Monday, October 16, 2017

home(t)raveling : semaines 14 et 15


la "cuisine" un lundi matin d'octobre (gloups!) avec, au fond à droite, l'unique évier...
Le calembour est un poil poussif, mais faudra faire avec. Le fond de l'air est frais, mais ça se soigne. Et le tout paraît très confus, mais ça c'est pile! Voilà, on peut donc commencer : on est en Ariège, on est - pour quelques années encore? - à environ 450 mètres au-dessus du niveau de la mer. On rentre doucement dans cette saison qui n'est certainement plus l'été ni exactement l'automne et pas encore tout à fait l'hiver. La mi-octobre darde de froids matins et étend ses grises journées sur la vallée comme la lavandière ses draps sur le fil*. On est fatigués, on est dans les travaux jusqu'au cou, pour ne pas dire jusqu'au nez, et on n'en voit, évidemment, pas le bout. On en a soupé jusqu'à plus soif et en définitive on en a bu plus ou moins jusqu'à la lie. On a de la poussière et des gravats jusqu'au fond des plis de peau les plus intimes (pardon pour ce détail dont vous vous seriez sans doute passé(e)s sans trop de difficultés). Tel un président fraîchement élu, on aborde et on double le cap des 100 jours contents mais les traits tirés. Et la balance est formelle : on a bel et bien perdu 5 ou 6 kilos chacun! On dirait que c'était hier : on avait les clés dans la poche et toute la vie tout l'été devant nous! Après deux mois de chauffe, de nettoyage par le vide et de démolition(s) contrôlée(s), le chantier en est vraiment devenu un. Bref, c'est "un peu" affolant mais on finit par s'habituer. Ha ha ha! (rire nerveux)

qu'il est long le chemin gnagnagna la lumière, etc.
Jugez plutôt - façon le poids des mots, le choc des photos - à quoi ressemble la cuisine en ce beau lundi matin où l'on attend - avec impatience et des chocolatines encore tièdes - nos deux héros de la semaine: monsieur K. et monsieur T. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont dynamiques, ils sont maçons et ils ont une tendresse particulière pour les enduits naturels sans substances volatiles, sans retardateurs de feu bromés, sans perturbateurs endocriniens et sans additifs chimiques. Allez, ouste! Boutons les phtalates de nos murs! (Et contentons-nous de les retrouver dans l'écrasante majorité des produits de consommation courante qui nous entourent, nous habillent, nous soignent et nous nourrissent depuis une quarantaine d'année... Mais vivons dans des murs sains! Oui! Ô la douce absurdité de la démarche éco-responsable dans un monde qui est déjà bourré jusqu'à la gueule de notre stupidité et de nos saloperies polycycliques et halogénées...). En tout cas, un enduit épais de chaux-chanvre sur les deux murs extérieurs (ouest et nord) et la cloison entre le salon et l'escalier, en plus d'être très joli, rattrape les inégalités des murs en pierre originaux tout en les laissant respirer et évacuer l'humidité capillaire caractéristique des maisons anciennes construites sur de la roche, sans fondations. Ça régule naturellement l'humidité dans la pièce, c'est un isolant excellent qui ne sépare pas l'intérieur de la pièce de la masse thermique du mur (90 cm au nord) tout en évitant l'effet de paroi froide, et qui atténue les sons un peu comme le fait la neige fraîche. Les arguments avaient de quoi nous séduire, autant sans doute que les recommandations chaleureuses et enthousiastes de plusieurs amis qui avaient travaillé avec monsieur K. On leur a donc demandé de venir créer ce petit miracle de maçonnerie écologique ici, pour la pièce du rez-de-chaussée. Ils nous ont demandé en échange et au préalable, de revenir à la pierre nue sur tous les murs de la pièce, de coffrer les tours de fenêtres, de bien bâcher le chemin depuis le jardin et de soigneusement protéger le sol. Et un beau matin, sans crier gare :

le nerf de l'éco-guerre, le Fort-Knox de la chènevotte, la mère de toutes chaux.
Bim! Ils sont arrivés. Il y a d'abord eu quelques aller-retours pour vider les fourgonnettes, sortir plein de trucs et de machins plus ou moins lourds et familiers, préparer un tuyau d'arrosage, des linges propres, plus de bâches, de l'eau bouillante, des seaux et des pelles, plus de café... Puis il y a eu un silence d'environ une demi-heure. Et soudain, quand on a commencé à se demander s'ils étaient partis au café du coin, ils ont branché les bétonnières et on a eu la réponse. Et là, pendant de longues heures, elles ne se sont plus arrêtées. En même temps, on a été très surpris de constater à quel point tout est allé très vite. L'une des (nombreuses) différences entre deux amateurs enthousiastes et deux professionnels enthousiastes! On a vite compris qu'il valait mieux sortir du passage et ne pas être dans leurs pattes. Et tel deux Héraclès sans leur arc, en proie à un vide existentiel aussi subit que subi, on est allés sous le hangar consulter le whiteboard offert par notre cher Mr. Chris et y choisir, dans notre liste de Sisyphe**, un truc utile et urgent à faire ; en l'occurrence, finir les faux-plafonds du premier étage qui avaient douloureusement pris du retard après avoir cru, comme Icare (ou comme celui-là qui construit la cloison), pouvoir défier la gravité. Il s'agit évidemment d'une allusion à un épisode antérieur et malheureux de cette notre grande Odyssée de rénover Ithaque avec nos deux fois deux mains et with a little help from our friends. Un truc du genre, quoi. Avec ou sans mythologie bon marché, selon les goûts. À un moment donné (pardon, à la tarnaise "am'endonné"), on a tendu l'oreille et risqué un œil dans l'escalier, juste à temps pour apercevoir quelque chose de bleu qui paraissait tunnel (las, ce n'était qu'une bâche gonflée par le vent qui se prenait, en définitive, pour une voiles au loin descendant vers Harfleur. Une fois franchi le seuil :

pendant, pendant et pendant la mise en oeuvre du corps d'enduit (pause café incluse) ; après, après et après : place au séchage!
En entrant dans la salle d'en-bas, après seulement 3 jours, on a trouvé ça. Bon, les 3 jours c'est comme dans les vieux livres sacrés, il ne faut pas le prendre littéralement. On a naturellement suivi la chose de près pendant toute la durée des opérations, on a donné des coups de main, fait des cafés, nettoyé les outils, balayé, rangé... On a juste laissé le boulot aux spécialistes, on a appris en observant et c'est aussi beau à voir qu'agréable à regarder ! Voilà.

Maintenant il nous reste simplement à attendre que ça sèche. Et ça met, comme le fut du canon pour refroidir : un certain temps. La consigne est de ventiler au maximum ; ça tombe bien les fenêtres sont démontées et attendent sous le hangar qu'on puisse/sache s'occuper d'elles (le décapage, le ponçage et le traitement ont été faits, il faut encore les préparer pour recevoir du double vitrage, les remonter, les passer à l'huile dure et les ré-installer - voyons le temps que ça va nous prendre!), la pièce étant ouverte aux quatre vents 24 heures sur 24. D'ailleurs, la vie suit son cours côté jardin, où l'on a quand même, grâce à des amis qui n'en avaient plus l'utilité, pu se mettre un petit poêle à bois pour tempérer un peu l'espace aux heures de cuisine et de repas. Les petits déjeuners commencent à piquer et on avance petit à petit l'heure du service pour la soupe.

nouveau venu sous le hangar : le petit poêle brûle-tout (surtout les vieux parquets vermoulus) et son conduit 100 % aux normes.

Bon, on vous racontera tout ça en temps utile (et plein d'autres choses aussi), on n'est pas encore au bout de nos peines et il nous reste un bon morceau de boulot à abattre avant de pouvoir nous installer à l'intérieur. Dans cette course contre la montre face à l'hiver, qui va l'emporter ? On commence à entrevoir, déjà, une réponse, mais faisons durer le suspens et n'ayons l'air de rien. Pour l'heure, on profite de ces petites flambées clandestines, les voisins ne s'en plaignent pas, la mairie n'a pas envoyé les gendarmes. Donc, tout va bien!


Prenez soin de vous,
on revient bientôt
et on vous embrasse,
Futuna & Wallis


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* l'image n'est peut-être guère des plus heureuses, ne serait-ce que pour l'angle que forment le plan (horizontal) des grises journées avec celui (vertical) du drap étendu de la lavandière mais : 1- c'est comme ça et c'est la licence de qui écrit que de se repaître de clichés ou d'enchaîner des métaphores douteuses... Pas vraiment une excuse mais le froid engourdit le cerveau et l'imaginaire s'en trouve quelque peu rabougri. C'est l'hiver, c'est la vie. On en reparlera quand il fera bien chaud au coin du feu, c'est promis.

** subtile allusion au rocher qui n'en finit pas de s'échapper et de rouler à nouveau tout en bas de la colline - à l'inverse de la chèvre de M. Seguin qui elle s'élève vers la montagne, nous donnant à penser que selon toute logique ils doivent nécessairement se croiser quelque part en cours de route. Et s'il fallait faire traverser un cours d'eau à Sisyphe, son rocher et la chèvre dans une barque, comment s'y prendrait-on ?  Allusion également aux travaux qui n'en finissent pas de se succéder (sans grand espoir pour nous comme pour le foie du pauvre Prométhée, d'en voir jamais la fin), la liste dudit whiteboard s'allongeant d'un nouvelle tâche chaque fois que l'une d'elles est cochée puis effacée. Enfin...