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Thursday, February 23, 2017

CONtes de la FOLiENS ordinaire

et autres histoires.

À titre emprunté, on ne devrait pas trop regarder les dents. Et encore moins lui tripoter les syllabes. On le rendra donc à qui de droit, en même temps qu'un hommage de circonstance - sobre et subtil. Voilà, ça devrait faire l'affaire...

Antiquités Brocante, mais pas seulement: Pension de famille dans son jus, aussi!
Tout ça parce qu'on n'avait nulle part où ranger une vieille édition de poche jaunie qui traînait depuis longtemps et que faute d'autre chose à se mettre sous la dent, Futuna avait décidé de le lire. Et puisqu'il y était, de jouer un peu avec. Pourtant, le décor était plus buccolique que Bukowski. Pourtant, il évoquait davantage une idylle dans un motel à la Wong Kar Wai que la vie dans un bordel au Texas. Mais c'est l'occasion qui fait le larron, non? Et retourner à la case départ a ceci de bon qu'on recommence, réinvente, refait et reconstruit. Mais aussi qu'on fait des trucs qu'on n'avait pas ou n'aurait pas fait "en temps normal".

C'est quoi un temps normal, d'abord?

Bien. On venait de rentrer de notre non-voyage au bout du monde. Et comme au bon vieux temps, on n'avait plus vraiment de chez nous, sauf un petit lit sur 4 petites roues. Wallis avait donc cherché du travail saisonnier de vétérinaire sanitaire pour les premiers mois de l'année. N'importe où, ou presque. Elle en avait même trouvé, qu'elle avait accepté. Elle avait fait tout ça depuis le Japon. Ouais. Sur internet, avec un entretien par Skype. Elle est comme ça, Wallis. Rien ne lui résiste. Cause she's cool, you know? L'affaire se passait pas très loin d'Oradour-sur-Glane (ceci explique cela), au beau milieu de nulle part la Charente limousine. Futuna, quant à lui, comptait retourner au Pays Basque comme tous les ans et attendait pour ça que le téléphone sonne. Eh oui! Futuna est adorable bien qu'un tantinet moins proactif. Faut dire qu'il avait déjà des traductions/révisions pour occuper tout son mois de janvier.

tout y est: la vierge, le kitsch postal et le mobilier "vintage" (pour ne pas dire désespérément ringard), les portraits de famille et l'ivoi'art...
"Bah", il s'était dit. "Quite à passer mes journées le cul sur une chaise et le nez collé à un écran, autant que ce soit auprès de ma blonde!". Pas proactif, le mec, mais romantique: autant qu'on veut. Et puis cet ordinateur, il fallait bien le poser sur un bureau et avoir une chaise à y poser devant... Il avait donc suivi le mouvement, chargé sa couenne et son sac à dos dans le 2c15 et avait remonté la N20 avec elle jusqu'à Brive-la-Gaillarde. Là, ils avaient tourné à gauche, puis enfilé comme autant de perles à un collier des départementales z-à  leurs roues. Ils s'étaient garés devant un vieux chapiteau bouffé de mousse (un dancing depuis longtemps déserté), pour s'installer sur les conseils de leurs vétos-et-patrons dans une pension que l'on aurait pu (en espérant ne blesser personne) qualifier de miteuse.

quelqu'un a dit "un motel à la Wong Kar Wai"? Mais... c'est l'hôtel de Shining!
Jugez plutôt: l'enseigne qui donne le ton sur la façade, le bric-à-brocante poussiéreux au rez-de-chaussée, l'odeur de moisi dans l'escalier, la moquette élimée le long du couloir et la salle de bains sur le palier. Pour rendre à César, il faudrait aussi signaler les pensionnaires alcolos qui éclusent et fument du soir au petit matin, toutes fenêtres fermées dans la cuisine commune. Qui semblent sortis de la monographie Wikipedia sur la cirrhose. Qui mieux que personne, plantent le décor alla Bukowski. Et qui, en allant se coucher, titubent dans le couloir et grattent à notre porte en miaulant et en chantant "Ay, quiero hacerte el amor esta noche"... Bon, comme nous a dit la taulière quand on est allés se plaindre "c'est plutôt flatteur!", comme s'ils désignaient la plus jolie fille de la ville. Non madame, c'est pas flatteur, c'est juste relou, en fait. Vous nous direz, ça ou des jumelles mortes en robe à fleurs et un petit garçon avec un tricycle, c'est vrai qu'on ne perdait pas au change (pardi!).

Sinon bah, le coin était joli et Bukowlique ; on était au bord de la Vienne, pas les pieds dans l'eau mais presque ; on se sentait bien dans la campagne charentaise (disons qu'elle nous allait comme une pantoufle un gant, ha ha!) ; on explorait ce qu'on pouvait pendant et après le travail. C'était plutôt plat, mais toujours pittoresque. Il y avait des chateaux en ruines sur des buttes en marnes, du bocage pas normand avec du bétail paîssant, des sentiers escarpés et même, des dérivations pour  personnes moins agiles! Si, si: le grand mariage zen de l'authentique et du trou-du-cul du monde à 4 heures de Paname... En lieu et place de la chatte blanche, on avait un chat gris un peu con qui passait son temps à gratter à la fenêtre des toilettes pour entrer, traverser la chambre et aller gratter à la porte pour sortir dans le couloir. On est même tombés tout à fait par hasard sur un bled avec le même nom qu'un ancien président de la République, dont la stratégie pour nous arracher un second mandat faisait encore recette. En cette période pré-électorale, on vérifiait que - décidément - la politique est l'art d'enculer les mouches et de refaire du neuf avec du vieux: "Ça marche, ça marche! Ils te suivent, n'arrête pas de souffler dans ton pipeau!". Fin de la parenthèse.

sans intention ni message cachés: trois femmes, trois poulets, douze singes volants qui ne sont jamais arrivés à baiser et pas de chaussettes!

La routine s'était installée assez vite et c'était rassurant: après le p'tit déj, Wallis partait vers 8h et Futuna se mettait au travail (après avoir traîné un peu au lit en lisant le journal ou ce vieux recueil de nouvelles jauni par les années) jusqu'à l'heure de préparer le repas de midi. Cons comme le Christ, nos alcoolos de service fumaient dans la cuisine, tapaient dans nos réserves et chuchottaient avec des airs de conspirateurs dès qu'on était dans les parages. Wallis passait manger à un moment variable entre 12h et 13h30, prenait un café puis repartait. Rebelote l'après-midi. Traductions/révisions, éventuellement les courses puis c'était le soir. Le mois de janvier était passé très vite, un peu comme un rêve. Et puis un jour, un peu comme après un rêve, le réveil avait sonné. Enfin, pas exactement: c'est le téléphone qui avait sonné. C'était le pays basque / il fallait y aller / c'était urgent. Le zoo libéré, des brebis partout, vite! Tu peux être là hier? Il fallait aussi déménager des affaires en Ariège au passage. Soudain, il y avait des traductions dans la pile d'attente... Bref, en l'espace de 48 heures, c'était le stress, il fallait se séparer, tout plaquer, courir et tel le petit ramoneur - vaillant et enthousiaste - il fallait retourner au charbon et au pas de course, siou plaît!

après Kramer contre Kramer, Panoramique contre Panoramique ou "comment troquer un cauchemar orange  pour un horizon bleu".

On pourrait presque dire qu'une fois là-bas, dans le plus petit coin de Navarre, tout n'était que luxe, calme et volupté. Mais ce serait mentir: prophylaxie sanitaire la journée, traductions la nuit et un projet secret dont vous entendrez peut-être parler dans quelques mois si tout va bien (et non: ce n'est pas ce que vous imaginez!). Ajoutez à ça qu'au détour d'une visite sanitaire, j'ai vécu avec l'ennemi public nº1, alias Hugues Aufray et vous aurez presque la teneur des carnets d'un suicidé en puissance! J'exagère, c'était bien quand même. Voilà, cette fois je crois que je les ai tous glissés dans ce post, je vais donc pouvoir conclure... Excusez-moi une seconde, c'est mon téléphone. Voyons:

- Allô? Oui, c'est moi. Quoi? Euh, pardon, comment?
- ...
- On en a oublié un?
- ...
- Il faut que je leur raconte aussi quand nous sommes allés au festival de la Bédé d'Angoulême
retrouver notre cher A. et ses potes? Et où nous avons eu des discussions très animées, en particulier
le jour où nous avons parlé de James Thurber?
- ...
- D'accord! Merci beaucoup en tout cas! Oui, c'est ça. Au revoir!


et à la demande générale: le jour où nous avons péché des cace-dédis.


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Friday, August 19, 2016

Jusqu'au bout du monde (7 sur 8)


...Irkutsk-Vladivostok: train-train au pays des Soviets 

Deuxième moitié de notre voyage épique à bord (ou "le long") du Transsiberian Railway. Cette fois-ci en français, parce que le jeu de mots du titre fonctionne quand même beaucoup mieux comme ça qu'en britannique-seconde-langue... On promet de rétablir l'équilibre linguistique au cours des prochains posts! Voilà, c'était important de faire cette mise au point (vraiment?). Ceci étant, vous pouvez bien sûr en lire la première partie ici. Ou encore, ce récit poignant, amer et humide d'un intermède à Irkutsk et le long des berges du lac Baïkal. Celui-ci est quant à lui en pan-hispano-castillou (spéciale cace-dédi à la jeune Miri D., qui nous suit peut-être, ou pas) mais comme toujours, ceux qui le souhaitent peuvent appliquer le filtre poético-surréaliste de la traduction automatique de Google en cliquant sur l'un des drapeaux en pied de page. Allez, assez bavardé, le train va partir, en voiture tout le monde et bon voyage!

Futuna, à peine chargé et à peine mouillé, entend son train approcher...
km 5150: au départ d'Irkutsk à 16:22 (heure de Moscou: la belle, la grande, l'éternelle, le centre du monde), il fait nuit. L'installation dans le train est facile puisqu'on est déjà rodés et que Futuna, dans un souci de minimiser les sources de stress, a pris soin de réserver exactement les mêmes sièges: couchettes de troisième classe nº 43 et 44, haut et bas le long du couloir d'une voiture ouverte - la 13 cette fois-ci, pas la 12. Aïe aïe aïe... Six semaines avant le départ, reprendre le même emplacement, c'était quitte ou double: soit ça nous convenait et on serait contents de s'y retrouver, soit ça ne convenait pas et on s'y collerait jusqu'au terminus! Heureusement, on était très ravis +++ de cette combinaison de places idéale, située aux deux-tiers-un-tiers entre samovar et toilettes. Bien. On s'installe vite, le train s'ébranle, tout roule.

Après la saucée qui a fait déborder le vase, à la dernière minute, comme on traversait le pont sur l'Angara juste avant d'arriver à la gare, on monte à bord avec, paradoxalement, la furieuse envie de pouvoir se laver, se sécher et se sentir à nouveau propres... Quand on connait le niveau d'hygiène auquel on peut raisonnablement aspirer à bord et en troisième classe, ça fait sourire - ou grincer des dents, selon le recul que l'on a. Et si les aventures en camion en 2014 nous ont appris un peu à rester zen même sales, face à (et sous!) la pluie, l'escapade Irkutsk-Olkhon vient de nous administrer une piqûre de rappel bien dosée. On prépare donc rapidement nos nouilles instantanées sous l’œil dubitatif des voisins, apparemment surpris par notre niveau d'intégration silencieuse des us rossiyens, puis on passe un long moment à lire avachis (et hyper à l'étroit) sur la couchette du bas, avant d'aller dormir chacun chez soi. Tout comme nous, le paysage au dehors est encore imprégné des pluies torrentielles des jours précédents. Ces images d'un monde au lendemain du déluge vont d'ailleurs nous accompagner les jours suivants. On ne s'étonnerait guère de voir une colombe portant dans son bec un rameau d'olivier entrer par une fenêtre du train. Seulement voilà: celles-ci ne s'ouvrant pas, le pigeon biblique peut aller voir sur le mont Ararat si on y est. Difficile de ne pas vous coller ici un peu de Victor Hugo, avec une dédicace, cette fois, à A. de Moscou qui l'apprécie beaucoup (Hugo): si tu nous écoutes, A.:

quelques photos par la fenêtre et après la pluie: notez comme tout luit, goutte et déborde, en pluie et en chagrin, comme disait M. Brel.
Allez, on retrouve tout de suite Booz endormi, le nouveau single de Victor Hugo qui fait un carton en ce moment:

"La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,
Était mouillée encore et molle du déluge."

km 5610: premier arrêt et pas des moindres, vers quatre heures du matin, à Ulan-Ude. Aux premières lueurs d'un jour à peine annoncé par un halo rose en tête de convoi, la grande majorité des voyageurs occidentaux (de seconde) et chinois (de troisième) descendent du train. Ils vont chercher leur correspondance pour le Trans-mongolien vers Улаанбаатар (Ulaanbaatar ou Oulan-Bator, comme vous voudrez) et continuer de là, pour la plupart, jusqu'à Shanghai. Beaucoup de raffut, de coups de sacs et d'au revoir, puis tout à coup, le silence qui retombe sur une voiture un peu moins pleine... Trois heures plus tard, on est levés de bonne heure, dispos et frais après une petite séquence d'hygiène juste avant la cohue matinale. On a repris sans accrocs et sans s'en rendre compte le rythme lent et chaloupé du plus long voyage en train, comme qui n'a jamais rien connu d'autre. On se sent déjà un peu dans la peau d'un certain Danny Boodman T.D. Lemon Novecento, le pianiste de Baricco né à bord d'un Transatlantique et qui, à trente ans, n'avait encore jamais connu la terre ferme.
encore et toujours des arbres (bouleaux inclus) mais le changement, c'est... bientôt!

Pendant ce temps par la fenêtre, le paysage - lentement mais sûrement - se transforme au fil des kilomètres. Pour notre plus grand plaisir, l'épais rideau de forêt et ses "théories de bouleaux" chères à Tiziano Terzani, laisse la place à une steppe plus clairsemée, touffue et arbustive. Un paysage moins humide, aussi, mis en valeur par une lumière qui se se fait peu à peu plus chaude, caressante presque ; peut-être parce qu'on descend doucement vers le sud. Ou parce que la proximité croissante du fleuve Amour en instille un peu partout alentour et commence à se faire sentir, justement. Love is in the air? Ça se pourrait bien... Le choc et la frustration de l'expérience Olkhonienne se diluent dans la distance. Tout s'apaise et se fond dans le tchoucou-tchoucou hypnotique et la lente routine: on dessine, on bavarde, on somnole, on se tait. Pour un peu, et au prix d'un jeu de mots d'un genre nouveau (le ca-nagra-lembour?), j'affirmerais que la torpeur et le régime alimentaire à base d'eau chaude ont finalement raison de notre Olcon irritable. En plus, avec le déluge qu'on a essuyé sur l'île et au retour, on peut parler d'une irrigation du Olcon en bonne et due forme! Hum... Voilà, il fallait oser le recours scato-lique (ouf! encore du lourd!): ça au moins, c'est fait. Patrick Sébastien, sors de ce corps! Retournons à le cours normal de les choses...

Quelque part autour du km 6000, on commence à se sentir vraiment loin de tout et plus légers. Futuna a bien de temps en temps (disons tous les 700 ou 750 km) une petite bouffée d'angoisse à cause de la fameuse déclaration de résidence à la police de l'immigration qui doit, en principe, se faire dans les 5 jours suivant l'entrée sur le territoire, puis dans chaque nouvelle ville où l'on séjourne au moins 72 heures - or donc, ce n'est pas notre cas. Ouf! Mais hélas...

le long d'un fleuve de Sibérie orientale: si ce n'est pas l'Amour, ce sont les alentours...
... l'on doit théoriquement et à défaut, être en mesure de justifier de factures d'hôtel pour toutes les nuits passées dans le pays. Et si l'on séjourne chez l'habitant, il faut alors faire des heures de queue avec lui au poste de police de son domicile pour faire établir une attestation d'hébergement d'étranger tamponnée et conforme, formalité aussi compliquée qu'embarrassante pour lui, qui doit présenter un titre de propriété ou un contrat de bail accompagné le cas échéant d'une lettre du propriétaire autorisant explicitement l'hébergement de touristes étrangers, etc. etc. Tout cela étant soit-disant exigé lors de contrôle d'identité aléatoires ET (bien sûr) scrupuleusement contrôlé dans les moindres détails lors de la (tentative de) sortie du territoire. Boire et déboires seraient-elles les mamelles de la mère Russie? Nous, disons-le tout net: on n'a rien de tout ça. CouchSurfing à Moscou; nuits dans le train; nuit "à la belle étoile" ("a la intemperie", qu'ils disent en espagnol, eux qui ont souvent les pieds sur terre et les duvets mouillés!) et homestay minable à Olkhon (et on n'a même pas parlé des punaises!), guesthouse à Irkutsk qui n'a fait la démarche ni à l'aller ni au retour (car il leur fallait les passeports pendant au moins 24 heures...). Futuna se voit déjà tressant sa barbe dans une geôle sibérienne en lisant en cachette l'édition clandestine de l'Archipel du goulag trouvée sous son matelas... Plusieurs blogs disent que c'est du pipeau et que personne ne contrôle jamais ce truc. D'autres expliquent en détail tout ce que l'on risque en ne suivant pas à la lettre les instructions des autorités russes. Pire encore: en consultant cinq sites russes officiels différents, on a obtenu cinq sons de cloche différents quant aux durées légales, aux formulaires de rigueur et aux démarches obligatoires à accomplir! Bon, Wallis le prend avec philosophie: ça occupe Futuna qui a toujours besoin d'une raison de s'inquiéter. Dans la mesure où on n'a laissé ni maison ni appart' derrière nous, il ne peut souffrir ni pour le gaz ni pour l'eau qui sans ça seraient sans doute mal fermés et en train de fuir irrémédiablement à huit ou neuf mille kilomètres d'ici...
like a bridge over troubled water (pardon S.&G., cette fois on a choisi Presley!

km 6550: peu avant d'arriver à Чернышевск (Chernyshevsk), on fait la connaissance de M.-S. Rendons à César, d'ailleurs: c'est bien elle qui fait la nôtre, puisqu'elle fait le premier pas et engage la conversation. Parisienne de coeur, adoptée par Bruxelles où elle travaille pour la Commission Européenne, M.-S. est de notre génération et devient instantanément notre partenaire de thés, de conversations et de regardages par la fenêtre. C'est tellement agréable de parler français en ayant en commun non seulement Hélène et les garçons mais aussi trente ans de références culturelles ("culture" au sens large, hein. Y'a pas que la Princesse de Clèves ou "Zadig & Voltaire" dans la vie! Reiser, Bretécher et les Guignols de l'info, c'est aussi de la culture, fut-elle pop' et n'en déplaise à certains...). Enfin, M.-S. aime la Russie, parle le Russe et en connaît un rayon. Elle confirme, approfondit et éclaire pas mal de ce que nous avions perçu et ressenti à Moscou et ailleurs. On reparle beaucoup de cette schizophrénie surprenante entre Empire et Union, réunis et réconciliés à grands renforts de propagande nostalgique d'une Russie grande et forte d'une part, de paranoïa d'une cabale internationale contre sa souveraineté et son rayonnement d'autre part. Elle nous explique un peu mieux le comment et le pourquoi du culte voué à Pikachu: figure forte, leader suprême et le premier depuis des lustres à incarner l'idéal de guide déterminé, autoritaire et inflexible. Le seul capable de naviguer cette grande galère en forme de brise-banquise contre les vents et les marées de "l'hostilité occidentale" (sic.). Et s'il faut casser quelques œufs (d'esturgeon?) pour y arriver, on lui pardonne, car il châtie ses Pokemon autant qu'il les aime! Faut-il y voir une sorte de prédisposition/programmation historique au syndrome de Stockholm? En quelque sorte, oui.

Une voisine d'âge canonique et son secret contre l'ennui: la couture; un tough kid qui s'est cassé la jambe dans la voiture d'à côté:
évacué à la première gare, il a eu droit aux respects du chauffeur; dernier coucher de soleil à bord du Rossiya: déjà?

km 7835: arrêt d'une demi-heure sur le quai de la petite gare de Белогорск (Belogorsk), plus ou moins au milieu de nulle part. À défaut d'être vraiment chaude, la nuit est tiède; elle est belle pour les otages du Rossiya, trop contents de pouvoir descendre sur le quai se dégourdir les pattes quelques minutes. On admire une statue du camarade Vladimir Ilyich guidant le peuple - tiens, ça alors c'est curieux, ça faisait un bail qu'on n'en avait pas vu une! La main tendue, il nous invite à aller dans cette direction; ou bien s'agit-il plutôt d'un avertissement? "Tu vas la recevoir, hein!", "Tu veux la voir de près, c'est ça?", "Tu l'auras pas volée celle-là, tu sais!", etc.

surprise de taille à Belogorsk, en sortant du train: la nuit est chaude, elle est sauva-age!
 Autre surprise de taille sur le quai: des dizaines et des dizaines de libellules, pas en grande forme mais pas encore tout à fait mortes non plus. On les piétine sans s'en rendre compte puis une fois qu'on les a remarquées, on essaye de ne pas marcher dessus mais ça n'est pas facile vue leur densité. C'est curieux. Le changement de saison peut-être? Ou alors on a été les témoins (chanceux) d'un essai nucléaire secret, d'une pulvérisation de néo-nicotinoïdes ou de pyréthrine à grande échelle, un test de bombe à impulsion électro-magnétique, un atterrissage d'OVNIs dans la région... Bon, le mystère reste entier et le tout paraît très confus. Soudain, comme qu'on s'apprête à remonter en voiture, on entend une drôle de musique; assez avant-gardiste, pour tout dire, elle évoque un peu (qu'ils nous pardonnent, il s'agit plus d'une occasion un peu désespérée de leur rendre hommage que d'une moquerie) un duo d'Evelyn Glennie et Fred Frith. À ceci près que la motivation nous paraît tenir moins ici dans la création de musique vivante que dans la réalisation scrupuleuse de ce qu'on imagine être une tache routinière. En quelques secondes, "il" est arrivé en tête de train: à peine son concert achevé, il disparaît (aussitôt dit aussitôt fait, hop!) et déjà, on doit repartir. S'il ne s'épaissit pas, le mystère reste en tout cas entier, dont la clef viendra en temps utile, ou pas*.

km 8400: peu après l'aurore, on fait un arrêt-minute à Биробиджан (Birobidzhan; non mais, sérieusement: depuis le temps, vous devriez déjà tous déchiffrer le cyrillique, non? Qu'est ce que vous f---ez? Mince quoi, c'est vrai à la fin, faites un petit effort! En plus, c'est bon pour -ou plutôt contre- l'Alzheimer!). C'est notre dernière journée à bord: ce soir vers 20:30. heure locale, on sera en principe et si Ford veut, à Vladivostok, au bout du bout de la ligne, au bout du bout du grand pays, au bout du bout du continent eurasien et, pour nous aussi un peu au bout du bout du monde.

dans les courbes, en se collant bien à la vitre, on peut apercevoir la tête du convoi.
Pour marquer le coup et fêter ça comme il se doit, on décide donc de passer cette journée... exactement comme toutes les autres: à lire, gribouiller dans les carnets de voyage, à rêvasser en regardant par la fenêtre, à boire des thés en bavardant à deux ou à trois avec M.-S., qui nous parle de (et nous recommande vivement, d'ailleurs) la toute fraîchement prix-Nobelée Svetlana Alexeievich et de deux de ses livres en particulier: La fin de l'homme rouge et La guerre n'a pas un visage de femme...

Il y a évidemment de moins en moins de monde dans le train, les trois pelés et le tondu se reconnaissent et se sourient maintenant sans réticence aux arrêts sur le quai. Par exemple: lors de notre escapade au wagon restaurant l'autre jour, on tombe dans une voiture de seconde sur un "père et sa fille" (caractérisation moralement plus facile à admettre de la nature de leur relation, dans la mesure où leur différence d'âge est conséquente**), déjà aperçus plusieurs fois sur le quai: ils nous sourient, on leur sourit et du coup, ils s'encanaillent même au point de venir visiter les voitures de troisième. Ils veulent sans doute voir des locaux et des prolos d'un peu plus près, dans leur habitat naturel. Avec leur casque colonial et leur appareil photo en bandoulière, ils sont si mignons! Ceci dit, ils nous saluent chaleureusement depuis, tout émus d'avoir trouvé une forme de vie intelligente - peut-être même un peu d'humanité, qui sait? - hors de leur compartiment doré...

la maison dont la cheminée fumait à contre-jour sur le couchant telle une loco loca...
** ATTENTION JEU!

Sauras-tu deviner l'âge du capitai de notre Sugar daddy et celui de sa Sugar baby, sachant que leur moyenne d'âge doit tourner autour de la quarantaine (soit m=40) et que la variance associée est de 225 (v=225)? C'est facile, il suffit de se rappeler que la variance est égale au carré de l'écart-type. Mais bon, c'est pas comme si c'était un vrai problème de maths, faut aller au plus simple, hein.

La première réponse reçue dans les commentaires et par nous jugée correcte - et Ford sait qu'on n'est pas vraiment difficiles - gagne un cadeau surprise livré à domicile (non Kevin, ce ne sera pas une pizza!)


Voilà voilà. Entre-temps le soleil s'est couché sur une grande étendue d'eau à notre droite: un étang énorme ou un bras de mer, on ne sait pas bien. Il y a bien un semblant de sac et de ressac, ça pourrait être le Pacifique déjà, on se dit. On en a plein les yeux, et plein les jambes aussi, malgré l'hégémonie de la position assise qui aura régné sans partage sur nos journées. On descend les sacs et on attache tout bien en place: la tente, les tapis de sols, les poches extérieures bourrées à bloc, les housses de protection couvre-tout bien en place pour (comment dire?) protéger tout. On rend les draps aux dames; on prépare le chariot et les sacs "à main"; on s'habille et on se couvre, parce que dehors aussi: ça se couvre. Bin tiens, y'avait longtemps!
à force de fêter ça, certains vont réussir à rater le terminus!

km 9225: on repart après le court arrêt à la dernière gare, Угольная (cette fois on traduit pas, tant pis pour ceux qu'on pas fait leurs devoirs: pourrez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenus...). C'est très émouvant de penser qu'on arrive au terminus. Le train se traîne sur les cent derniers kilomètres, comme pour nous donner l'occasion de lire chaque petit panneau: 9237, 9244, 9256... Le bout du monde n'est plus très loin. Vladivostok! Chaque fois qu'on le prononce, le nom résonne et s'articule comme un long éternuement. On le répète jusqu'à la nausée. On est tout excités, assez intimidés et un peu fébriles: on arrive. Tout ce qui nous a conduits jusqu'ici finit là, et là commence la suite de tout le reste... Toutes nos circonstances, tout ce qu'on fuyait ou dont on voulait se défaire, tout ce qu'on avait décidé de déposer en (et sur le bord du) chemin, quelque part au bout du monde. Il va falloir jouer le jeu: s'en dépouiller et le laisser derrière nous. Vladivostok! Encore dix minutes, si le train est aussi ponctuel ici que partout ailleurs, tout au long de la ligne. Neuf mille trois cents kilomètres et il n'a pas une minute de retard ni d'avance. Jamais. Comment font-ils? Quel est leur secret? C'est l'âme russe? C'est le camarade Vladimir Iliytch qui guide les trains sur la voie socialiste de la ponctualité du peuple? Un petit pas pour la RZD, une leçon pour la RENFE et la SNCF!

km 9300: soudain, on reconnaît (quoiqu'en Russe, ) la phrase magique et rituelle: "Terminus, tout le monde descend! Veillez à ne rien laisser dans les voitures!". Le train s'arrête dans un dernier couinement de freins. On descend le couloir une dernière fois, on dit spasiva! aux dames une dernière fois et on pose le pied sur le quai du bout du monde. Vladivostok! En moins d'une minute, c'est reparti: on se prend sur le coin de la gueule LE seul, L'unique, LE vrai déluge de la fin du monde! On dit au revoir à M.-S. - dont la guesthouse est à deux pas et qui s'éloigne donc sous un parapluie - non sans s'être donné rendez-vous le lendemain pour visiter un peu. On quittera de toutes façons Vladivostok ensemble dans deux jours, mais ça, tout comme nos aventures ici, c'est une autre histoire (ou deux)... Pour l'heure, il pleut comme vache qui pisse et ça n'a pas l'air de vouloir s'arrêter. Notre hôtel réservé en ligne et à la hâte est accessible en bus: il y en a plusieurs qui le desservent en trente-cinq minutes environ. Tous passent devant la gare et on se met donc en devoir d'en trouver un et d'y monter, tout en essayant de ne pas se mouiller, ce qui est évidemment mission impossible dans les conditions actuelles. La rue est recouverte par un épais tapis de flotte tiède dans lequel nos chaussures disparaissent. Il est environ vingt et une heure et cette nuit sera longue... À bientôt!

le climat pacifique, clément - pour ne pas dire débonnaire - vous souhaite la bienvenue à Montparnasse Vladivostok! 

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* À propos de la clef du mystère du mystérieux concert du non moins mystérieux homme en orange du train: on a réussi, au dernier moment et saisissant au vol notre dernière chance, à immortaliser sa performance éphémère et envoûtante: la voici donc, heureux lecteurs d'Un(t)raveling!
Variation improvisée sur un thème très étudié et mille fois joué. Cent-fois-sur-le-métier-remis-ouvrage, sans l'ombre d'un doute permis: le discours est fluide et clair, le vocabulaire précis, l'harmonie familière et l'exécution technique, impeccable. Chaque accent est juste, chaque note détachée: intention sans volonté, respiration, sincérité...

Un grand moment de musique vivante!




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20 francs le kilo

Notre section spéciale (hashtag 20 francs le kilo) pour tous les fans de comptes, les stressés du budget (serré) y ceux qui seraient piqués par la curiosité - ou par le virus - du voyage sans avion(s)... Ils trouveront donc ici et dans cet ordre: la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (arrondie, sans virgules et avec parfois quelques oublis mineurs et fortuits, il est vrai). Mais dans les grande lignes, voilà ce que ça donne :

 - Irkutsk-Vladivostok (en troisième classe du train 002 "Rossiya", billets achetés en ligne sur la page de Russian Railways). C'est un trajet de 72 heures (3 jours et 3 nuits) et 4100 km environ: 280 euros (pour 2 personnes).
 - On a apporté notre nourriture (nouilles instantanées, purée lyophilisée, fruits secs...) et acheté quelques produits "frais" et du pain sur le quai aux arrêts. Comme on a célébré la fête de toutes les Marie en général et de M.-S. en particulier, on a aussi sauté sur ce prétexte pour aller visiter le wagon restaurant -kitsch à souhait, d'ailleurs- résultat: environ 16 euros de courses + 13 euros pour 2 plats du jour au wagon restaurant (blinis au caviar et salade-jambon-oeuf poché sur toast). À nouveau, un peu moins de 30 euros (qsp. 2 personnes et 3 jours).

Au total, ce sont environ 52 euros par personne et par jour, train+repas. Ramené à la distance, ça nous fait approximativement du 0,04 euros (3 cents) par km et par personne! Pour ceux qui pensent que "le Transsibérien" c'est un caprice pour backpackers de luxe... ;)




et pour conclure la B.O.? lookin' out my backdoor, bien sûr!


Tuesday, October 27, 2015

du book-crossing, l'Edelweiss et la recherche du temps perdu...

Lundi matin gris, froid et humide. Je me lève un peu avant sept heures après avoir passé un long moment éveillé dans le lit: impossible de me rendormir - l'effet du changement d'heure sans doute. Après avoir petit-déjeuné et avant de m'asseoir devant l'ordinateur pour commencer ma journée de travail (encore trop tôt pour ça!), je rends une visite de courtoisie au book-crossing* que nous avons monté au coin de la rue en nous installant ici, au printemps.

on se demande si ce n'est pas lui, cynique, qui l'a écrit...
Quelqu'un a apparemment fait de la place dans sa bibliothèque, parce que je trouve la "nôtre" assez pleine. C'est d'autant plus surprenant que dernièrement, un petit malin la vide systématiquement de tous les nouveaux livres, sans doute pour les revendre (à qui? pour combien? est-ce que ça en vaut la peine?). Pas besoin de s'étendre sur cette attitude un peu décevante: il/elle a peut-être plus besoin des livres que nous, voisins et passants qui faisons vivre ce book-crossing depuis mars... Mais ce matin (Alleluiah!), c'est la pêche miraculeuse: au lieu des habituels Harlequin, SAS et brochures de sociologie des années 70, il y a là un petit troupeau d'authentiques trésors en éditions Poche ringardes et jaunies: des classiques - variés, il faut bien le reconnaître - mais bel et bien classiques! Croc-blanc de London, Dix petits nègres de Mme. Christie, L'étranger de Camus, Le lys dans la vallée de Balzac, Pour qui sonne le glas d'Hemingway et quelques autres. À mon âge, je suis prêt à relire n'importe lequel d'entre eux, d'autant plus que certains - que je sais pourtant avoir déjà lus - ne réveillent en moi qu'un vague et lointain souvenir (au lieu de réveiller, par exemple, le tourbillon d'un vent de folie**). Je choisis finalement La nausée de Sartre, un autre de ces livres qui me sont tombés entre les mains trop tôt, il y a presque 20 ans maintenant; et duquel je n'avais probablement - et en dépît de toute ma bonne volonté - pas tiré grand-chose à l'époque. Il faudra un jour, à ce propos, que j'ose enfin raconter mon oral du Bac de français...

le book-crossing dans son environnement naturel: une moisson de classiques au coin de la rue!
" C'était en 95 ou 96, je ne sais plus. J'étais interrogé sur Madame Bovary de Flaubert par une prof' plus toute jeune, en tout cas à mes yeux et du haut de mes seize ans (elle pouvait donc tout à fait en avoir à peine quarante), qui m'avait laissé le choix sinon dans la date, du moins entre deux scènes du roman: celle des Comices agricoles et celle d'une promenade d'Emma avec sa levrette d'Italie. À sa question:

- Alors, vous préférez les comices ou la levrette?

je n'avais pas cillé et avais répondu:

- Les comices, s'il vous plait. Sur la levrette, franchement, je n'aurais pas grand-chose à raconter. 

Ma candeur avait dû l'attendrir, car le reste de l'examen s'était très bien passé... Fin de l'histoire, qui est absolument vraie et authentique." En y repensant des années plus tard, j'en souris, j'en rougis et surtout je ne comprends toujours pas comment elle n'avait pas éclaté de rire. Enfin. J'emporte donc La nausée à la maison, décidé à m'y replonger en alternance avec El maestro y Margarita de Boulgakov que je lis doucement et avec beaucoup de plaisir dans une excellente traduction espagnole. Le vieux Poche est jauni à souhait, sent le papier moisi et j'en ressens presque déjà les symptômes en le serrant dans mes mains le long de l'allée qui remonte entre les potagers des voisins.

un trésor, trouvé ce matin de bonne heure dans les filets du book-crossing.
Comme l'idée de me mettre au travail ne m'emballe guère, je m'installe devant l'ordinateur avec un deuxième café au lait et ouvre Le Monde en ligne, que j'abandonne bien vite. En cause, le premier gros titre: "Le patron [allemand] d'Airbus réclame un marché du travail plus souple pour aider les réfugiés". Sic! Ou sick? En effet, abaisser le salaire minimum et précariser encore un peu plus les travailleurs est une solution idéale pour "les" aider à "mieux s'intégrer"... Rappelons pour mémoire qu'il y a dix jours, Airbus annonçait l'ouverture d'une usine directement aux U.S., "qui permettra, dès 2017, de produire quatre avions par mois pour le marché intérieur, à un coût très compétitif, grâce à des charges particulièrement basses". Voilà qui va aider le marché de l'emploi en Europe, tien! Bon, je ferme la fenêtre (de Chrome), puis je joue un peu avec La nausée (au sens propre comme au sens figuré, hélas...). Je la tourne et la retourne dans mes mains, avant de finalement commencer à la lire, avec cette application obstinée que seules la procrastination ou une motivation sincère sont à même de provoquer en moi.

Puis soudain, à la page 17, je tombe sur eux: deux spécimens de Leontopodium nivale séchés et en parfait état! Deux Edelweiss oubliés là, en presse, par le propriétaire du livre, probablement il y a des années. «Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.» Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, 1913. Quand on passait à Laruns, l'été avec mes parents et ma sœur, une ou deux semaines chez la grand-mère, on y assistait souvent à la fête du 15 août, pour laquelle des jeunes du village en costumes traditionnels défilaient dans la rue avec les danseurs et les musiciens folkloriques, portant des plateaux d'osier couverts d'Edelweiss qu'ils offraient à la ronde en échange d'une pièce. Je devais être vraiment très jeune alors, parce que c'est une fleur protégée en France et pratiquement disparue dans les Pyrénées (et non: je n'ai pas connu les montreurs d'ours de nos vallées!), mais le souvenir des plateaux d'Edelweiss et de ma grand-mère nous en donnant un à chacun avec ordre de les garder soigneusement dans un livre, m'a assailli en tournant la page 15 et en découvrant ces deux-là:

les Edelweiss (Étoiles des glaciers, Étoiles d'argent ou Gnaphales à pieds de lion) de mon enfance.
Il m'en restait bien un écrasé entre deux photos dans un portefeuille, mais il s'est perdu il y a longtemps. Et j'étais retombé sur quelques spécimens, qui dataient aussi de fêtes du 15 août à Laruns, à la page "ed" d'un gros dictionnaire encyclopédique Hachette abandonné dans un carton de vieux livres dans le grenier de mes parents. Depuis, plus rien. Sauf bien sûr ceux - vivants et bien enracinés - croisés sur le bord d'une via ferrata dans les Dolomites l'an dernier. C'est peut-être devenu un délit de les détenir? Il vaudrait mieux vérifier rapidement et, le cas échéant, bien les cacher. Le mieux c'est peut-être de les remettre soigneusement dans La nausée, pour le plaisir du prochain ou de la prochaine qui tombera dessus au book-crossing quand je l'aurai terminée et remise sur son étagère de notre bibliothèque de la rue...


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* vous en trouverez une première version parmi les bricolagesde notre section handmande with love.
** et une carte postale exclusive pour qui nous chantera (par écrit) ce vieux tube des années 80!