation scrupuleuse de ce qu'on imagine être une tache routinière. En quelques secondes, "il" est arrivé en tête de train: à peine son concert achevé, il disparaît (aussitôt dit aussitôt fait, hop!) et déjà, on doit repartir. S'il ne s'épaissit pas, le mystère reste en tout cas entier, dont la clef viendra en temps utile, ou pas*.

km 8400: peu après l'aurore, on fait un arrêt-minute à Биробиджан (Birobidzhan; non mais, sérieusement: depuis le temps, vous devriez déjà tous déchiffrer le cyrillique, non? Qu'est ce que vous f---ez? Mince quoi, c'est vrai à la fin, faites un petit effort! En plus, c'est bon pour -ou plutôt contre- l'Alzheimer!). C'est notre dernière journée à bord: ce soir vers 20:30. heure locale, on sera en principe et si Ford veut, à Vladivostok, au bout du bout de la ligne, au bout du bout du grand pays, au bout du bout du continent eurasien et, pour nous aussi un peu au bout du bout du monde.

dans les courbes, en se collant bien à la vitre, on peut apercevoir la tête du convoi.
Pour marquer le coup et fêter ça comme il se doit, on décide donc de passer cette journée... exactement comme toutes les autres: à lire, gribouiller dans les carnets de voyage, à rêvasser en regardant par la fenêtre, à boire des thés en bavardant à deux ou à trois avec M.-S., qui nous parle de (et nous recommande vivement, d'ailleurs) la toute fraîchement prix-Nobelée Svetlana Alexeievich et de deux de ses livres en particulier: La fin de l'homme rouge et La guerre n'a pas un visage de femme...

Il y a évidemment de moins en moins de monde dans le train, les trois pelés et le tondu se reconnaissent et se sourient maintenant sans réticence aux arrêts sur le quai. Par exemple: lors de notre escapade au wagon restaurant l'autre jour, on tombe dans une voiture de seconde sur un "père et sa fille" (caractérisation moralement plus facile à admettre de la nature de leur relation, dans la mesure où leur différence d'âge est conséquente**), déjà aperçus plusieurs fois sur le quai: ils nous sourient, on leur sourit et du coup, ils s'encanaillent même au point de venir visiter les voitures de troisième. Ils veulent sans doute voir des locaux et des prolos d'un peu plus près, dans leur habitat naturel. Avec leur casque colonial et leur appareil photo en bandoulière, ils sont si mignons! Ceci dit, ils nous saluent chaleureusement depuis, tout émus d'avoir trouvé une forme de vie intelligente - peut-être même un peu d'humanité, qui sait? - hors de leur compartiment doré...

la maison dont la cheminée fumait à contre-jour sur le couchant telle une loco loca...
** ATTENTION JEU!

Sauras-tu deviner l'âge du capitai de notre Sugar daddy et celui de sa Sugar baby, sachant que leur moyenne d'âge doit tourner autour de la quarantaine (soit m=40) et que la variance associée est de 225 (v=225)? C'est facile, il suffit de se rappeler que la variance est égale au carré de l'écart-type. Mais bon, c'est pas comme si c'était un vrai problème de maths, faut aller au plus simple, hein.

La première réponse reçue dans les commentaires et par nous jugée correcte - et Ford sait qu'on n'est pas vraiment difficiles - gagne un cadeau surprise livré à domicile (non Kevin, ce ne sera pas une pizza!)


Voilà voilà. Entre-temps le soleil s'est couché sur une grande étendue d'eau à notre droite: un étang énorme ou un bras de mer, on ne sait pas bien. Il y a bien un semblant de sac et de ressac, ça pourrait être le Pacifique déjà, on se dit. On en a plein les yeux, et plein les jambes aussi, malgré l'hégémonie de la position assise qui aura régné sans partage sur nos journées. On descend les sacs et on attache tout bien en place: la tente, les tapis de sols, les poches extérieures bourrées à bloc, les housses de protection couvre-tout bien en place pour (comment dire?) protéger tout. On rend les draps aux dames; on prépare le chariot et les sacs "à main"; on s'habille et on se couvre, parce que dehors aussi: ça se couvre. Bin tiens, y'avait longtemps!
à force de fêter ça, certains vont réussir à rater le terminus!

km 9225: on repart après le court arrêt à la dernière gare, Угольная (cette fois on traduit pas, tant pis pour ceux qu'on pas fait leurs devoirs: pourrez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenus...). C'est très émouvant de penser qu'on arrive au terminus. Le train se traîne sur les cent derniers kilomètres, comme pour nous donner l'occasion de lire chaque petit panneau: 9237, 9244, 9256... Le bout du monde n'est plus très loin. Vladivostok! Chaque fois qu'on le prononce, le nom résonne et s'articule comme un long éternuement. On le répète jusqu'à la nausée. On est tout excités, assez intimidés et un peu fébriles: on arrive. Tout ce qui nous a conduits jusqu'ici finit là, et là commence la suite de tout le reste... Toutes nos circonstances, tout ce qu'on fuyait ou dont on voulait se défaire, tout ce qu'on avait décidé de déposer en (et sur le bord du) chemin, quelque part au bout du monde. Il va falloir jouer le jeu: s'en dépouiller et le laisser derrière nous. Vladivostok! Encore dix minutes, si le train est aussi ponctuel ici que partout ailleurs, tout au long de la ligne. Neuf mille trois cents kilomètres et il n'a pas une minute de retard ni d'avance. Jamais. Comment font-ils? Quel est leur secret? C'est l'âme russe? C'est le camarade Vladimir Iliytch qui guide les trains sur la voie socialiste de la ponctualité du peuple? Un petit pas pour la RZD, une leçon pour la RENFE et la SNCF!

km 9300: soudain, on reconnaît (quoiqu'en Russe, ) la phrase magique et rituelle: "Terminus, tout le monde descend! Veillez à ne rien laisser dans les voitures!". Le train s'arrête dans un dernier couinement de freins. On descend le couloir une dernière fois, on dit spasiva! aux dames une dernière fois et on pose le pied sur le quai du bout du monde. Vladivostok! En moins d'une minute, c'est reparti: on se prend sur le coin de la gueule LE seul, L'unique, LE vrai déluge de la fin du monde! On dit au revoir à M.-S. - dont la guesthouse est à deux pas et qui s'éloigne donc sous un parapluie - non sans s'être donné rendez-vous le lendemain pour visiter un peu. On quittera de toutes façons Vladivostok ensemble dans deux jours, mais ça, tout comme nos aventures ici, c'est une autre histoire (ou deux)... Pour l'heure, il pleut comme vache qui pisse et ça n'a pas l'air de vouloir s'arrêter. Notre hôtel réservé en ligne et à la hâte est accessible en bus: il y en a plusieurs qui le desservent en trente-cinq minutes environ. Tous passent devant la gare et on se met donc en devoir d'en trouver un et d'y monter, tout en essayant de ne pas se mouiller, ce qui est évidemment mission impossible dans les conditions actuelles. La rue est recouverte par un épais tapis de flotte tiède dans lequel nos chaussures disparaissent. Il est environ vingt et une heure et cette nuit sera longue... À bientôt!

le climat pacifique, clément - pour ne pas dire débonnaire - vous souhaite la bienvenue à Montparnasse Vladivostok! 

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* À propos de la clef du mystère du mystérieux concert du non moins mystérieux homme en orange du train: on a réussi, au dernier moment et saisissant au vol notre dernière chance, à immortaliser sa performance éphémère et envoûtante: la voici donc, heureux lecteurs d'Un(t)raveling!
Variation improvisée sur un thème très étudié et mille fois joué. Cent-fois-sur-le-métier-remis-ouvrage, sans l'ombre d'un doute permis: le discours est fluide et clair, le vocabulaire précis, l'harmonie familière et l'exécution technique, impeccable. Chaque accent est juste, chaque note détachée: intention sans volonté, respiration, sincérité...

Un grand moment de musique vivante!




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20 francs le kilo

Notre section spéciale (hashtag 20 francs le kilo) pour tous les fans de comptes, les stressés du budget (serré) y ceux qui seraient piqués par la curiosité - ou par le virus - du voyage sans avion(s)... Ils trouveront donc ici et dans cet ordre: la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (arrondie, sans virgules et avec parfois quelques oublis mineurs et fortuits, il est vrai). Mais dans les grande lignes, voilà ce que ça donne :

 - Irkutsk-Vladivostok (en troisième classe du train 002 "Rossiya", billets achetés en ligne sur la page de Russian Railways). C'est un trajet de 72 heures (3 jours et 3 nuits) et 4100 km environ: 280 euros (pour 2 personnes).
 - On a apporté notre nourriture (nouilles instantanées, purée lyophilisée, fruits secs...) et acheté quelques produits "frais" et du pain sur le quai aux arrêts. Comme on a célébré la fête de toutes les Marie en général et de M.-S. en particulier, on a aussi sauté sur ce prétexte pour aller visiter le wagon restaurant -kitsch à souhait, d'ailleurs- résultat: environ 16 euros de courses + 13 euros pour 2 plats du jour au wagon restaurant (blinis au caviar et salade-jambon-oeuf poché sur toast). À nouveau, un peu moins de 30 euros (qsp. 2 personnes et 3 jours).

Au total, ce sont environ 52 euros par personne et par jour, train+repas. Ramené à la distance, ça nous fait approximativement du 0,04 euros (3 cents) par km et par personne! Pour ceux qui pensent que "le Transsibérien" c'est un caprice pour backpackers de luxe... ;)




et pour conclure la B.O.? lookin' out my backdoor, bien sûr!


Friday, August 12, 2016

Jusqu'au bout du monde (5 sur 8)


Moscou: les murs auraient-ils des oreilles?

Résumé de l'épisode précédent: la nuit a été courte; le passage de la frontière, brutal; le comité d'accueil, peu engageant. Pour rester dans le ton, le petit matin nous gratifie d'un froid pas tout à fait de saison en ce début août, servi avec sa garniture de gris monotones de l'autre côté de la fenêtre embuée. Ciel couvert et plafond bas au-dessus du béton. Bref: un trois huit triste comme les pierres.

"avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu [et] qu'il faut lui pardonner..."
Quand le train nous vomit finalement, encore chiffonnés de la nuit et quelque peu incrédules, sur le quai de la gare Rizhskaia, on se retrouve sous l'entrejambe humide d'une bretelle d'autoroute, devant l'orifice béant d'un échangeur souterrain, dans l'haleine tiède d'une bouche de métro: soudain, on est à Moscou. Pas un rouble en poche, pas l'ombre d'un ATM en vue et pas moyen d'acheter de tickets de métro avec une carte bleue: on se dit que l'Aventure, la vraie (celle qui va, comme on dit, avec un grand A), ne fait que commencer. Et on se félicite d'avoir, la veille - avant de quitter l'UE et perdre définitivement l'internet gratuit de notre forfait (c'est pas pour faire de la pub à un fournisseur qui est ailleurs loin d'être irréprochable, mais il faut bien reconnaître que ses Pass'Destination sont pratiques) - cherché par précaution les distributeurs automatiques de billets des environs juste au cas où, et taché de mémoriser l'emplacement de deux d'entre eux. Voilà donc Wallis seule, assise sur le perron de la gare, flanquée de deux sacs à dos plus gros qu'elles, mal réveillée et à la merci de tout et n'importe qu(o)i. Voici donc Futuna, hagard, parti en quête d'une machine à sous où il pourra à loisir avoir l'air d'un touriste tout frais débarqué, se faire agresser, racketter, détrousser et probablement éventrer avec le cul d'une bouteille de vodka. Bienvenus au pays merveilleux des Pokemon! Ne passez pas par la kal-khaze départ, ne recevez pas vingt mille roubles. Fin de la partie.
voyage au centre de la terre, version moscovite non sous-titrée

Quinze minutes plus tard, pourtant, non sans avoir essuyé les regards méfiants de quelque vieille à teckel et chignon (c'était bien la peine de venir jusqu'ici pour tomber sur les mêmes qu'au marché de Gourbit-lès-ploucs, Haute-Ariège, soit dit en passant), il est de retour sans encombre, presque déçu de n'avoir rencontré ni difficultés particulières, ni moujiks à chapka. Dans sa poche poitrine, un seul gros billet: l'équivalent d'environ 200 fois le prix du ticket de métro. Zut alors! S'il y avait un bouton "petites coupures" sur le DAB, il ne l'a pas vu. Ce que c'est que d'être analphabète fonctionnel, tout de même! "Qu'à cela ne tienne - s'exclame Wallis en froissant machinalement le gros billet entre les doigts de sa main gauche pour voir si, comme une page de l'Huma, il y imprime sa marque à l'encre rouge et noire... on va demander de la monnaie au guichet, ça nous fera un sujet de conversation avec l'aimable préposé(e) du métro qui se fera un plaisir de nous aider, les oiseaux siffleront l'Internationale, la kolkhozienne au sein et à la gerbe de blé triomphants nous invitera à danser une mazurka dans la rame: en un mot, la Russie nous recevra avec l'emphase qu'on lui connait, tout sera beau et les lendemains chanteront dès aujourd'hui!"... En théorie, peut-être. Mais en Russie: la machine à tickets de métro n'accepte que les petites coupures, la préposée est visiblement exaspérée par le fléau galopant de l'analpha-bêtise fonctionnelle des cargaisons de touristes que lui déverse quotidiennement le Riga-Moscou et, en 2016, la Kolkhozienne doit se déplacer avec Über. Après avoir manqué se faire lyncher par un gars qui ressemble à Pikachu, avec des bras comme mes cuisses et qui trouve visiblement que prendre le métro avec de gros sacs à dos, ça ne se fait pas et que les taxis, c'est pas fait pour les chiens; après s'être un peu perdus et beaucoup émerveillés dans les cathédrales souterraines du метрополите́н (Lombrives! Lascaux! Padirac! Vous pouvez prendre vos rupestres gribouillis et vos stalactrucs pour aller les pendre à un cintre dans vos placards, parce que pour ce qui est de la spéléologie grandiloquente, le métro moscovite se pose un peu là...); après avoir manqué un tram et pris quelques couloirs à contre-foule, on est finalement devant la bouche de métro d'O. avec une bonne heure d'avance pour le rendez-vous fixé par A., notre hôte Couchsurfing des trois prochains jours.

"tu marches tel un robot dans les couloirs du métro" peut-être, mais quelle classe!
A., la trentaine, travaille pour le bulletin culturel (cinéma et théâtre) de deux magazines en ligne, vit avec ses parents dans un petit appartement avec vue sur le parc d'Отрадное et adore la culture française: le Moulin Rouge, le Festival de Cannes, le Fabuleux destin d'Amélie P... Elle a aussi et surtout le mérite d'avoir appris le français en autodidacte: toute seule, en regardant les épisodes d'Hélène et les garçons sur Youtube (si vous avez la chance d'avoir oublié ou d'être né après, HELG c'était ça). Aaaah! La culture française c'est comme l'astronomie: regarder loin, c'est regarder dans le passé. Et la lumière qui nous éclaire est celle d'étoiles mortes il y a longtemps déjà. Ô, fossiles de dinosaures, que sont vos plumes chatoyantes devenues? J'arrête, j'en fais trop, on dirait du J.-C. Ameisen. Bref... Non seulement elle apprend le français tout seule, mais en plus avec des supports pédagogiques qui ne doivent pas lui faciliter les choses. Ceci dit, c'est agréable pour nous de pouvoir parler français et A. est ravie de pouvoir pratiquer un peu la langue des Misérables - son roman préféré. Quand on lui dit que le nôtre, c'est peut-être bien Le maître et Marguerite, elle manque s'étrangler. Et quand on lui offre le roman de Boulgakov (L'oeuf du destin, oeuvre de science-fiction satyrique, grinçante, hilarante et terriblement moderne) que, justement, on a trouvé dans la rue à Berlin en édition bilingue français-russe (coïncidence!), elle le tripote nerveusement et finit par plus ou moins caler le pied du lit avec. Elle nous expliquera plus tard que c'était un provocateur et un ennemi du peuple... Oua Oua Oua Ouaaaaa.

la main de Youri, où d'enthousiastes patriotes viennent se frotter le crâne; le Vladimir Ilyich guidant le peuple sur la Voie lactée du bonheur!
Mais comme elle est A.: Accueillante!, elle nous fait quand même tout un tas de suggestions de choses à voir et à faire. Et comme elle est A.: À temps partiel!, elle nous emmène (même) visiter le très beau Monument (populaire) à la gloire (soviétique) des héros (prolétariens) de la conquête (socialiste) de l'espace (par le peuple), qui jouxte le parc panrusse des expositions aux pavillons nationaux plus kitsch beaux les uns que les autres, un aquarium municipal tout neuf et la célèbre statue de l'Ouvrier et la Kolkhozienne* qu'on ne présente plus. Il fait soleil, presque chaud et tout va pour le mieux, quand soudain...

...au détour du pavillon de l'Ossétie, entre un avion de chasse et un vrai Sputnik® désacralisé,
un agent du renseignem (pardon!) employé du Ministère du Tourisme et des sales espions étrang (euh non!) Visiteurs, nous tombe dessus par hasard et nous pose de façon informelle les 96 questions d'un interrogatoi (oups!) d'une enquête visant à ficher (lapsus!) à mieux connaître "nos amis occidentaux de passage à Moscou". Le ton de la conversation est dé-ten-du et les questions, a-no-di-nes (par quel vol êtes-vous arrivés? à quel hôtel êtes-vous descendus? quel est votre relation avec cette citoyenne? combien d'argent avez-vous l'intention de dépenser par jour? avez-vous l'intention de visiter ce site à nouveau durant votre séjour? si oui, combien de fois? etc. Ces questions sont hélas authentiques et nous n'inventons rien!). Il se fâche un peu quand Futuna (qui avait déjà menti sur son prénom et sa date de naissance, sans doute par réflexe) refuse de lui communiquer ses mail et numéro de téléphone. Le flic en civil (oh, je l'ai refait!) stagiaire du Ministère nous explique en sanglotant que son supérieur en a besoin pour nous mettre sur écou (décidément!) contacter et vérifier que l'enquête a bel et bien été effectuée dans les règles... Sans ça, il peut la jeter aux cabinets et son effort n'aura servi à rien. En plus, il est sous-payé. Snif!

"era rusa y se llamaba Laïka, ella era una perra muy normal"; Youri reviens, You-ouri reviens, Youri reviens parmi les tiens...
On s'excuse platement et on file sans demander notre reste, faire des photos du sublime monument à Youri Gagarine et la chienne Laïka, où l'on voit bien le Vladimir Ilyich guider de son bras tendu le peuple et les savants sur le chemin pavé d'étoiles du savoir et des missiles balistiques du bonheur pour tous! Bon, c'est un bien beau parc avec de bien beaux monuments, on n'a apparemment pas été suivis, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, rien à dire. La journée se poursuit donc - puis s'achève - dans la douce quiétude d'une apaisante routine: on chasse quelques sangliers que l'on cuisine pour le dîner, on chante et danse autour du feu, on ligote le barde. Plus tard Hélène, Cathy et Johanna nous rejoignent à la salle de répète et on finit tous à la cafète de la fac, à boire des jus d'orange avec de petits parasols dans les verres... Voilà!
ce somptueux décor de conte de fées abrite un authentique... piège à cons. Si si!

Le lendemain, enduits d'erreur - comme disait David O. - par la lecture de blogs stupides écrits par des #digital nomads nords-américains désespérément en quête de clics pour financer leur airBnB hipster dans une ville à la mode ou leur coworkation exotique du Sud-Est asiatique, on part visiter le (soit-disant) "meilleur marché aux puces de Russie" (sic.). Bon, quand on est con, on est con: ce genre de promesses n'engagent que ceux qui les croient. Alors bien sûr, rendus là loin de tout, au milieu de nulle part, en voyant le Hummer Limo hyper vulgos garé devant un grotesque parc d'attractions en carton-pâte et alentour, les vingt mecs en train de re-souder à toute vitesse d'authentiques vieux morceaux du rideau de fer et de peindre à la hâte des places de parkings sur du bitume encore mou, on commence à flairer l'embrouille... Un authentique marché aux puces? Un vrai piège à cons, oui! À l'intérieur, il n'y a que nous et un autocar de Chinois (c'est une métonymie, évidemment: l'autocar est garé dehors, pas loin du Hummer; c'est le contenant. Avec nous, il n'y a que les Chinois, à pied; le contenu, donc). "Pas bon signe, ça", conclut Wallis avant de se frayer un chemin, déterminée, entre les selfie sticks brandis tout au long du hall. En fait de super marché aux puces méga-authentique, on erre entre les allées d'une espèce de supermarché de noël tout en isbas préfabriquées façon Ikéa. Dieu merci, ça n'ouvre pas avant 18 heures et on peut repartir, jurant mais un peu tard etc. On aura perdu une précieuse matinée, mais pas notre dignité.

au hasard des galeries du légendaire Métropolitain (museum of art?)
On est en colère, on a la haine, il va y avoir du sport! En guise de représailles, on prend un métro direct pour la Place Rouge et c'est à peine si on s'arrête pour admirer les partisans de la sculpture éponyme: il faut dire que le métro est tellement beau, merveilleux, luxueux, riche, impressionnant, qu'on ne sait où donner de l'appareil photo et que pour un peu, on y passerait nos vies - comme la bande à Reno (Anglade, Adjani, Wilson et cie) à l'époque...

"La place rouge était vide", chante l'autre. Sans blague? Non mais, et puis quoi encore? Et Nathalie, elle bat le beurre? Y a-t-il seulement mis les pieds, sur la Place Rouge, le Gilbert? Sans déconner: dans quel univers parallèle il l'a vue vide, sa Place Rouge? Elle est noire de monde! C'est d'ailleurs en voyant la queue pour aller rendre hommage à la momie de Lénine qu'on a compris d'où leur vient cette infinie patience, aux Russes, dans la queue de la Moreneta, à Montserrat. Trois plombes debout par tous les temps pour trois secondes d'intimité avec une relique sacrée, et ceux de devant qui ne veulent pas laisser la place et ceux de derrière qui te poussent déjà dehors. Au moins, depuis Montserrat, on peut voir la mer... Sinon, c'est très beau: Saint-Basile, le Kremlin, le cœur de l'Empire, le centre du monde, la boutique Louis Vuitton, tout ça. Très très beau. Si on ne fait pas une fausse-route en essayer d'avaler des contradictions taille XXL, c'est grandiose. Mais on y reviendra...

380º de Place Rouge; Wallis & Futuna en mode selfie; deux kolkhoziennes 2016: chics et naturelles; le mausolée de Vladimir Ilyich.
Sinon, Pour vous le faire un peu en accéléré: on a aussi marché au hasard dans les rues du centre; acheté un magnet de frigo à l'effigie de Pikachu, le monarque tout-puissant des Pokemons, pour offrir et parce qu'on pensait que nos amis du Ministère seraient contents de le trouver dans nos bagages à l'occasion d'une fouille; arpenté la Sadovaya, le quartier d'Arbat et les étangs du Patriarche sur les pas du -aître (chacun y mettra, selon ses convictions, qui un m-, qui un tr-) Boulgakov, dont on a même visité la maison; vu et pris en photo - comme de bien entendu - une quantité (g)astronomique de basiliques orthodoxes aux bulbes indigestes; acheté de bien jolies cartes postales, cherché en vain des timbres et fait plein d'autres trucs pas vraiment glorieux ni glamour, mais qu'il faut bien faire en voyage même si on en parle assez peu dans les blogs et les dépliants touristiques: comme dit si bien J.-B. (au vent mauvais): les super-héros aussi y vont, aux cabinets...
le (fameux) bar-lachnikof annonce la couleur: "we're OPEN" (-minded?)

On a par exemple et dans le désordre: fait des courses; mangé des sandwiches faits maison sur un banc; cuisiné une bolognaise au thon, cherché une laverie; fait le plein de soupes de nouilles déshydratées pour le train. On a même répété le trajet en métro jusqu'à la gare Yaroslavskaia la veille du départ - intentionnellement! - pour en vérifier la durée, être sûrs que c'était la bonne gare, que s'il y avait une chance de se perdre on ne le ferait pas le jour J, etc. Oui! Un(t)raveling c'est aussi ça et on est aussi ce genre de personnes. Voilà. Ça fait du bien de le dire.

Après cette confession désarmante et humiliante dans le plus pur J.J. Rousseau-style, on n'a plus grand-chose à offrir et on va donc se quitter - jusqu'à la prochaine fois, évidemment. Mais avant, on va parler un peu des trucs qui tâchent, quand même. Et des trucs qui fâchent aussi, tiens. Tant pis pour la censure qui va s'abattre sur ce pauvre blog comme les mouches sur un Livarot en plein juillet. On a pourtant essayé de remettre ce post cent fois sur le métier, de le polir sans cesse et le repolir. Las! Chassez la vérité, elle revient au galop, un peu à la manière d'un aïoli après quelques heures de digestion. Si on disparaît sans laisser de traces, c'est que Pikachu nous a pris et qu'on est prisonniers d'une Pokeball quelque part en Sibérie... Gotta catch 'em all! Allez, ça commence à bien faire les boniments: sérieusement, il y a un ou deux petits trucs à dire sur cette ville, même en y passant seulement trois jours, même sans parler la langue ou en communiquant dans celle d'Hélène et les garçons... Même, même, même...

cherchez bien: même là où l'on ne l'attend pas, Vladimir nous montre le chemin!
D'abord, il y a dans l'air une contradiction colossale: celle du grand écart entre l'immense nostalgie pour la grandeur de l'Union Soviétique et l'immense nostalgie pour la grandeur de la Russie des tsars. Comme si l'antagonisme historique et idéologique entre les deux n'était pas total. Dans un coin du ring, la grandeur passée de l'Union Soviétique. On trouve l'effigie du camarade Vladimir Ilyich guidant le peuple partout, toujours et en tous lieux (sur le papier, dans le marbre, au sol et au plafond, dans la rue, sous-terre, sur les packs de lait, souvent au prix d'anachronismes tonitruants) mais jamais celle des camarades Joseph, Nikita ou Leonid - étonnamment - dont les images et les noms ont disparu de l'imaginaire collectif et du paysage. C'est amusant, parce qu'ils représentent à eux trois une soixantaine d'année au timon de la grande Union Soviétique, quand même. Cette grandeur s'étend de la Mongolie (incluse!) à l'Ukraine (inclus!), mais aussi aux pays Baltes et évidemment à la Pologne ou la République tchèque (tous inclus! allez le leur dire, ça va leur faire plaisir...). Entre URSS et CEI, on dirait que la mère Russie a le syndrome du nid vide. Expos photos géantes en pleine rue à l'appui, les espaces sauvages d'Azerbaïdjan ou du Kazakhstan font partie du patrimoine panrusse, tandis que les souvenirs émus du "bon vieux temps" sont régulièrement dépoussiérés et remis au goût du jour. Dans le coin opposé du ring, on ne présente plus la grandeur de la Russie tsariste. Elle s'incarne dans ce fantasme intemporel de "l'âme russe". Élégance, passion, goût raffiné pour la gastronomie, les arts, la littérature des Tchékov, Dostoievski, Tolstoi (voire Boulgakov) ou la musique des Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Prokofiev et Stravinski. On les évoque volontiers dans un soupir, de préférence en chancelant, les yeux humides et une main sur la poitrine... indépendamment du sort que le Tsar ou le Parti leur réservât à l'époque, d'ailleurs.
au détour d'une rue du très posh Arbat, la Kolkhozienne... collection été 2016.

Vu d'ici, en ce début de XXIème siècle, il est apparemment facile de regretter la pan-, la grande, la mère Russie: indifféremment blanche et/ou rouge. Comme si la transition, il y a un siècle, s'était faite en douceur! Comme si leur autre dénominateur commun, au-delà de cette regrettée grandeur, n'était l'agonie de presque tous au bénéfice exclusif de quelques-uns. Tout ça pèse visiblement bien peu au regard de l'oeuvre accomplie. Cette fierté d'être LA grande nation, celle des 10.000 km, celle qui s'étend de la Méditerranée au Pacifique: la troisième Rome (!!!) comme on l'appelle ici, repose sur des motifs qui ont au mieux quarante ans, souvent un siècle (ou deux). On nous apprend par exemple que beaucoup de jeunes "veulent étudier l'astrophysique pour suivre les pas d'un Gagarine"... qui nous a quittés en 1968. En définitive, tout le Moscou que l'on célèbre et que l'on glorifie est au passé composé et au plus-que-parfait; un passé re-composé et plus encore que parfait, un idéalisé. Mais alors, et le présent dans tout ça, qu'est ce qu'il devient? Les temps changent, le discours officiel et les valeurs dominantes aussi. Il y a dans l'air une fascination décomplexée et (un peu) vulgaire pour l'argent, le luxe, l'ostentation. Voitures et bijoux s'exhibent dans la rue et s'exposent dans les showrooms Audi et Vuitton, à un jet de pierre (précieuse) du mausolée de Lénine. Comme si le fric-roi était la solution à tous les problèmes - problèmes de mémoire compris. Comme si on ne crevait plus de faim ni de froid d'un bout à l'autre de l'Empire. Une nouvelle profession de foi et hop! rien n'a changé mais tout est différent, comme par magie (-lbert Bécaud?).

un p'tit slogan valant mieux que de longs discours: la sensation c'est un peu...
Pour embrasser du jour au lendemain le capitalisme le plus cynique et le plus décomplexé, il a fallu une révolution sans doute moins bruyante mais sûrement pas moins violente que celle qui a remplacé, il y a juste un siècle, la grandeur blanche par la grandeur rouge. De quelle couleur est la nouvelle grandeur? Bleue comme la troisième bande du drapeau? On sait pas. Mais "on" nous a dit que Pikachu a eu le mérite de savoir, comme personne, "recoudre tous ensemble les morceaux de l'histoire". Tous, sauf ceux qui n'étaient pas assortis, of course. Sa capacité à reconstituer la continuité historique dans l'imaginaire du pays (à réécrire l'histoire?), "voilà le secret de son succès et de son unanime popularité!", comme nous l'ont expliqué nos analystes locaux dignes de foi. Il semblerait que Make nom pays great again! soit en train de devenir le slogan de l'année 2016 et on n'est qu'en août...

Du coup, et parce qu'à un moment, il faut conclure: le lendemain matin de bonne heure, après une nuit de sommeil réparatrice, on a mis nos sacs sur nos dos (chacun le sien), on a fait des bises à, et une photo souvenir avec, notre hôtesse A. (elle avait un joli nom, not' guide!), on a refait le trajet déjà exploré la veille jusqu'à la Yaroslavskaia où l'on a tendu, émus et tout excités, avec des frissons plein les jambes et des provisions lyophilisées plein le trolley, nos passeports et nos billets au contrôleur de la voiture 12 d'un train 002 "РОССИЯ" à destination d'un premier bout du monde: Vladivostok. En voiture! Et on vous raconte ça très bientôt!




* à propos du monument l'Ouvrier et la Kolkhozienne, Wikipedia nous apprend qu'il fut créé par l'artiste russe Vera Ignatievna Moukhina en 1937 et devint le symbole du « réalisme socialiste » soviétique.
De style Art déco, le monument se compose de deux figures : une femme (la kolkhozienne) et un homme (l'ouvrier), brandissant respectivement la faucille et le marteau, symboles communistes des deux branches du prolétariat (l'agriculture et l'industrie).
Haute de 25 mètres et pesant 80 tonnes, cette sculpture monumentale fut construite spécialement pour l'Exposition universelle de 1937 à Paris, où elle surmontait le pavillon de l'Union soviétique.
Elle se trouve actuellement au nord de Moscou, non loin de la station de métro VDNK et de l'hôtel Cosmos, à l'entrée du Centre panrusse des expositions, sur l'avenue Prospekt Mira. Voilà.




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20 francs le kilo

Notre section spéciale (hashtag 20 francs le kilo) pour tous les fans de comptes, les stressés du budget (serré) et ceux qui seraient piqués par la curiosité - ou par le virus - du voyage sans avion(s)... Ils trouveront donc ici et dans cet ordre: la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (arrondie, sans virgules et avec parfois quelques oublis mineurs et fortuits, il est vrai). Mais dans les grande lignes, voilà ce que ça donne :

 - Moscou intra-muros (bus et métro, sans pass ni abonnement): (qsp. 2 personnes, 3 jours) 50 euros; hébergement Couchsurfing (2 nuits).

Soit environ 8 euros par personne et par jour - en marchant pas mal, faut l'avouer. Aucune idée en revanche du coût au kilomètre, même approximatif!


le fameux Hummer Limo que l'on n'a malheureusement pas eu l'occasion d'essayer...

Tuesday, August 9, 2016

Jusqu'au bout du monde (4 sur 8)


... Riga - Moscou: peu à pas et pas à peu!

on en était restés au sac à dos à pattes, pret à monter dans le train...
Si vous avez lu l'épisode précédent (et si vous ne l'avez as fait, il n'est jamais trop tard pour bien faire: soit en espagnol, soit en cliquant sur l'un des liens de traduction automatique de Google en bas de page, pour une expérience poético-lexico-psychédélique), vous aurez constaté qu'il mentait un peu sur la marchandise et qu'en fait de lanternes, il vendait quelques vessies. En effet, son titre aguicheur "Riga -Moscou" a de quoi laisser sur sa faim plus d'un lecteur, dans la mesure où l'aventure s'arrête à la montée dans le train, soit à la louche 1000 km plus tôt qu'annoncé... Réparation s'imposait et c'est chose faite avec ce post qui sera - parole, parole - aussi court et concis que possible! On y va:

Une fois à bord, nous trouvons facilement nos places: la 43 et la 44, couchettes superposées en long (dans le sens de la marche) vers le milieu d'une voiture de troisième classe. C'est le même type de wagon ouvert que celui qui nous attendra au départ de Moscou: une soixantaine de couchettes superposées sur deux niveaux et organisées par six: deux fois deux transversales (perpendiculaires à la marche) autour d'une fenêtre avec une tablette et deux longitudinales, accolées à la fenêtre d'en face (comme les nôtres, donc). Celle du haut s'escamote tandis que celle du bas se replie en deux sièges et une tablette: c'est le format que nous avons choisi, histoire de ne dépendre de personne quant à nos horaires de repas, de coucher ou de lever...

il a l'air vide comme ça, notre wagon, mais les voisins ne vont pas tarder à arriver...
Nous sommes à peu près a mi-chemin entre les deux points névralgiques de la voiture: en tête, le samovar - source permanente et apparemment intarissable d'eau chaude (bouillante) ad lib pour les thés, soupes de nouilles instantanées et autres merveilles lyophilisées - et en queue les toilettes, qui pour ce trajet et d'autres à venir (plus longs et lors desquels l'hygiène deviendra un point plus critique) doivent s'utiliser avec intelligence et un redoutable sens du timing... Mais nous aurons le temps d'apprendre: un proverbe espagnol dit "sabe más el diablo por viejo que por diablo" et ce n'est pas par hasard... En un rien de temps (juste celui nécessaire à nous installer un peu), on est en rase-campagne: les bouleaux défilent déjà par la fenêtre, que les rayons du couchant enflamment d'une lumière presque boréale. Malgré un ciel plutôt menaçant, le soleil nous aura accompagnés jusqu'à la tombée du soir, encore précipitée par notre cap résolument à l'est-sud-est. Après un thé de rigueur, nous avalons rapidement notre soupe de nouilles respective, agrémentée des trop rares delikatessen du marché de Riga qui ont résisté à nos assauts répétés de la journée... La contemplation silencieuse du paysage qui défile se partage le gâteau avec l'observation discrète mais minutieuse de nos voisins de wagon: comment ils s'installent; ce qu'ils mangent; leur tenue de train; la langue qu'ils parlent et le volume de leur bagage. C'est de bonne guerre puisque leur curiosité à notre égard est, manifestement, très comparable à la nôtre... La nuit commence tôt, le monde extérieur s'efface et l'univers se résume bientôt à notre noyau de six couchettes. On fait les lits, on roule la viande dans le torchon et pleins d'excitation comme des gosses le soir de noël, on se rend vite compte que s'endormir n'est pas une option sérieuse!
ici commence l'hégémonie du bouleau; ici repose le sens du mot "monotonie".

La fatigue et le bon vieux tchoucou-tchoucou auront pourtant raison de nous puisque des voix fermes mais courtoises, suivie d'uniformes vert sapin, nous réveillent un instant plus tard. Nuit noire dehors, le train est arrêté au milieu de nulle part. De hautes grilles surmontées de barbelés nous enveloppent comme une espèce de couloir ou de nasse et les voix affublées d'uniformes révèlent bientôt des mains gantées qui s'agitent en réclamant sans ambiguïté nos passeports. Il s'avère que ce ne sont que les Lettons qui nous laissent quitter l'UE, non sans faire quelques blagues que nous ne comprenons pas mais auxquelles nous rions de bon cœur... Jusqu'ici tout va bien et comme disait papi: "on mange notre pain blanc". On tâche donc de se rendormir bien vite, pressentant que le répit ne durera guère. Mais Futuna commence à être nerveux: il gigote, il trépigne sur sa couchette, il renifle, il a les coussinets humides... La mère Russie lui file l'angoisse, un peu de parano et des sueurs froides: on nous écoute, on nous fiche, on nous surveille, on nous attend au tournant, on en a après nous et on nous soupçonne surement déjà de quelque chose! Afin de pouvoir parler librement tout en évitant de dévoiler notre jeu, on convient alors d'un code secret. Comme il n'est pas question d'évoquer directement les habitants du pays (les R----s), ni leur monarque (Vla----- Pou----), sans quoi on se retrouverait en prison avant d'avoir eu le temps d'épeler Goulag (qui à l'envers se lit Galoug! c'est drôle!). À partir de maintenant, on les appellera donc les Po-ke-mon. Et leur souverain tout-puissant, Pi-ka-chu. En pleine hystérie de lancement de l'app' Pokemon Go!, il faudra au moins un Alan(ov) Turing(ovitch) pour craquer notre Enigma à nous. Hin hin hin (rire jaune)...

to eat purée or not to eat purée?that is the question...
Le réveil suivant arrive effectivement assez vite et est effectivement moins affectueux. Pour entrer chez les Pokemon, il y a deux vagues de contrôles: la première, c'est les douanières des customs. En tout cas, c'est le seul mot qu'on comprend au milieu d'un flot de choses poétiques et très très cyrilliques. Il faut leur remplir un fascicule imprimé en Russe (dont l'encre n'est pas sans rappeler, d'ailleurs, celle des Pif et Hercule ou des Placid et Muzo de notre enfance: à la fin de la lecture, on en a plus sur les doigts que sur le papier) dans lequel on certifie que "да" ou "нет" tout un tas de choses. Puisque les voisins ont l'air de répondre "нет" et que la tendance générale est plutôt à n'avoir rien à déclarer, on met "нет" en tremblant dans toutes les cases: on espère qu'aucune ne stipule "poisson fumé", "livre subversif d'un prix Nobel d'économie" ni "réchaud à alcool". On signe en transpirant à grosses gouttes et on tend le truc dégoulinant à la préposée qui ne le regarde même pas, l'enfourne dans une pochette plaquée sur son sein et quitte la voiture en claquant les talons. Ouf! La sensation d'être le héros de Midnight Express qui aurait réussi à embarquer dans l'avion, sans la drogue scotchée sur le bide évidemment, mais avec la peur au ventre quand même... Et là, les choses sérieuses commencent: la police de l'immigration entre en piste! Même paysage désolé et mêmes corridors de grillages barbelés que chez les Lettons, mais avec en plus des mecs armés partout autour du train, dehors, et des spots hyper-puissants qui éclairent comme en plein jour. On se dit que le mec qui s'est donné la peine d'arriver jusque là en douce ne va certainement pas décider de s'évader ici et se mettre à courir, mais on ne sait jamais. Bref, le dispositif est impressionnant. On nous prend donc les passeports, on regarde à peine les dix mille documents: laisser-passer, invitation, voucher et autres certificat d'assurance médicale, pourtant tous obligatoires, requis, indispensables et nécessaires. C'est à se demander pourquoi on s'est emm- à les obtenir... Avec le passeport et une sorte d'ordinateur portable à manivelle porté en bandoulière par un préposé pas peu fier de son joujou hi-tech, la mère Russie se livre donc à un contrôle en règle de notre identité: numéro de visa, nombre de dents, date de la première cuite, âge du capitaine, pointure en degrés Farenheit... tout y passe et j'en passe. Finalement, tout au bout d'une chaînette attachée au coffret en bois léger qui contient son ordinateur analogique à manivelle, le préposé pas peu fier finit par agripper un tampon qui pendouillait quelque part loin loin loin au niveau de ses genoux. Il le presse avec application sur son coussinet encreur et - langue tirée dans un rictus de concentration - avec une dextérité qui me fait encore frissonner quand j'y repense, pan! il vise notre visa d'un sceau rouge comme l'étoile; rouge comme la place; rouge comme l'armée...
bienvenue à Волоколамск darladirladada! y'a du crachin et des wagons, darladirladada! 

Le temps de faire de même avec le reste du wagon et avec tous les autres wagons - ils étaient venus nombreux nous attendre à la frontière (comme si quelqu'un les avait avertis, vous voyez bien qu'on est fichés!), ça ne prend donc qu'un temps somme toute très raisonnable - ils se replient, les portes claquent, les freins cliquettent, les chiens et les kalachnikovs s'effacent, les spots s'éteignent et le train s'ébranle. Les barbelés, eux, ne bougent pas et ne sont bientôt plus qu'un lointain souvenir embrumé et confus, tandis que les ronflements reprennent comme si de rien n'était. C'est fait: on est entrés. On est à Pokemon-land et à partir de ce moment, Futuna n'aura plus qu'une seule idée en tête ressortir; plus qu'une unique obsession: quitter le pays!

La nuit se poursuit pourtant sans histoires, tous dorment du sommeil du juste et avec les premiers rayons du soleil, on ouvre les yeux sur un nouveau monde: Волоколамск! Encore quelques petites heures de rien du tout à rouler à faible allure sous un ciel gris, à travers des banlieues industrielles grises, le long de barres d'immeubles grises - et assez gigantesques pour reléguer Le Corbusier au rang de père spirituel du mouvement Tiny Houses - et on entre dans Moscou. Le nom fait rêver, la gare Rizhskaia un peu moins, mais on y est: on est arrivés au paradis des matriochkas, le pays où les couloirs du métropolitain sont grands comme la grotte de Lombrives, ses escaliers comme le gouffre de Padirac et sa décoration est digne d'une cathédrale néo-baroque ou d'un cinéma Utopia! Dès qu'on aura réussi à retirer des roubles et à trouver notre ligne de métro, on file retrouver A., notre hôte CS pour les prochains jours et on vous raconte tout ça très bientôt! Скоро увидимся!
matriocka, matriochat et matriochouette sont dans un bateau ; premiers pas dans le métro du peuple: mais, on dirait Versailles!



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20 francs le kilo

Notre section spéciale (hashtag 20 francs le kilo) pour tous les fans de comptes, les stressés du budget (serré) y ceux qui seraient piqués par la curiosité - ou par le virus - du voyage sans avion(s)... Ils trouveront donc ici et dans cet ordre: la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (arrondie, sans virgules et avec parfois quelques oublis mineurs et fortuits, il est vrai). Mais dans les grande lignes, voilà ce que ça donne :

 - Riga-Moscou (train Latvian Railways): 17 heures / 950 km / 75 (x2 personnes) 150 euros.

Soit environ 16 centimes d'euro du kilomètre (et par personne) et le gîte pour 1 nuit résolu!