Tuesday, November 29, 2016

furenchu supoken : perudu dans la turaducution?

Si l'angurish est parfois source d'anguish (selon qu'il est parlé ou pas ; ou pas assez ; ou alors y'a longtemps et toujours avec un accent qui rend la communication difficile), il semble au contraire que le furançais - qu'absolument personne ne connait ni n'aurait l'idée saugrenue d'apprendre, d'ailleurs - exerce sur l'inconscient populaire japonais une fascination exotique et carrément romantico-sensualo-séduisante. Au Japon, plutôt que le dire avec des fleurs, on peut donc le dire en furançais et c'est comme avec l'Oncle Ben's: c'est toujours un succès ! Ici, le fabuleux destin d'Amélie Poulain est LE film culte absolu et la tour Eiffel synonyme d'art de vivre ; l'accordéon d'Yvette, loin de fatiguer, fait chavirer les cœurs et Édith Piaf, elle, fait tourner la tête. Les escaliers de la Butte sont durs aux miséreux et les ailes du Moulin, comme de bien entendu, protègent les amoureux. Du coup, il ne faut pas s'étonner (ou si, parce que s'étonner un peu -au moins une fois par jour- est excellent pour la santé) de trouver un peu partout et à tout propos des messages, slogans et enseignes dans la langue de Molière.

Le seul hic est peut-être que, souvent, lesdits messages, slogans et enseignes ne veulent pas dire grand-chose. Voire ne veulent rien dire du tout, directement. Alors bien sûr, "Bouillon de Paris à vins" est un exemple qui fleure bon le plat du jour et la nappe en vichy authentique façon brasserie du Boul'mich. C'est facile, concis et efficace. Ça touche l'imaginaire. Mais que faire avec "Épi-ciel, soyez un gourmet dans votre vie" ? Une épicerie fine, évidemment ! Et "Vent-et-anne", direz-vous ? Pour nous, il doit s'agir de la transcription phonétique d'un numéro de rue: homophonie malheureuse ou jeu de mot sophistiqué, c'est à vous de voir... Sinon, il manque peut-être (sans doute ?) un N final au "Salon de soi" mais c'est quand même moins drôle. Quant au "Salon de rape", ça fonctionnerait presque en espagnol, "rapar" voulant dire "tondre". Mais en anglais en revanche, "rape saloon" est tout simplement terrible... Allez, sans plus de bura-bura, voici une petite sélection de nos trouvailles les plus croustillantes :


Et voilà ! Comme dirait Bobby Lapointe, "c'est peu, ce n'est pas trop". On aimerait enrichir un peu la collection donc : si vous en avez à partager, envoyez-les nous s'il vous plaît, on les ajoutera ici et on vous enverra une carte postale exclusive en guise de remerciement. Arigato gozaimasu et à bientôt pour de nouvelles aventures quotidiennes, linguistiques, exotiques et/ou culturelles !


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ps: et bien sûr, la BO en furançais dans le texte vous est offerte (sans droits et sans complexes) par un(t)raveling!


l'art à la bouche: d'égout et des couleurs...

D'une trop courte visite au Japon à l'automne 2006 (grâce à son alors employeur - que l'on ne citera pas ici* - et à la faveur du congrès annuel de la très respectable Metastasis Research Society dont il fut membre pour une courte et symbolique année ; merci d'ailleurs à celles et ceux qui ont permis, parfois malgré eux, un très beau premier rendez-vous avec ce pays et cette culture fascinants**)...

Nara, là où (presque) tout a commencé en 2006. Un grand merci à la MRS...
...d'une trop courte visite au Japon à l'automne 2006, donc, Futuna avait rapporté la photo d'une plaque d’égout de Nara. La première. Celle, magnifique, qui s'étale ci-contre (et est malheureusement un peu rognée sur les bords) avec son faon/daim/cerf: ô la fière mascotte de l'ancienne capitale. Trésor exceptionnel à ses yeux, caprice d'un fondeur excentrique et trouvaille fortuite d'un novice de l'art pont-à-moussonier. Il s'agit en fait d'une habitude apparemment très répandue au Japon - voire d'un véritable sport national, d'une compétition ouverte entre préfectures et municipalités, dans laquelle s'expriment et rivalisent de créativité les artistes de l'assainissement collectif et autres poètes du cloaca maxima. Dix ans plus tard et cette fois accompagné de Wallis, docteure émérite ès Pays du soleil levant, Futuna voit aboutir - enfin! ("il n'y a rien au bout de la patience, dit un vrai-faux proverbe bouddhiste, au bout de la patience, il y a la patience...") - la folle idée de documenter un peu plus la variété et la beauté des plaques d'égout nippones. Cette accumullection voit donc le jour pour son et notre (et votre?) plus grand plaisir. Celui des bouches, bien sûr; celui des yeux, surtout. Car la poésie est partout, surtout là où on l'attend le moins. Le manhole art était là, qui n'attendait que nous... Avec une pensée émue pour J.-C. C., professeur de lettres du lycée du C., à P., on vous laisse méditer un aphorisme qui lui était cher et qu'il attribuait à René Char (non sans raison, d'ailleurs): "la poésie est de toutes les eaux claires celle qui s'attarde le moins au reflet de ses ponts". Personnellement, je n'ai jamais bien bien compris ce qu'il voulait dire, mais ça me semblait fort à propos ici (et je ne sais toujours pas de quel petit loup il s'agit!).


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* pour ne pas faire de publicité gratuite et innécessaire à un laboratoire cosméto-pharmaceutique national, de rayonnement international mais d'implantation resolument loco-régionale estampillée midi-toulousain-rugby-pâté de campagne et a l'ambiance paternaliste facon "le parrain"... oups! j'espere ne pas 

** de cette courte aventure japonaise de 2006 naquit un petit carnet de voyage, écrit tout d'abord sous la forme d'emails destinés aux parents et amis. Il fut ensuite corrigé, complété et posté en quelques épisodes sur un blog qui n'existe plus, ou à peine, ou alors y'a longtemps, etc. Puisqu'ils furent un premier exercice d'écriture et sont un peu la préhistoire de notre Un(t)raveling, je tacherai trouver le temps (!!!) de les récupérer et de m'y repencher, pour les publier prochainement sous l'étiquette avant la lettre. J'inclurai également un lien ici pour d'éventuels suiveurs fidèles en mal de textes " vintage", c'est promis.